Poutine à New Delhi, défense et énergie au menu avec Modi

Publié le à New Delhi (AFP)

Le président russe Vladimir Poutine est arrivé lundi à New Delhi, en Inde, pour son deuxième voyage à l'étranger depuis le début de la pandémie, afin de renforcer les liens militaires et énergétiques avec un allié traditionnel courtisé par Washington.

Les Etats-Unis, qui s'efforcent de parer la montée en puissance de la Chine, ont instauré le Quad, dialogue de sécurité avec l'Inde, le Japon et l'Australie, non sans éveiller des inquiétudes à Pékin et Moscou.

L'Inde fut proche de l'Union soviétique pendant la guerre froide et cette relation qui perdure aujourd'hui est qualifiée par Delhi de "partenariat stratégique spécial et privilégié".

"Nous considérons l'Inde comme une grande puissance, une nation amie et un allié sûr", a déclaré M. Poutine aux journalistes avant sa rencontre avec le Premier ministre Narendra Modi.

- "Symbolique" -

Ce n'est que le deuxième voyage à l'étranger du dirigeant russe depuis le début de la pandémie de coronavirus et le sommet en juin avec le président américain Joe Biden à Genève.

Cette visite en Inde est d'autant plus notable qu'il n'avait pas participé à d'importantes réunions telles que les sommets du G20 et de la COP26, et avait également reporté une visite prévue en Chine.

"C'est extrêmement symbolique", a estimé Nandan Unnikrishnan, du groupe de réflexion Observer Research Foundation, basé à New Delhi.

"Cela indique à quel point ils ne veulent pas que les relations stagnent ou ralentissent", a ajouté l'expert.

Cependant, M. Poutine est confronté à une dynamique régionale complexe, avec des tensions croissantes entre l'Inde et la Chine, depuis des affrontements meurtriers en 2020 entre les deux puissances nucléaires sur la ligne de contrôle dans la région himalayenne.

"L'influence de la Russie dans la région est très limitée, principalement en raison de ses liens étroits avec la Chine et de son refus d'agir en désaccord avec les intérêts régionaux chinois", a expliqué à l'AFP le Dr Tatiana Belousova, professeur de politique internationale à l'Université OP Jindal dans l'Haryana (nord).

Le Kremlin a indiqué que les discussions en Inde seraient dominées par les questions de défense et d'énergie.

Le patron du géant russe de l'énergie Rosneft, Igor Setchine, doit être parmi les membres de la délégation, au moment où un "certain nombre d'accords énergétiques importants" sont en négociation.

La Russie est depuis longtemps un pourvoyeur d'armes majeur pour l'Inde, en pleine modernisation de ses forces armées, dont l'un des derniers contrats signés en 2018 portait sur des systèmes de défense antiaérienne S-400 d'une valeur de plus de 5 milliards de dollars.

- "Remarquable" -

Selon certaines informations de presse, les livraisons auraient déjà commencé.

M. Modi avait alors fait valoir que "des décisions" étaient prises pour "renforcer" ces relations avec Moscou "sur le long terme".

L'Inde a donc fait fi de la loi américaine Countering America's Adversaries Through Sanctions Act (CAATSA) qui sanctionne les achats d'armement russe par tout pays ou toute entité.

"Nos amis indiens ont clairement expliqué qu'ils étaient un pays souverrain et qu'ils décideraient à qui acheter des armes et qui sera partenaire de l'Inde", a déclaré le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov aux journalistes lundi.

Le département d'Etat a indiqué la semaine dernière n'avoir pris aucune décision concernant l'Inde.

"Il est assez remarquable que l'Inde ait quand même décidé de poursuivre sur l'accord S-400, malgré la désapprobation des Etats-Unis", souligne Mme Belousova.

M. Unnikrishnan rappelle que les équipements militaires sont "primordiaux" pour l'Inde, compte tenu des tensions persistantes avec le Pakistan.

- Armes légères -

L'Inde tente de diversifier ses importations militaires, mais les analystes estiment que le temps n'est pas encore venu pour Delhi de s'éloigner de Moscou.

D'autant qu'elle prévoit d'accentuer sa propre production, grâce notamment à une collaboration avec la Russie pour la fabrication de fusils d'assaut AK-203.

Les ministres des Affaires étrangères et de la Défense des deux pays se sont entretenus lundi en amont de la visite de M. Poutine.

Un certain nombre d'accords et de contrats ont été signés portant sur les armes légères et la coopération militaire, a tweeté le ministre indien de la Défense, Rajnath Singh.

De son côté, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a souligné que "la Russie et l’Inde (…) promeuvent des positions identiques ou proches concernant les questions les plus importantes pour le monde et la sécurité".

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