Poussée de fièvre autour du gaz européen, qui atteint de nouveaux records

Publié le à Londres (AFP)

Les cours du gaz continuent de s'envoler en pleine crise mondiale de l'énergie et sur fond de tensions avec Moscou sur ses livraisons, au moment où Bruxelles envisage un arsenal de mesures.

"La flambée actuelle des prix de l'énergie en Europe est vraiment unique", ont réagi les analystes de Société Générale, "jamais auparavant les prix de l'énergie n'avaient augmenté aussi haut et aussi vite".

Face à la pression et à la crainte de voir les factures d'énergie miner la reprise, Bruxelles devrait proposer mercredi prochain un arsenal de mesures temporaires.

Mercredi, le cours européen de référence, le TTF néerlandais, s'est envolé à 162,125 euros en début de séance européenne, un record, quand le prix du gaz britannique pour livraison le mois prochain a atteint 407,82 pence par thermie (une unité de quantité de chaleur).

Ce niveau de prix est huit fois supérieur à celui d'il y a six mois.

Les deux marchés ont ensuite progressivement effacé ce pic de hausse qui a été jusqu'à 35%: vers 13H25 GMT, ils cédaient même du terrain par rapport à la clôture de la veille.

Interrogé par l'AFP, l'analyste de Commerzbank Carsten Fritsch voit dans cette accélération très forte un "mouvement de panique et de peur" face à des stocks bas à l'approche de l'hiver dans l'hémisphère nord.

La plupart des observateurs de marché mettent aussi en avant la demande asiatique, notamment chinoise, les contraintes environnementales limitant l'exploitation du charbon dans le pays ayant en effet entraîné un report soudain de la demande sur le gaz.

- Déni russe -

Les analystes d'ING ajoutent un ensemble de facteurs composés "de prix élevés de l'électricité, d'une offre limitée en provenance de Russie et la possibilité d'un hiver plus froid".

Le Kremlin a cependant affirmé mercredi que la Russie n'avait "rien à voir" dans l'envolée récente des prix du gaz.

Le président russe Vladimir Poutine a même jugé l'Europe responsable de la crise du gaz, car elle n'a pas conclu suffisamment de contrats de livraison à long terme avec Moscou, favorisant ainsi l'envolée des prix.

Certains en Europe comme aux États-Unis accusent Moscou de ne pas ouvrir suffisamment les robinets afin d'obtenir la mise en service au plus vite de son gazoduc controversé vers l'Allemagne, Nord Stream 2, achevé et dont le remplissage a commencé.

Jouant sa carte, l'Azerbaïdjan s'est dit prêt à augmenter ses livraisons de gaz naturel vers l'Europe.

Les cours du pétrole ont également atteint de nouveaux sommets en plusieurs années plus tôt dans la journée: le Brent de la mer du Nord et le WTI américain ont culminé à 83,47 dollars et 79,78 dollars le baril, des pics depuis respectivement octobre 2018 et novembre 2014.

- Protéger le consommateur -

Face à cette hausse incontrôlée des cours, les responsables politiques tentent de réagir pour rassurer les consommateurs et limiter l'impact sur leurs factures de gaz.

Le Premier ministre français Jean Castex a par exemple promis mardi "d'agir sur le levier fiscal en cas de nécessité", si "les cours internationaux du gaz ne rebaissent pas au printemps" 2022, un "bouclier tarifaire" étant déjà prévu jusqu'en avril.

Sur l'ensemble de l'Union européenne, les dirigeants étaient encore divisés.

Paris souhaite une révision importante du marché de l'électricité, notamment de la fixation des prix jugé trop dépendante des cours des énergies fossiles, tandis que Madrid propose des "achats groupés" de gaz, sur le modèle de l'approvisionnement européen en vaccins anti-Covid-19.

Mais d'autres pays, comme l'Allemagne et les Pays-Bas, ont mis en garde contre des "mesures extrêmes", arguant qu'il s'agissait d'une situation temporaire.

Le sujet s'invitera aussi au sommet des chefs d’État et de gouvernement de l'UE les 21 et 22 octobre, où des adaptations à plus long terme pourraient être discutées.

Outre-Manche, Boris Johnson n'a pas annoncé de mesure comparable au "bouclier tarifaire" français mais le plafond des prix du gaz pour les particuliers au Royaume-Uni a été relevé de 12%.

Le gouvernement britannique a par ailleurs annoncé un fonds de 500 millions de livres pour aider les ménages défavorisés à payer leurs factures.

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