Nigeria: situation précaire à Lagos deux jours après la répression sanglante

Publié le à Lagos (AFP)

Prison centrale incendiée, coups de feu, rues désertes: la situation restait précaire jeudi à Lagos sous couvre-feu, deux jours après la sanglante répression des manifestations pacifiques dans la mégapole nigériane.

Depuis le début de la contestation de la jeunesse nigériane il y a deux semaines contre les violences policières, au moins 56 personnes sont décédées dans les manifestations, selon Amnesty International.

Mardi soir, l'armée et la police ont tiré à balles réelles sur des manifestants pacifiques, faisant au moins 12 morts et des centaines de blessés dans deux rassemblements distincts à Lagos, selon l'organisation. Ces fusillades ont provoqué la colère de très nombreux Nigérians, et l'indignation à l'étranger.

Après ces tueries, des violences et des affrontements entre jeunes et forces de l'ordre ont éclaté mercredi dans plusieurs quartiers de Lagos, en dépit d'un couvre-feu imposé depuis mardi dans la ville de 20 millions d'habitants.

Jeudi midi, des volutes de fumées noires s'élevaient au dessus de la prison centrale de Lagos, à Ikoyi, un quartier aisé de la capitale, ont constaté des journalistes de l'AFP. Plusieurs coups de feu ont également été entendus.

"La prison est en train d'être attaquée", ont affirmé à l'AFP des policiers stationnés non loin du centre de détention. En milieu d'après-midi, "la situation s'était calmée et semblait sous contrôle", selon un témoin habitant à côté de la prison.

- Rues désertes et pillages -

Au total, une vingtaine de bâtiments publics, plusieurs postes de police, les sièges d'une station de télévision et de l'autorité portuaire ou encore un terminal de bus ont été incendiés ces derniers jours.

Jeudi, les rues étaient dans l'ensemble désertes; de nombreux magasins alimentaires avaient été pillés ou des boutiques détruites.

Depuis la répression des manifestations, le président Muhammadu Buhari ne s'est pas exprimé. Il tenait jeudi après-midi un conseil national de défense avec son ministre de la Défense et le chef de la police, selon un communiqué.

La veille, le vice-président du pays avait réagi: "La douleur provoquée par ces terribles évènements est palpable dans nos villages et nos villes. Ces disparitions sont irremplaçables, mais justice leur sera rendue", avait déclaré Yemi Osinbajo.

Mises en cause par des témoins et des ONG, la police et l'armée nient toute responsabilité.

"Je ne peux pas dire qui est impliqué dans cette fusillade, certainement pas la police", a affirmé mercredi matin le ministre de la Police, Muhammad Maigari Dingyadi à la BBC, la radio britannique.

"Les militaires se sont déjà exprimés, ils nient être responsables", a-t-il ajouté.

- Attaque préméditée ? -

Des vidéos de la fusillade montrant des militaires tirer à balles réelles au dessus d'une foule qui agitait des drapeaux et chantait l'hymne national au péage de Lekk, avaient été largement relayées sur les réseaux sociaux, suscitation l'indignation.

Washington a condamné jeudi "le recours excessif à la force" par les militaires. "Les personnes impliquées doivent être tenues responsables selon les lois nigérianes", a déclaré le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo.

Avant les Etats-Unis, l'Union africaine, l'Union Européenne et l'ONU avaient déjà condamné ces violences, et demandé à ce que les responsables de ces tueries soient poursuivis en justice.

"Il semble assez clair que les forces nigérianes ont eu un recours excessif à la force, tirant et tuant à balles réelles", a déclaré la Haute-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Michelle Bachelet.

"Si les informations faisant état de la mise hors service de l'éclairage et des caméras de surveillance avant la fusillade devaient être confirmées, cela pourrait suggérer que cette attaque lancée contre des manifestants pacifiques était préméditée, planifiée et coordonnée", a-t-elle ajouté.

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