Macron refuse de conditionner le partenariat France-Egypte aux droits de l'Homme

Publié le à Paris (AFP)

Le président français Emmanuel Macron, qui recevait lundi à Paris son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi, a plaidé en faveur d'une "ouverture démocratique" et d'"une société civile active" dans un pays accusé par les ONG de bafouer les droits humains, tout en refusant de conditionner à cette question le partenariat stratégique entre Paris et Le Caire.

"Je reste l'avocat constant d'une ouverture démocratique, sociale et de la reconnaissance d'une société civile dynamique et active", a souligné le président français lors d'une conférence de presse conjointe avec le président Sissi, arrivé la veille pour une visite d'Etat.

M. Macron a salué dans la foulée la récente libération de trois dirigeants de l'Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIPR), au terme d'une forte mobilisation internationale. Il a assuré avoir également évoqué "plusieurs autres cas individuels", dont celui de Ramy Shaath, défenseur des droits égypto-palestinien dont plusieurs ONG dénoncent la détention arbitraire depuis plus d'un an.

Mais après avoir refusé de "donner des leçons" à son hôte en octobre 2017, s'attirant les foudres des défenseurs des droits de l'Homme, Emmanuel Macron s'est de nouveau abstenu de mettre trop de pression sur l'Egypte, où l'arrivée au pouvoir du président Sissi en 2015 s'est accompagnée d'une répression croissante contre toute forme d'opposition, islamiste ou libérale.

"Je ne conditionnerai pas notre coopération en matière de défense, comme en matière économique, à ces désaccords", a précisé le chef de l'Etat français, en estimant "plus efficace d'avoir une politique de dialogue exigeant plutôt qu'une politique de boycott qui viendrait à réduire l'efficacité d'un de nos partenaires dans la lutte contre le terrorisme et pour la stabilité régionale".

Les ONG appellent à manifester mardi à 18h00 (17h00 GMT) devant l'Assemblée nationale. Pour la Fédération internationale des droits humains (FIDH), la France doit cesser en premier lieu "les ventes d'armes et de matériel de surveillance électronique" à l'Egypte au risque de se retrouver "complice de la répression".

- "pôle de stabilité" -

En recevant lundi après-midi le président égyptien, la maire de Paris Anne Hidalgo a pour sa part enfoncé le clou en exigeant "la libération des prisonniers politiques et des militants qui font l'objet d'une répression intolérable" en Egypte, ainsi que "la protection des défenseurs des droits humains, dont celle des personnes LGBTQI+, ainsi que le respect de la liberté de la presse", a-t-elle indiqué dans un communiqué.

Emmanuel Macron est resté plus diplomate, en vantant "la relation exceptionnelle et amicale" entre la France et l'Egypte, pays le plus peuplé du monde arabe considéré par l'Elysée comme un "pôle de stabilité" dans une région instable.

Les deux présidents ont affiché leur convergence sur plusieurs grands enjeux de sécurité régionale, de la lutte contre le terrorisme à la crise libyenne en passant par les rivalités avec la Turquie en Méditerranée orientale, et ont affiché un front commun contre les comportements d'Ankara.

Emmanuel Macron a par ailleurs remercié son homologue, "président d'un très grand pays arabe et musulman" de sa visite à Paris après une "campagne de haine" anti-française dans le monde musulman.

La France a récemment fait l'objet d'appels au boycott et de manifestations après la défense par M. Macron de la liberté de caricaturer, suite à l'assassinat par un islamiste en octobre d'un enseignant français pour avoir montré en cours des caricatures de Mahomet.

M. Sissi a rappelé lundi que l'Egypte avait condamné l'assassinat du professeur Samuel Paty par un réfugié russe tchétchène radicalisé. Mais il a aussi souligné le caractère "sacré" de la religion qui conserve, selon lui, "la suprématie sur les valeurs humaines". Il a aussi pointé le risque, en critiquant l'islam, de "blesser des millions de personnes".

Le président égyptien s'était entretenu plus tôt lundi matin avec la ministre française des Armées, Florence Parly, après une cérémonie d'accueil fermée à la presse, officiellement pour cause de Covid-19. Son cortège a ensuite été escorté par 141 chevaux de la Garde républicaine jusqu'au palais de l'Elysée pour rencontrer Emmanuel Macron, qu'il reverra dans la soirée pour un dîner en format restreint.

Aucune grande signature de contrat n'est prévue à l'occasion de cette visite, après les années fastes marquée par la vente de 24 avions de combat Rafale à l'Egypte.

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