Pompeo dans une colonie israélienne, une première pour un secrétaire d'Etat

Publié le à Jérusalem (AFP)

Mike Pompeo a effectué jeudi la première visite d'un chef de la diplomatie américaine dans une colonie israélienne en Cisjordanie occupée, avant un déplacement également inédit sur le plateau du Golan syrien annexé.

M. Pompeo a coupé court aux rumeurs en se présentant au vignoble de Psagot, dont les bureaux sont situés dans la zone industrielle de Shaar Benjamin, qui fait partie des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée, ont confirmé ses services.

Sous l'administration de Donald Trump, les Etats-Unis ont affiché un soutien inégalé à l'Etat hébreu avec la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l'Etat hébreu, l'approbation de la souveraineté israélienne sur la partie du plateau du Golan prise à la Syrie en 1967 et un appui à la colonisation en Cisjordanie.

La colonisation israélienne dans les Territoires palestiniens a connu un vif essor ces dernières années sous l'impulsion de M. Netanyahu et depuis l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche.

Plus de 450.000 Israéliens vivent dans des colonies, jugées illégales par le droit international, en Cisjordanie, un territoire occupé par Israël depuis 1967 et où vivent environ 2,8 millions de Palestiniens.

En novembre 2019, il y a un presque un an jour pour jour, M. Pompeo avait affirmé que ces colonies n'étaient plus, selon Washington, contraires au droit international.

"Pendant longtemps le département d'Etat a pris la mauvaise approche sur les colonies, ne reconnaissant pas l'histoire de ce (territoire) spécial. Aujourd'hui le département d'Etat défend avec vigueur la reconnaissance que les colonies peuvent être légales (...)", a-t-il réitéré jeudi.

- Le vin Pompeo -

Au vignoble israélien de Psagot, situé entre Jérusalem et Ramallah, Yaakov Berg avait en 2019 débouché de bonnes bouteilles en l'honneur de M. Pompeo.

Un an plus tard, il a confié avoir préparé une cuvée Pompeo dont l'étiquette est bonifiée du hashtag "#madeinlegality ("conçu légalement"). "Nous n'avons pas volé cette terre", a-t-il déclaré à l'AFP à la veille de la visite de M. Pompeo.

Ce vigneron vend l'essentiel de sa production à l'étranger, aux Etats-Unis et en Europe notamment, mais est au coeur d'une bataille politico-judiciaire sur le statut des colonies.

En 2016, une décision française l'a obligé à un étiquetage différencié des produits provenant des Territoires occupés par Israël. Ces produits ne pouvaient être qualifiés comme étant originaires d'Israël mais des colonies israéliennes.

Le différend a été porté à la Cour européenne qui a validé la décision française en soutenant que les produits des colonies devaient être labellisés comme tel.

Mais Mike Pompeo a renversé l'équation en non seulement changeant la politique des Etats-Unis sur les colonies mais en se rendant lui-même sur place, une première pour un secrétaire d'Etat.

Il a dans le même temps indiqué que la campagne de boycottage BDS de l'Etat hébreu, qui comprend le boycott des produits des colonies, était jugé "antisémite" par les Etats-Unis.

"Nous allons prendre des mesures immédiates pour identifier des organisations impliquées dans la campagne de haine menée par le BDS et retirer le soutien américain à ces groupes", a ajouté M. Pompeo.

- Sur les hauteurs du Golan -

Ses propos ont aussitôt été dénoncés par des organisations de défense des droits de l'homme comme Human Rights Watch.

"Si les relations internationales se basent sur des bouteilles de vin, alors c'est la mort de la diplomatie", a dénoncé plus tôt cette semaine le Premier ministre palestinien Mohammed Shtayyeh.

Après la visite dans la colonie, Mike Pompeo doit se rendre sur le Golan, pour la première visite d'un secrétaire d'Etat dans ce territoire syrien occupé par Israël depuis 1967.

"Aujourd'hui j'aurai la chance de visiter le Golan. La simple reconnaissance de (ce territoire) comme faisant partie d'Israël était une décision d'une importance historique du président Trump en même temps qu'une simple reconnaissance de la réalité", a déclaré M. Pompeo lors d'un point de presse à Jérusalem avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

En mars 2019, les Etats-Unis sont devenus le premier pays à reconnaître la souveraineté israélienne sur ce territoire stratégique au carrefour du Liban et de la Syrie, une mesure dénoncée par de nombreux Etats.

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