Navalny: l'UE et l'Otan mettent la pression sur Vladimir Poutine

Publié le à Bruxelles (AFP)

L'UE n'exclut pas des sanctions et l'Otan se réunira vendredi à Bruxelles: la pression est montée d'un cran jeudi soir sur la Russie, qui rejette toute implication dans l'empoisonnement de l'opposant Alexeï Navalny, victime selon Berlin d'une attaque à l'agent neurotoxique de type Novitchok.

Au nom des 27 Etats membres de l'Union, le représentant de l'UE pour la diplomatie, Josep Borrell, a exhorté dans un communiqué le gouvernement russe à "faire tout son possible pour mener une enquête approfondie sur ce crime en toute transparence".

Et pour la première fois, M. Borrell a évoqué d'éventuelles sanctions: "l'UE appelle à une réponse internationale commune et se réserve le droit de prendre des mesures appropriées, y compris des mesures restrictives".

Lors d'un point presse à la mi-journée, un porte-parole de la Commission européenne, Peter Stano, s'était encore montré prudent: "il est difficile de parler de punition quand vous n'avez pas encore, à ce stade, les responsables".

"L'enquête doit avoir lieu lieu, et ensuite, les étapes supplémentaires seront décidées", avait-il expliqué.

De son côté, l'Otan a annoncé jeudi soir une réunion vendredi où sera notamment discuté l'empoisonnement de Navalny, à l'issue de laquelle son secrétaire général, Jens Stoltenberg, s'adressera aux médias.

Des responsables allemands vont informer leurs 29 autres alliés, après que Berlin a annoncé avoir des "preuves sans équivoque" que la bête noire du Kremlin, âgé de 44 ans, avait été empoisonné avec un agent chimique neurotoxique de type Novitchok.

Devant la presse, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a soutenu qu'il n'y avait "aucune raison" d'accuser l'Etat russe et a appelé l'Occident à se garder de tout "jugement hâtif".

Mis au point par les Soviétiques dans les années 70 en tant qu'arme chimique, cet agent neurotoxique se présente le plus souvent sous la forme d'une fine poudre susceptible de pénétrer les pores de la peau ou les voies respiratoires.

Après les déclarations de Berlin, l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) a exprimé jeudi sa "grave préoccupation".

Ce même agent neurotoxique avait déjà été utilisé contre l'ex-agent double russe Sergueï Skripal et sa fille Ioulia en 2018 en Angleterre, selon les autorités britanniques, qui en ont imputé la responsabilité à l'Etat russe.

L'affaire Skripal avait provoqué à l'époque de lourdes sanctions occidentales contre la Russie, qui a rejeté toute implication.

Lors d'une interview à l'AFP, un allié de M. Navalny, Ivan Jdanov, a estimé jeudi que cette attaque ouvrait un "nouveau chapitre" dans l'histoire des répressions contre les opposants au Kremlin.

- Economie russe secouée -

Après la confirmation par l'Allemagne de l'empoisonnement de M. Navalny au Novitchok, l'économie russe a été secouée jeudi par des craintes de nouvelles sanctions à l'encontre de Moscou.

Le rouble a plongé dès mercredi soir à son plus bas niveau depuis le pic de la pandémie de coronavirus au printemps, et la Bourse de Moscou a également dégringolé, l'indice RTS, libellé en dollars, chutant de plus de 3% à la clôture mercredi.

Cette situation pourrait également avoir de lourdes conséquences sur le projet de gazoduc Nord Stream 2, qui devait abreuver l'Europe et notamment l'Allemagne en gaz russe. Bien que quasiment terminé, le projet est à l'arrêt depuis plusieurs mois en raison des menaces de sanctions américaines.

Jusqu'à présent, l'Allemagne, principal acteur européen de ce projet, condamnait la position de Washington.

Le Bild, journal le plus lu d'Allemagne, appelait jeudi à arrêter le projet, affirmant que "si le gouvernement (allemand) n'arrête pas la construction de Nord Stream 2, nous financerons bientôt par (ce projet) les attaques au Novitchok de Poutine".

Militant anti-corruption, connu pour ses enquêtes visant les élites russes, Alexeï Navalny a été hospitalisé en Sibérie fin août après avoir fait un malaise dans l'avion.

Il a ensuite été transporté à Berlin à la demande de sa famille et reste "dans un état grave", selon l'hôpital berlinois de la Charité.

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