Niger: Mohamed Bazoum, dans la continuité de son mentor Issoufou

Publié le à Niamey (AFP)

Fidèle parmi les fidèles de l'ex-président nigérien Mahamadou Issoufou, son successeur Mohamed Bazoum, investi vendredi, entend assurer la "continuité" à la tête d'un pays en crise confronté à d'immenses défis, particulièrement des attaques jihadistes de plus en plus nombreuses et meurtrières.

Mohamed Bazoum est le premier président à accéder au pouvoir après une transition démocratique entre deux présidents élus dans ce pays en proie aux coups d'Etat et tentatives de putsch depuis l'indépendance en 1960. Une dernière tentative a été déjouée mercredi, selon le gouvernement.

La "continuité" a été le maître mot de la campagne de celui qui fut le bras droit d'Issoufou durant ses dix années de pouvoir : dans le développement de l'un des pays les plus pauvres du monde, comme dans la lutte contre l'insécurité qui n'a fait qu'augmenter récemment, avec plus de 300 morts dans des attaques attribuées au jihadistes depuis le début de l'année.

Bazoum, qui entend "poursuivre" l'oeuvre de son mentor, est longtemps resté à l'arrière-plan, s'occupant de l'appareil du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS, dont il est un des membres fondateurs comme Issoufou). Mais aussi en jouant les fidèles lieutenants comme ministre de l'Intérieur ou ministre d'Etat à la présidence lors de la réélection d'Issoufou en 2016.

Homme de réseau, avec de bonnes relations à l'étranger, il a quitté ses fonctions mi-2020 pour se consacrer à la présidentielle, objectif programmé d'un homme de l'ombre propulsé au premier rang de l'imposante machine déployée pour l'élection par le PNDS.

Né en 1960 à Bilabrine dans la région de Diffa (sud-est), Bazoum est arabe, une ethnie minoritaire au Niger, ce qui lui a valu des accusations sur ses origines "étrangères" lors de la campagne.

Dans son discours d'investiture, il a dénoncé "l'usage inédit dans notre pays d'arguments consistant pour certains à stigmatiser l'origine et le teint de la peau de certains de leurs adversaires. De tels arguments sont fort regrettables, car personne n'est responsable de son origine, les hommes sont reponsables seulement de ce qu'ils font".

Après des études à Gouré (sud-est), puis un baccalauréat à Zinder, Bazoum part étudier la philosophie au Sénégal. Il y enseigne pendant six ans dans des lycées de province, y gagnant un certain talent d'orateur.

- Rigueur et fermeté -

Son contact facile et son ancrage philosophique à gauche sont nuancés par un "air dur, celui de quelqu'un dont on sait qu'il peut avoir la main ferme", selon un observateur de la politique nigérienne à Niamey.

Les partenaires du Niger, principaux bailleurs d'un pays très fortement dépendant de l'aide internationale, où France comme Etats-Unis ont des bases militaires, préfèrent voir dans Bazoum l'assurance d'un leader sûr, quitte à détourner le regard sur certains sujets.

Notamment sur les affaires de corruption qui ont miné la présidence Issoufou. Mais, avantage certain pour Bazoum, "son nom n'est pas cité dans les principaux scandales de corruption qui ont souvent éclaboussé le régime" et "on lui reconnaît une certaine rigueur dans la gestion des affaires publiques et un franc-parler", selon Ibrahim Yahya Ibrahim, chercheur à International Crisis Group (ICG).

Sous Issoufou, il se disait de lui qu'il était le vrai numéro deux de l'Etat, devant le Premier ministre Brigi Rafini, qu'il gérait toutes les affaires sensibles et qu'il était consulté sur tous les dossiers, de la diplomatie à l'économie, mais particulièrement sur les questions sécuritaires, centrales dans un pays en proie aux attaques jihadistes.

Reste que ses relations futures avec l'ex-président font déjà l'objet de débats: Issoufou et Bazoum resteront-ils comme les deux doigts d'une même main, ou bien le Niger doit-il redouter un scénario où, comme en Mauritanie, l'ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz et ex-mentor de l'actuel chef d'Etat, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, est tombé en disgrâce après avoir quitté le pouvoir ?

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