Mette Frederiksen, la nouvelle sociale-démocratie danoise aux portes du pouvoir

Publié le à Copenhague (AFP)

Probable future Première ministre du Danemark, Mette Frederiksen incarne sans complexe cette nouvelle sociale-démocratie acquise à la rigueur migratoire au nom de la défense de l'Etat-providence.

La "quadra" de province "a du sang ouvrier dans les veines, est une sociale-démocrate de quatrième génération (...) et s'est préparée pendant des années à conduire ce parti qu'elle connaît si bien", résumait samedi le quotidien Politiken.

Députée à 24 ans, en 2001, elle a été ministre de l'Emploi puis de la Justice avant de prendre la tête de la plus grande formation du Danemark en 2015 à la faveur du départ d'Helle Thorning-Schmidt, première femme Premier ministre du pays vaincue aux législatives par l'actuel chef du gouvernement, le libéral Lars Løkke Rasmussen.

Si la campagne pour les législatives du 5 juin s'est concentrée sur les questions du climat et de la protection sociale dans un pays de plein-emploi à la population vieillissante, Mme Frederiksen "s'est refusée à faire des promesses concrètes, sauf en matière d'immigration", relevait Politiken: ne rien changer.

Alors qu'elle dénonçait au début des années 2000 une politique d'accueil "parmi les plus dures d'Europe" - et qui s'est encore durcie depuis -, Mme Frederiksen s'est en effet convertie à la rigueur migratoire à l'oeuvre au Danemark depuis près de deux décennies.

Usant d'une sémantique désormais courante dans le royaume scandinave, elle a même présenté l'an dernier un projet de réforme prévoyant de renvoyer les migrants "non-occidentaux" dans des camps africains sous supervision de l'ONU.

"Mette Frederiksen sait que pour avoir du succès au Danemark, elle doit présenter une politique de l'asile et de l'immigration stricte", résume pour l'AFP Ulf Hedetoft, professeur à l'Université de Copenhague spécialiste des cultures politiques.

"Je constate simplement qu'aujourd'hui 75% des parlementaires soutiennent une politique de l'immigration dure", justifiait l'intéressée dans un livre d'entretiens publié au printemps, "Un portrait politique".

Si les Danois la portent au pouvoir, Mette Frederiksen entend former un gouvernement minoritaire, une habitude au Danemark où le système est proportionnel, s'appuyant certainement au cas par cas sur la gauche, par exemple sur l'éducation, ou la droite, notamment sur la politique migratoire.

De cette manière, "elle est plus crédible quand elle affirme qu'elle ne fera pas de compromis" sur l'immigration, souligne le politologue Flemming Juul Christiansen, chercheur à l'Université de Roskilde.

- "Obsédée" par la politique -

Si elle serait à 41 ans la plus jeune Première ministre du pays, Mette Frederiksen est loin d'être novice en politique.

"Elle est obsédée par la chose publique depuis qu'elle a six-sept ans", a confié son père Flemming Frederiksen, ancien typographe militant social-démocrate, à l'agence locale Ritzau.

Membre des jeunesses socialistes à 15 ans, elle réglait aussi une cotisation à l'ANC sud-africain dans son adolescence.

"Je n'ai jamais douté que Mette, si elle le voulait, aille jusqu'au bout", a-t-il ajouté.

Divorcée, cette mère de deux adolescents native d'Aalborg a une passion ancienne pour... les listes !

"Je fais des listes des choses que je dois finir. J'aime ressentir le plaisir d'avoir fini quelque chose pour pouvoir passer à la suivante", explique-t-elle.

Depuis son arrivée à la tête de la formation sociale-démocrate, elle a su unir les différents courants du parti et mené une communication extrêmement verrouillée pendant toute la campagne, à mille lieues de la réputation de transparence du pays nordique.

"Pour la première fois depuis Anker (Jørgensen, président des sociaux-démocrates danois de 1972 à 1987) nous avons un chef que tout le monde dans l'organisation soutient", a confié au journal Altinget un vétéran du parti Bjarne Laustsen.

Elle "fait fructifier l'âme véritable du vieux parti des travailleurs", soulignait l'hebdomadaire Weekendavisen.

Tandis que sa prédécesseure défendait une politique d'austérité en réponse à la crise économique de 2008, Mme Frederiksen défend un projet "beaucoup plus à gauche avec de plus grandes dépenses pour le système social", note M. Juul Christiansen.

Elle entend notamment permettre un départ à la retraite anticipée pour les carrières longues et pénibles et arrêter les coupes budgétaires dans la santé et l'éducation.

Apôtre de l'école publique, elle avait été critiquée en 2010 pour scolariser ses enfants dans un établissement privé.

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