Pédophilie: l'ONU critique sévèrement la politique du Vatican

Publié le à Genève (AFP)

Le Comité des Droits de l'enfant des Nations unies a sévèrement critiqué dans un rapport la politique du Vatican face aux innombrables cas d'abus sexuels sur des enfants commis par des membres du clergé, exigeant que désormais tout religieux pédophile soit déféré devant la justice.

Un responsable du Vatican a aussitôt accusé le Comité de "déformer" les faits.

C'est la première fois que le Saint-Siège est sévèrement mis en cause par un organe de l'ONU qui fait autorité dans son domaine. Ses recommandations n'ont cependant pas un caractère obligatoire.

Le Comité a demandé mercredi au Vatican de déférer devant la justice tous les pédophiles au sein de l?Église.

Le Comité demande au Saint-Siège "de relever immédiatement de ses fonctions toute personne suspectée d'abus sexuel et de déférer son cas aux autorités judiciaires compétentes à des fins d'enquête et de poursuites".

Il souligne "sa profonde préoccupation quant aux abus sexuels d'enfants par des membres de l?Église catholique placés sous l'autorité du Saint-Siège, avec des religieux impliqués dans l'abus de dizaines de milliers d'enfants dans le monde".

Le Comité se dit "profondément préoccupé par le fait que le Saint-Siège n'ait pas reconnu l'étendue des crimes commis et n'ait pas pris les mesures nécessaires pour traiter les cas de sévices sexuels sur des enfants et pour protéger ces enfants, et qu'il ait retenu des politiques et des pratiques qui ont conduit à la poursuite de ces agressions et à une impunité pour leurs auteurs", affirme le rapport.

Ce Comité, qui siège à Genève, est composé de 18 experts indépendants des Droits de l'Homme, de différentes nationalités, et il veille notamment au respect de la Convention aux Droits de l'enfant mise en ?uvre en 1989.

Dans sa première réaction, le Saint-Siège a "pris acte des observations finales" de l'ONU concernant les sévices pédophiles, qu'il examinera "avec attention", selon un communiqué.

"On dirait quasiment que le rapport était préparé à l'avance, avant la rencontre avec la délégation du Saint-Siège", s'est insurgé Mgr Silvano Tomasi, observateur près de l'ONU à Genève, dans une interview à Radio Vatican.

"Le document (de l'ONU) ne semble pas à jour", ajoute le prélat, avant de détailler les mesures prises par l'Eglise catholique contre ces abus. "C'est une question de faits, d'évidence, qui ne peuvent pas être déformés!", ajoute-t-il.

Le communiqué du Vatican dénonce par ailleurs "une tentative d'ingérence" dans les positions de l'Église sur l'avortement.

Le Comité demande à l'Eglise de revoir sa position sur les avortements quand la santé de la mère est menacée et d'amender le droit canon en conséquence pour définir les cas où l'avortement pourrait être autorisé.

Pour la présidente du Comité, la Norvégienne Kristen Sandberg, le Vatican viole jusqu'à présent la Convention sur les Droits de l'enfant dans les affaires de sévices sexuels. "Ma réponse simple est oui, il y a une violation de la Convention jusqu'à maintenant parce qu'ils n'ont pas fait tout ce qu'ils auraient dû", a-t-elle dit à la presse.

Le Comité dénonce notamment les transferts de paroisse en paroisse dans un même pays ou dans un autre pays, pour cacher ces crimes et les occulter des autorités judiciaires.

"La pratique de la mobilité des auteurs de sévices a permis à de nombreux prêtres de rester en contact avec des enfants et de continuer à les abuser" sexuellement, affirme le rapport.

Le mois dernier le Comité avait passé en revue la position du Vatican, Etat représenté à l'Onu, en présence de représentants du Saint-Siège. Le Vatican avait été auditionné par le Comité en 1995, avant que ces pratiques ne soient largement connues et dénoncées.

"Nous sommes récompensés de voir que l'ONU a pris la chose aussi sérieusement", a commenté à New York Barbara Blaine, présidente du Réseau de survivants abusés par des prêtres (SNAP) dont l'organisation a témoigné aux auditions de Genève.

"Plus les organisations internationales et les gouvernements s'impliqueront, plus vite nous pourrons mettre fin aux pratiques du Vatican", a-t-elle affirmé.

Le Comité, en dépit de la politique de tolérance zéro annoncée par le Saint-Siège, dénonce le "code du silence" sous la menace d'excommunication qui a entouré et entoure ces affaires, les lanceurs d'alerte au sein du clergé se retrouvant "dénoncés et chassés".

Le rapport propose au Saint-Siège la mise en place d'organes pour gérer ces affaires, demandant que leur travail et les archives soient accessibles, que les règles de fonctionnement de l?Église et le droit canon intègrent ces nouvelles dimensions.

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