Merkel à Washington, pour des adieux au goût d'inachevé

Publié le à Washington (AFP)

Des adieux au goût d'inachevé: Joe Biden reçoit jeudi Angela Merkel, dont le pays est frappé par des inondations meurtrières, dans un climat franchement apaisé entre les deux pays, mais certains contentieux restent ouverts, en particulier autour d'un gazoduc controversé reliant la Russie et l'Allemagne.

L'Allemagne comptait jeudi ses morts suite à des inondations catastrophiques, qui ont fait au moins 42 victimes selon un dernier bilan.

La chancelière allemande a d'abord été reçue jeudi pour un petit-déjeuner de travail par la vice-présidente Kamala Harris, qui a salué en l'accueillant sa "carrière extraordinaire".

Angela Merkel s'est elle dite "enchantée de rencontrer la première vice-présidente" de l'histoire des Etats-Unis.

Il s'agit "d'une visite tournée vers l'avenir", a assuré un haut responsable de l'administration américaine, alors que la chancelière allemande va quitter la chancellerie après des élections législatives en septembre.

La dirigeante conservatrice, au pouvoir depuis novembre 2005, a vu se succéder quatre présidents américains: George W. Bush, Barack Obama, Donald Trump et, pour quelques mois, Joe Biden.

Elle a même parfois été qualifiée, pendant le tumultueux mandat Trump, de "leader du monde libre", terme généralement réservé au locataire de la Maison Blanche.

Angela Merkel sera reçue à 14H00 locales (18H00 GMT) par Joe Biden, pour un peu plus de deux heures d'entretien.

Les deux dirigeants donneront une conférence de presse commune et Angela Merkel sera ensuite conviée à dîner, en compagnie de son époux Joachim Sauer, par Joe et Jill Biden.

L'Allemagne a récemment été qualifiée de "meilleure amie" des Etats-Unis par le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken, et les relations se sont radicalement améliorées depuis le changement d'administration à Washington.

Joe Biden a en particulier enterré un projet de son prédécesseur qui avait profondément choqué l'Allemagne. Donald Trump, qui pendant sa présidence a multiplié les attaques personnelles contre Angela Merkel, avait décidé le retrait d'un tiers des troupes américaines dans le pays.

- Gazoduc -

Mais la chancelière laisse ouverts un certain nombre de dossiers délicats, à commencer par le gazoduc Nord Stream 2, qui relie la Russie à l'Allemagne via la mer Baltique sans passer par l'Ukraine. Il est soutenu par Berlin, mais très critiqué à Washington et en Europe de l'Est.

Le président Joe Biden "va faire part de sa préoccupation" à la chancelière et insister sur le développement "de mécanismes pour que l'énergie ne soit pas utilisée contre l'Ukraine", selon le haut responsable de son administration. Mais cette même source "n'attend pas d'annonce" jeudi.

Dans un geste d'apaisement, l'administration Biden avait décidé de ne pas sanctionner les acteurs principaux de Nord Stream 2.

De manière générale, Joe Biden "a besoin qu'Angela Merkel, et surtout que son successeur ait une attitude moins bancale face à la Russie et à la Chine", selon Sudha David-Wilp, du German Marshall Fund, un centre d'études des relations transatlantiques.

Washington aimerait que la première économie européenne, si soucieuse de ses opulentes exportations, mette en sourdine ses intérêts commerciaux au profit d'une attitude diplomatique plus agressive.

Or, Angela Merkel est, avant tout, une adepte du consensus. Elle a tenté d'organiser un sommet européen avec Vladimir Poutine, avant de renoncer devant l'opposition de plusieurs membres de l'Union européenne.

La chancelière milite aussi pour un accord d'investissements entre l'UE et la Chine, là où Washington voudrait convaincre les Européens d'adopter sa ligne dure face à Pékin.

Rien ne dit que le candidat conservateur, Armin Laschet, grand favori de l'élection de septembre, adoptera une ligne différente s'il devient chancelier.

"L'hostilité ouverte de Trump a forcé l'Allemagne à s'interroger sur les aspects malsains de sa dépendance aux Américains. Biden, au contraire, veut traiter les Allemands comme un réel partenaire", écrivait récemment Constanze Stelzenmüller, chercheuse à la Brookings Institution, dans le Financial Times. "C'est, semble-t-il, presque trop leur demander"

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