Ouverture d'un premier procès #MeToo en Grèce, un an après l'éveil du mouvement

Publié le à Athènes (AFP)

Le procès emblématique d'un entraîneur accusé de viol sur mineure s'ouvre mercredi à Athènes, un an après les révélations d'une championne olympique de voile, agressée sexuellement par un responsable de sa fédération, qui avaient enclenché le mouvement #MeToo en Grèce.

Fin décembre 2020, la championne de voile Sofia Bekatorou révèle avoir été agressée sexuellement à l'âge de 21 ans par un haut responsable de sa fédération en 1998, lors des préparatifs pour les Jeux Olympiques de Sydney.

Dans la société patriarcale grecque, où les violences sexuelles peinent à sortir de la sphère privée, les révélations de la championne libèrent subitement la parole des femmes agressées.

Plus de trois ans après les États-Unis, le mouvement #MeToo naît à son tour en Grèce.

Les dénonciations d’agressions sexuelles subies par des femmes athlètes, étudiantes, journalistes et actrices, majeures ou mineures pleuvent.

Parmi elles, le cas d'une jeune femme, elle aussi victime d'agressions sexuelles au sein de la fédération de voile alors qu'elle était mineure.

Quand Sofia Bekatorou révèle, lors de son audition il y a un an devant le procureur Nikos Stefanatos, les abus sexuels qu'elle a elle-même subis, les faits commis il y a plus de vingt ans sont prescrits.

Mais "j'espérais que d'autres femmes et d'autres personnes pourraient parler afin que la société soit plus saine et que nous n'ayons pas peur de nous exprimer", déclarait-elle alors.

Sofia Bekatorou sera appelée à la barre comme témoin, en accord avec la victime, lors du procès qui s'ouvre mercredi sur des faits remontant à neuf ans.

Alors qu'elle n'avait que 11 ans, la jeune victime a dit avoir eu plusieurs rapports sexuels non consentis avec son entraîneur âgé de 38 ans.

L'accusé "a eu recours à des violences sexuelles mais aussi psychologiques contre la mineure afin qu'elle ne révèle pas son viol à ses parents", selon le procureur.

- "Eveiller les consciences" -

"La décision de Sofia Bekatorou de dénoncer avec audace les violences sexuelles qu'elle a subies en tant que jeune athlète est un acte qui a un impact fort sur la société, qui éveille les consciences", a estimé le Premier ministre gre Kyriakos Mitsotakis.

Face à l'ampleur du mouvement, le gouvernement conservateur a pris dès février 2021 une série de mesures allant du durcissement des peines pour les agresseurs sexuels à l'allongement du délai de prescription pour les abus sur mineurs.

Une plateforme numérique permettant de dénoncer les faits et des lignes téléphoniques d'aide aux victimes ont été créées pour "briser le silence".

Depuis la rentrée de septembre 2021, des cours d'éducation sexuelle comprenant notamment la notion de consentement sont dispensés dans les écoles publiques.

- "Comme une rivière pour nettoyer les plaies" -

Dans une interview le 23 décembre au magazine Marie-Claire, Sofia Bekatorou estime que "le mouvement #MeToo continue. Il est vivant en raison du grand nombre de victimes d'abus".

"Ce n'est pas une mode", dit-elle, "#MeToo est venu comme une rivière pour nettoyer les plaies, aider à guérir, motiver les gens à parler", poursuit l'athlète qui a lancé sa propre plateforme pour venir en aide aux victimes.

Car beaucoup reste à faire.

"Dans le milieu de la gymnastique, il y a eu 37 plaintes de jeunes filles et les auteurs présumés de ces actes occupent encore actuellement des postes de responsabilité", dénonce-t-elle.

"La logique voudrait que la fédération de gymnastique qui a entre les mains les plaintes des athlètes, dans lesquelles sont mentionnés des noms, des actes, demande des explications", estime l'avocat des sportives, Alexandros Adamidis. "Malheureusement, jusqu'à aujourd'hui, cela n'a pas été le cas", déplore-t-il dans une interview à la télévision One Channel.

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