Pass sanitaire: l'exécutif veut aller "très vite", embûches à l'Assemblée

Publié le à Paris (AFP)

Déjà partiellement en vigueur depuis la veille, le pass sanitaire élargi a subi quelques revers jeudi à l'Assemblée, qui joue les prolongations sur cet outil présenté par le gouvernement comme la meilleure arme face au rebond de l'épidémie du Covid-19.

Contre l'avis de l'exécutif et dans un scrutin serré, les députés se sont opposés dans l'après-midi au pass sanitaire (parcours vaccinal complet ou test récent) pour l'ensemble des patients et les visiteurs dans les hôpitaux et maisons de retraite. Le débat pourrait cependant revenir lors de la navette parlementaire sur le nouveau projet de loi anti-Covid.

Très pressé, le gouvernement veut faire adopter un pass sanitaire encore élargi et la vaccination obligatoire pour certaines professions d'ici la fin du week-end après quatre jours de débat parlementaire.

Mais jeudi en milieu d'après-midi, il restait encore quelque 700 amendements à examiner sur le millier qui avaient été déposés, et l'ambiance restait houleuse.

"Nous aimerions avoir une écoute réelle", a même demandé au gouvernement la députée Annie Chapelier, du groupe Agir allié de la majorité, cependant que les oppositions critiquaient des décideurs "hors sol" ou rendant le pays "dingue".

"Nous sommes dans une course contre la montre. Il ne faut pas que le débat parlementaire soit mis de côté, mais il ne faut pas non plus qu'il freine par une obstruction systématique la nécessité d'aller vite dans notre combat contre la Covid", a fait valoir le patron des députés LREM Christophe Castaner à BFMTV-RMC, pointant le "paradoxe permanent" des oppositions qui accusent l'exécutif d'en faire "trop" ou "pas assez".

- "Cohérence" -

Si l'obligation vaccinale étendue aux soignants, sapeurs pompiers ou encore professionnels auprès des personnes âgées est largement soutenue, ce n'est pas le cas de l'extension du pass sanitaire qui doit entrer en vigueur début août dans les cafés-restaurants, objet de vives critiques de la gauche à l'extrême droite.

"Vous gâchez cette période estivale pour un certain nombre de Français" qui n'auraient le temps de faire qu'une injection du vaccin, a accusé la députée LR Véronique Louwagie. "Quelle est la cohérence du pass sanitaire, inexistant pour le métro" ou les restaurants d'entreprise, mais obligatoire pour le TGV et les restaurants classiques, a fustigé Marine Le Pen (RN).

La gauche n'est pas en reste: le pass sanitaire, "on n'en veut pas, les citoyens n'en veulent pas et on a un gouvernement qui dit +c'est comme ça, pas autrement+. A quoi on sert ici?", s'est exclamé le communiste Alain Bruneel.

"Nous avons deux choix: réussir le pass, vite, très vite (...) ou nous exposer au risque de devoir reconfiner notre pays", a de nouveau justifié Olivier Véran devant la commission des Lois du Sénat. "Ne voyez pas ça comme un chantage ou une épée de Damoclès (...) mais il n'y a pas d'autre option".

Devant les sénateurs, Jean-François Delfraissy, le président du conseil scientifique, a dit craindre "une situation complexe, très complexe" à l'hôpital fin août, le moment où le variant Delta aura "un impact sur le système de soin".

Avec plus de 21.000 cas de contamination au Covid recensés en 24 heures mercredi, c'est la première fois depuis début mai que le seuil de 20.000 contaminations par jour est dépassé, contre 9.000 il y a une semaine.

Au point que de nouvelles mesures comme le retour au masque obligatoire en extérieur ont été prises pour certaines communes de Meurthe-et-Moselle, de l'Hérault et de Vendée.

- "Défi collectif" -

Le taux d'incidence progresse surtout chez les 12-17 ans et les 18-29 ans, deux tranches d'âge où le nombre de vaccinés reste très faible.

"On va avoir des campagnes de vaccination spécifiques, notamment dans les établissements scolaires à la rentrée pour précisément vacciner le plus de jeunes possible qui le souhaitent", a rappelé le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal.

Mercredi, le Premier ministre a lancé "un défi collectif" à la population pour qu'"on atteigne huit millions de vaccins" administrés dans les deux prochaines semaines. Avec l'objectif de 50 millions de primo-vaccinés fin août et non plus 40 millions, grâce à l'ouverture de 5 millions de nouveaux rendez-vous dans les 15 jours.

Alors qu'entrait en vigueur le pass sanitaire obligatoire pour aller au cinéma, au musée ou dans des établissements sportifs, Jean Castex a envoyé un message de fermeté aux opposants qui "en viennent à des actes de violence".

Des dizaines de personnes se sont introduites dans l'hôtel de ville de Chambéry (Savoie), pour y décrocher symboliquement le portrait officiel du président Emmanuel Macron.

"Le vaccin on en débat, le pass on en veut pas", était le mot d'ordre d'une manifestation de quelque 200 personnes jeudi à Paris devant le Sénat, à l'appel de François Asselineau (UPR) qui a dénoncé, auprès de l'AFP, une mesure "inefficace, injuste et absurde".

bur-jri-reb-adc-ra/ib/bow

© 2021 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.

A lire également

Notre sélection d'annonces

Fil info