Pédocriminalité dans l'Eglise: un travail de transparence dans plusieurs pays

Publié le à Paris (AFP)

Avant la création d'une commission en France en 2018, plusieurs pays ont mis en place des instances chargées d'enquêter sur les agressions sexuelles commises par des membres du clergé sur des mineurs. Voici quatre d'entre eux:

- Australie -

Après plusieurs scandales, une commission mise en place par le gouvernement enquête de 2013 à 2017 au sein de l'Eglise et dans toutes les institutions en contact avec les mineurs (clubs de sport, écoles privées, orphelinats...).

Elle établit que c'est au sein des institutions religieuses que la majorité (58%) des agressions ont été commises. Entre 1950 et 2010, 7% des prêtres sont accusés d’avoir commis des actes pédocriminels. Entre 1980 et 2015, 4.444 cas d’abus sexuels ont été rapportés aux autorités de l’Eglise.

Des auditions de victimes sont retransmises en direct à la télévision, avec des témoignages qui choquent le pays.

Cette commission entend aussi le cardinal George Pell. Ce dernier, qui fut très proche du pape, a été condamné et incarcéré en 2019 pour des viols et agressions sexuelles sur deux adolescents dans les années 1990, avant d'être finalement acquitté l'an dernier au bénéfice du doute.

- Allemagne -

Le 4 juin dernier, un des cardinaux les plus influents d'Allemagne, l'archevêque de Munich Reinhard Marx, demande au pape François d'être démis de ses fonctions, tirant les conséquences de l'"échec", selon lui, de l'Eglise catholique dans "la catastrophe des abus sexuels", notamment dans le diocèse de Cologne, le plus important du pays.

Sa demande est rejetée par le pape mais révèle le malaise qui règne au sein de l'Eglise allemande.

Un rapport accablant, rendu public en mars, a révélé que des centaines de mineurs avaient subi des violences sexuelles dans le diocèse de Cologne entre 1975 et 2018, et que plusieurs responsables religieux s'étaient tus.

En 2018, un consortium de chercheurs universitaires, financé par l'Eglise mais sans accès aux archives, avait déjà dressé un état des lieux alarmant: au moins 3.677 enfants, en majorité des garçons de moins de 13 ans, ont été victimes en Allemagne de violences sexuelles entre 1946 et 2014, commises par 1.670 religieux dont la plupart n’ont jamais été condamnés.

Ces dix dernières années, l'Eglise allemande, qui a présenté ses excuses en 2018, a multiplié les initiatives pour restaurer la confiance et libérer la parole: nomination d'un responsable "prévention", numéro d'appel spécial pour les victimes, prise en charge des coûts de leur thérapie ou appel à des "experts extérieurs" pour aider les diocèses.

Mais pas d'avancée sur un point réclamé par les victimes: une complète collaboration avec la justice afin que les coupables puissent être jugés et les victimes dédommagées. Actuellement, l'Eglise indemnise au cas par cas, sans aucune transparence.

- Etats-Unis -

En 2002, le Boston Globe révèle des abus sexuels massifs sur des enfants dans le diocèse de Boston et les efforts de la hiérarchie catholique pour les dissimuler. Un scandale d'ampleur nationale raconté dans le film "Spotlight".

Dans la foulée, la Conférence nationale des évêques américains adopte la "Charte de Dallas", qui instaure une série de mesures de protection. En 2004, une commission publie un rapport qui impose d'autres mesures pour tous les diocèses: signalements à la police, suspension des prêtres incriminés...

En 2019, la Conférence des évêques renforce encore le système de signalement.

Selon des avocats spécialisés, plus de 11.000 plaintes ont été déposées dans le pays par des victimes de prêtres pédocriminels. Les diocèses ont versé des centaines de millions de dollars dans le cadre d'accords à l'amiable.

Des associations de victimes estiment qu'avec ces dédommagements, l'Eglise continue à échapper à la justice.

Au niveau des Etats, plusieurs enquêtes ont été lancées par les procureurs pour faire toute la lumière sur des décennies d'agressions.

En août 2018, l'une d'elles a révélé que plus de 300 "prêtres prédateurs" avaient commis des abus sur au moins mille enfants pendant des décennies en Pennsylvanie (nord-est). Le scandale a forcé à la démission l'ancien archevêque de Pittsburgh, Donald Wuerl, qui aurait tenté d'étouffer ces affaires.

L'influent cardinal Theodore McCarrick a également été défroqué pour avoir agressé sexuellement un adolescent dans les années 1970.

Plusieurs diocèses ont depuis ouvert leurs archives, révélant que des centaines de membres du clergé ont été soupçonnés d'agression sur mineurs dans les dernières décennies.

- Irlande -

En 2009, la Commission dirigée par le juge Sean Ryan, après neuf ans d'enquête sur les institutions liées à l'Eglise (écoles, orphelinats...), publie un rapport révélant une généralisation, depuis les années 1930, de la violence sexuelle, physique et psychologique contre les enfants.

Une autre commission, celle de la juge Yvonne Murphy, enquête pendant trois ans sur le diocèse de Dublin et révèle en 2009 que les autorités catholiques ont dissimulé des violences sexuelles commises sur des enfants pendant plus de trois décennies.

Plusieurs évêques irlandais ont démissionné et d'anciens prêtres ont été incarcérés.

Le gouvernement a mis en place un dispositif public de compensations financières pour les victimes, auquel se sont adressées plus de 14.500 personnes.

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