Nucléaire iranien: trêve dans les négociations, "l'espace" se réduit

Publié le à Vienne (AFP)

Les négociateurs sur le nucléaire iranien se sont quittés vendredi en faisant état de légers progrès mais les Européens ont insisté sur "l'urgence" de se retrouver au plus vite.

"Quelques avancées sur le plan technique ont été réalisées au cours des dernières 24 heures" de pourparlers à Vienne pour sauver l'accord de 2015, toutefois "il reste très peu d'espace", ont déclaré d'une même voix des hauts diplomates de France, d'Allemagne et du Royaume-Uni (E3).

Réunis avec leurs homologues d'Iran, de Chine et de Russie, ils ont bouclé cette septième session après plusieurs jours de discussions "dures et intenses" selon Téhéran. Ils n'ont pas fixé de nouveau rendez-vous, espérant se retrouver avant le Nouvel an.

Le chef de la délégation iranienne Ali Bagheri a souhaité retourner à Téhéran, explique l'E3 qui a déploré "une interruption décevante" dans les pourparlers, pour une raison indéterminée.

L'ensemble des autres partenaires étaient "prêts à poursuivre les discussions", ont-ils souligné, appelant les Iraniens à les "reprendre rapidement" et à accélérer le rythme.

- "Base de départ" -

"Nous n'avons pas des mois devant nous, mais plutôt des semaines", a abondé le coordinateur de l'Union européenne (UE), Enrique Mora qui s'est exprimé face à la presse devant le palais Cobourg de la capitale autrichienne où se déroulent les négociations.

"Je ne peux pas encore annoncer de date formelle" pour la reprise, a-t-il ajouté.

Après un premier cycle au printemps interrompu par l'élection en juin d'un nouveau président iranien ultra-conservateur, les diplomates s'étaient retrouvés fin novembre à Vienne.

Les débuts ont été difficiles mais "nous nous sommes enfin mis d'accord sur la base de départ pour les discussions", a indiqué une source au sein de l'E3, qui pointait il y a quelques jours les exigences "radicales" de Téhéran. Et d'ajouter: "Maintenant il faut entrer dans le vif du sujet".

Le négociateur en chef iranien Ali Bagheri a, de son côté, salué l'élaboration d'un nouveau cadre de négociations, "intégrant les points de vue" de la République islamique, sur les deux volets de la levée des sanctions américains et du programme nucléaire.

L'enjeu des pourparlers de Vienne vise à faire revenir dans l'accord les Etats-Unis, qui y participant de manière indirecte.

Ce pacte s'est délité à la suite du retrait unilatéral de Washington en 2018 sous la présidence de Donald Trump.

En riposte au rétablissement des mesures punitives à son égard, l'Iran, qui dément vouloir se doter de la bombe, s'est progressivement affranchi des limites imposées à son programme nucléaire.

- "Doutes" -

L'accès aux inspections de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), chargée de contrôler le caractère pacifique des activités iraniennes, a aussi été nettement réduit ces derniers mois.

L'instance onusienne est toutefois parvenue à un arrangement cette semaine sur le remplacement des caméras de surveillance sur le site nucléaire de Karaj, près de Téhéran.

Ces appareils avaient été endommagés le 23 juin selon l'Iran, qui avait alors affirmé avoir déjoué une opération de "sabotage" d'Israël.

Ce que la République islamique a qualifié de "geste de bonne volonté" de sa part a permis d'éviter une "crise à court terme" et de détendre quelque peu l'atmosphère des pourparlers, selon les experts.

Le directeur général de l'AIEA Rafael Grossi a salué vendredi devant les journalistes un "pas important".

Il a cependant émis des "doutes" au sujet de l'absence de données issues d'une des caméras.

"J'espère que (Téhéran) va nous apporter une réponse car il est très étrange" qu'elles disparaissent, a-t-il dit.

Avant de réinstaller les appareils, l'agence va en "expliquer le fonctionnement aux responsables de la sécurité et de la justice", a expliqué à Téhéran le chef de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique (OIEA) Mohammad Eslami.

Extrêmement méfiant, l'Iran est convaincu que le sabotage de Karaj a été rendu possible grâce au piratage des informations recueillies par ces appareils de surveillance.

Une hypothèse "absurde", a insisté M. Grossi, venu à la conférence de presse avec une de ces caméras pour appuyer ses propos.

Elles ne peuvent "pas être trafiquées" et une fois installées, elles "n'ont pas de moyen de transmission", a-t-il affirmé.

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