Mladic a supervisé le massacre de Srebrenica, accuse la procureure

Publié le à La Haye (AFP)

Les procureurs du tribunal international de La Haye ont exhorté mercredi les juges de l'ONU à confirmer la condamnation pour génocide de l'ancien chef militaire serbe de Bosnie Ratko Mladic, affirmant qu'il avait personnellement supervisé le massacre de Srebrenica en 1995.

Ratko Mladic a rétorqué que le tribunal était un "rejeton des puissances occidentales" et affirmé qu'il était toujours "une cible de l'alliance de l'Otan", accusant les procureurs de le dépeindre en des termes "sataniques, perfides et diaboliques".

Mladic, 78 ans, a fait appel de sa condamnation en 2017 à la perpétuité pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre pendant la guerre de Bosnie de 1992 à 1995.

"Je suis et demeure encore une cible de l'alliance de l'Otan, et s'il vous plait, ne le prenez pas mal si je dis que ce tribunal, dont j'ai une très, très piètre opinion, est un rejeton des puissances occidentales", a lancé Mladic, qui s'exprimait derrière une cloison en plexiglas installée dans le cadre des mesures prises contre le Covid-19.

Il a affirmé que depuis le début de la guerre en Bosnie, il avait été entraîné dans le conflit malgré lui. "Ces accusations sont tombées à l'eau", a-t-il dit lorsque le juge l'a interrompu, lui rappelant que seulement dix minutes de prise de parole lui avaient été accordées.

Auparavant, les procureurs ont appelé les juges du Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux (MTPI), qui a repris les travaux du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie après sa fermeture, à confirmer la condamnation de Mladic pour génocide.

L'ancien général, surnommé le "boucher des Balkans" a eu recours au "génocide, à l'extermination et au meurtre" pour vider Srebrenica, en principe zone protégée par l'ONU, de ses habitants croates et musulmans dans le cadre de la tentative de constituer un Etat exclusivement serbe, a déclaré la procureure Laurel Baig.

"Mladic était en charge de l'opération Srebrenica. Srebrenica était l'opération de Mladic. Et le tribunal a eu raison de conclure qu'il était responsable de ces crimes", a déclaré la procureure.

"Il a utilisé les forces qui étaient sous son commandement pour exécuter des milliers d'hommes et de garçons", a-t-elle ajouté.

Les avocats de Mladic ont demandé mardi au tribunal d'annuler sa condamnation, affirmant que "l'accusation de génocide n'était pas étayée".

Son avocat Dragan Ivetic a affirmé que Ratko Mladic ne se trouvait pas sur les lieux au moment du massacre, et attribué les tueries à des "voyous revanchards" faisant partie des forces serbes de Bosnie.

Le général serbe "a supervisé personnellement" la prise de Srebrenica, a assuré le parquet.

"L'objectif de l'attaque sur Srebrenica était de faire disparaître l'enclave, de la vider, d'en faire un territoire serbe", a déclaré la procureure.

Laurel Baig a déclaré que Mladic avait effectué une "marche de la victoire" dans Srebrenica après que ses forces s'en étaient emparées le 11 juillet 1995, affirmant que "le moment est venu de se venger des Turcs" - un terme péjoratif utilisé pendant la guerre pour désigner les Musulmans.

Environ 25.000 civils, principalement des femmes, des enfants et des personnes âgées, ont été forcés de monter dans des bus et ont quitté Srebrenica, en dépit de la présence de casques bleus néerlandais dans la zone.

Au même moment, des milliers d'hommes et de garçons de Srebrenica sont partis à travers bois pour tenter de rejoindre des territoires contrôlés par les Musulmans mais ont été le plus souvent interceptés par les Serbes et tués.

Les victimes "ont été exécutées par douzaines, par centaines puis finalement par milliers, par balles ou par grenades, malgré leur statut de civils, pour la simple raison qu'ils étaient musulmans", a-t-elle ajouté.

Mladic a été "la clef du succès de cette opération", a-t-elle plaidé. "Non seulement il était présent et donnait les ordres (...) mais il a également joué un rôle crucial pour empêcher la communauté internationale d'intervenir".

Pour tenter de dissimuler le crime après que des fosses communes eurent été découvertes en 1995, Mladic a ordonné à ses forces de déterrer d'autres fosses et de déplacer les restes humains, "mélangeant des parties de corps de victimes", a poursuivi la procureure.

Ratko Mladic a été capturé en 2011 après des années de cavale et condamné à l'issue d'un procès qui a duré trois ans.

© 2020 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.

A lire également

Notre sélection d'annonces

Fil info