Mali: la Française Sophie Pétronin, le Malien Soumaïla Cissé et deux otages italiens libérés

Publié le à Bamako (AFP)

Sophie Pétronin, dernière otage française dans le monde, a recouvré la liberté au Mali en même temps qu'un prêtre et un jeune italiens ainsi que l'homme politique malien Soumaïla Cissé, après des mois voire des années de détention aux mains présumées des jihadistes, ont annoncé les autorités maliennes jeudi.

Le président français Emmanuel Macron a exprimé dans un communiqué son "immense soulagement" et sa gratitude envers les autorités maliennes. "Le combat contre le terrorisme au Sahel (où la France engage quelque 5.100 soldats, NDLR) se poursuit", a-t-il tweeté.

Il a indiqué qu'il accueillerait Mme Pétronin à son retour en France vendredi.

Des images tournées par un correspondant de l'AFP à l'aéroport de Bamako ont montré le fils de Mme Pétronin, Sébastien Chadaud, arrivé mardi au Mali, tomber, bouleversé, dans les bras de sa mère à la descente de l'avion, ainsi que Soumaïla Cissé faire de même avec des proches.

Un peu plus tard, des images diffusées sur les réseaux sociaux les montrent en tête en tête et elle lui dit que pendant près de quatre ans, "tu étais là à mes côtés en me disant: tiens bon".

Soumaïla Cissé, quant à lui, ancien candidat à la présidentielle devenue figure politique emblématique, a fait un retour triomphal parmi ses partisans debout les bras levés à travers le toit ouvrant d'une voiture.

Tous les otages, reçus à la présidence malienne, ont paru en relativement bonne santé.

Leur libération parachève une opération dont la genèse, le déroulement mais aussi les implications sont entourés de vastes zones d'ombre.

Elle a été menée à bien sous un gouvernement malien de transition installé depuis seulement quelques jours par les nouveaux maîtres militaires de Bamako, sans qu'apparaisse clairement le rôle qu'aurait joué ce changement politique pour débloquer la situation après des années d'efforts.

- Rumeurs et confusion -

Elle a coïncidé avec la libération de plusieurs dizaines de prisonnniers que des responsables maliens s'exprimant sous le couvert de l'anonymat ont présentés comme des jihadistes, mais dont l'identité et le profil n'ont pas été divulgués.

Après quatre jours d'informations, de rumeurs et de confusion, la présidence malienne a rompu en début de soirée le silence observé par les autorités de Bamako, mais aussi de Paris. Elle "confirme la libération de M. Soumaïla Cissé et Mme Sophie Pétronin. Les ex-otages sont en route pour Bamako", a-t-elle indiqué sur Twitter.

Mme Pétronin et M. Cissé ont embarqué dans un avion à Tesssalit, ville du vaste nord désertique proche de la frontière algérienne, avant de retrouver les leurs à Bamako.

"Mon coeur de fils est comblé, il est rempli, il déborde", a dit M. Chadaud à France 24 peu avant les retrouvailles. "Ma petite maman, dans quelques minutes, je vais pouvoir la serrer dans mes bras et pouvoir m'occuper d'elle enfin, après quatre ans".

Peu après le tweet de la présidence malienne, le gouvernement malien a annoncé la libération des Italiens Nicola Chiacchio et Pier Luigi Maccalli.

Jamais leurs noms n'étaient apparus jusqu'alors publiquement comme en passe de recouvrer la liberté.

Singulièrement, le gouvernement a indiqué que la libération des quatre otages remontait à mardi. En fait, a dit M. Cissé aux médias, c'est même lundi que "nous avons été informés que nous (étions) libres".

- Questions en suspens -

Ce qui s'est passé entre ce moment où des informations non officielles sur une libération imminente ont commencé à circuler et jeudi fait partie d'une multitude de questions en suspens.

Entre dimanche et mardi, selon des responsables maliens, environ 200 prisonniers avaient été libérés des prisons maliennes.

En la personne des quatre otages, ce sont quatre trajectoires distinctes qui se sont retrouvées prises dans la tourmente sahélienne.

Sophie Pétronin, 75 ans, avait été enlevée le 24 décembre 2016 à Gao (nord du Mali), où elle vivait et dirigeait depuis des années une organisation d'aide à l'enfance.

Après avoir remercié les autorités maliennes et françaises, ses pensées sont allées jeudi à cette organisation.

"Ma plus grande joie aujourd'hui, c'est de savoir que mon assistant a pu continuer le travail sans moi. Pour le Mali, je vais prier, implorer les bénédictions et la miséricorde d'Allah, parce que je suis musulmane. Vous dites Sophie, mais c'est Mariam que vous avez devant vous", a-t-elle dit.

Pier Luigi Maccalli, installé depuis onze ans au Niger, avait été enlevé en 2018 à son domicile de Bamoanga (sud-ouest du Niger), proche du Burkina Faso.

Il est apparu pour la première fois dans une vidéo tournée en mars 2020, en compagnie d'un compatriote, Nicola Chiacchio, a indiqué un journal privé nigérien. Nicola Chiacchio, jusqu'alors inconnu, a été présenté par les médias comme un jeune homme ayant disparu dans le nord du Mali en février 2019 alors qu'il voyageait à vélo.

Quant à Soumaïla Cissé, 70 ans, deuxième à trois reprises de l'élection présidentielle, il avait été enlevé le 25 mars alors qu'il faisait campagne pour les élections législatives dans la région de Tombouctou (nord-ouest).

Tous étaient aux mains du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM), alliance de groupes jihadistes affiliée à Al-Qaïda, selon le gouvernement malien.

Soumaïla Cissé est la personnalité nationale la plus éminente kidnappée au Mali depuis que les rébellions indépendantistes et jihadistes de 2012 ont plongé le pays dans une crise sécuritaire profonde.

Avec ces libérations, les nouvelles autorités de la transition peuvent se prévaloir d'une réussite spectaculaire, même si les détails de l'opération, l'identité des dizaines de prisonniers libérés et les répercussions sur les relations entre le pouvoir et le GSIM restent à établir.

Soumaïla Cissé a rapporté que le lendemain de l'investiture du nouveau président de transition, Bah Ndaw, il est allé faire une vidéo à la demande de ses ravisseurs "pour donner signe de vie". Il y a vu le signe que "le président a été efficace, a réagi très rapidement".

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