MVL, champion du monde d'échecs hors des cases

Publié le à Paris (AFP)

Loin du cliché du joueur d'échecs froid ou fêlé, Maxime Vachier-Lagrave, devenu jeudi champion du monde en format ultra-rapide, a tracé sa route vers le sommet en cultivant une "vie tranquille" en dehors des compétitions.

En remportant à Varsovie le championnat du monde de "blitz", où les joueurs disposent de trois minutes au départ, auxquelles se rajoutent deux secondes par coup joué, "MVL" soulève son premier trophée mondial en seniors, à 31 ans.

Cette cadence est l'une des trois catégories où se dispute un championnat du monde, tous les ans, mais le plus prestigieux des titres, de loin, est celui en partie longue où le temps de réflexion se compte en heure.

Sa victoire dans ce format rapide est comme une évidence pour ce joueur "très fort en calcul" et donc avantagé quand le temps de réflexion est limité, selon Kevin Bordi, l'animateur de Blitzstream, première chaîne francophone sur les échecs, sur laquelle MVL intervient régulièrement.

"Il voit très vite, il est très vif. Il n'a pas peur de jouer pour l'initiative", explique-t-il.

"Il a un esprit brillant, ça va à 100 à l'heure dans son cerveau", relève aussi le grand maître international Fabien Libiszewski, un de ses proches.

"C'est un acrobate" sur l'échiquier, estime aussi Eric Birmingham, son premier entraîneur lors de ses débuts à 5 ans au club de Créteil. Il se souvient d'une "vraie éponge" aux capacités d'apprentissage hors du commun.

En partie longue, "MVL" est actuellement douzième meilleur joueur de la planète. Il a manqué de peu sa chance de défier l'actuel tenant du titre mondial Magnus Carlsen, en terminant deuxième du tournoi des Candidats, en avril, derrière le Russe Ian Nepomniachtchi.

Disputé en décembre, le match pour le titre a vu un nouveau succès du Norvégien Carlsen.

- Plaisir -

Lui admet avoir "l'intelligence du joueur d'échecs". "Je suis né avec", explique d'une voix légèrement traînante le jeune homme brun revêtu d'une veste ornée d'un grand K blanc, logo de la plateforme internet Kasparovchess, du légendaire Garry Kasparov avec laquelle il a un partenariat.

Mais à un tel niveau, il faut évidemment aussi une discipline drastique, des préparations de parties implacables, des mémorisations de variantes d'ouvertures interminables... Et ce n'est pas toujours simple pour celui qui admet dans son livre "Joueur d'échecs" (Fayard), "une légère tendance à la fainéantise".

"J'ai besoin de passer par la notion de plaisir", explique-t-il à l'AFP. "Par rapport à d'autres athlètes, j'ai peut-être un peu moins la capacité à me faire mal" à la besogne.

Le monde échiquéen est riche de figures tutélaires à l'esprit dérangé, brûlé par les échecs; des personnages de fiction comme Loujine le héros fou de Vladimir Nabokov dans "La défense Loujine", ou bien évidemment Beth Harmon de la série "Le jeu de la dame"; mais aussi des joueurs du passé comme Bobby Fischer, Paul Morphy, Akiba Rubinstein...

Dans ce monde dur de compétition acharnée, MVL maintient l'échiquier à distance pour se ménager.

"Je ne veux pas m'enfermer (...) si je ne devais plus voir que le jeu d'échecs, je m'en lasserais". Alors, quand il n'est pas en tournoi de par le monde ou en ligne, il a une vie presque banale de trentenaire parisien qui aime se coucher tard, regarder et parier sur le sport (il est fan de l'Olympique lyonnais) ou faire son jogging au jardin du Luxembourg, pas loin de l'appartement acheté grâce ses gains (environ 200.000 euros par an actuellement).

Mais sous cette "vie tranquille" le feu du jeu couve. "Je joue beaucoup, aux cartes, poker, tarot, jeux vidéo, jeux de société. Tout est l'occasion de jouer, de parier."

"Il aime jouer, à n'importe quoi", abonde Eric Birmingham.

- Les mecs gentils -

"Il y a les joueurs féroces et les mecs gentils. Moi je suis un joueur féroce", disait l'américain Bobby Fischer, légende des échecs qui avait notamment réussi à ravir la couronne mondiale au soviétique Boris Spassky en pleine guerre froide, à Reykjavik en 1972.

MVL "est quelqu'un de très gentil", dit Kevin Bordi. "Maxime c'est un vrai chic type. Fischer, Karpov, Kasparov, ce sont des tueurs. Pas Maxime", selon Eric Birmingham.

"Je peux faire la part des choses entre ce qui se passe dans la vraie vie (...) et les affrontements sur l'échiquier. Clairement, je ne vais pas me mettre à détester tout le monde maintenant."

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