Présidentielle: A Villepinte, Zemmour veut donner force à sa candidature

Publié le à Villepinte (AFP)

"Zemmour président", scandent les militants en agitant des drapeaux bleu-blanc-rouge: Éric Zemmour a réuni plusieurs milliers de partisans dimanche au Parc des expositions de Villepinte (Seine-Saint-Denis), pour un premier meeting de campagne censé démontrer la force de sa candidature, pourtant critiquée, après des déplacements chahutés.

Ils étaient 13.000 à s'être rassemblés autour de leur candidat, selon les organisateurs.

Venue de Picardie, Loménie, 28 ans, qui s'est fait cracher dessus "par des personnes issues de l'immigration", croit en Zemmour pour lutter contre "l'insécurité que subissent les femmes". Son compagnon, surnommé Bauduch, proche du mouvement "traditionaliste et royaliste", partage ses inquiétudes.

"Impossible n'est pas français", expression attribuée à Napoléon, et un rameau d'olivier --le sens du nom Zemmour en berbère-- sont le slogan et le logo choisis par l'ancien éditorialiste qui doit s'exprimer en fin d'après-midi.

A l'entrée du meeting, des militants du mouvement monarchiste Action française distribuent leurs journaux. "On se rejoint sur certains thèmes, notamment l’immigration, la souveraineté", dit Brocard, travailleur social de 24 ans.

Quelque 900 jeunes du mouvement militant "Génération Z" sont présents, selon son président Stanislas Rigault qui a défendu en tribune une génération qui "refuse le grand remplacement", cette théorie complotiste revendiquée par Eric Zemmour selon laquelle la population européenne est remplacée par des immigrés non européens.

- Des journalistes hués -

Plus de 400 journalistes sont accrédités. Avant que le meeting ne démarre, une équipe de l'émission "Quotidien" a été huée par le public aux cris de "et tout le monde déteste +Quotidien+", avant d'être mise brièvement à l'abri, a constaté l'AFP.

Le polémiste a calqué son calendrier sur le congrès des LR, qui ont choisi samedi leur championne Valérie Pécresse, au profil plus modéré que son rival Éric Ciotti.

Comme Marine Le Pen, sa concurrente à l'extrême droite, M. Zemmour a invité les déçus LR à le rejoindre, dans une lettre ouverte où il atteste: "Nous sommes si proches".

Initialement prévu au Zénith, à La Villette, dans le nord-est de Paris, le meeting a finalement été délocalisé à Villepinte, en banlieue. L'équipe de M. Zemmour l'explique par "l'engouement populaire", mais admet aussi des raisons de sécurité.

Un dispositif de sécurité dense a été déployé à Villepinte. Des tensions ont éclaté à la mi-journée entre des dizaines d'opposants à la venue d'Éric Zemmour et les forces de l'ordre, devant la gare du RER.

Quarante-six personnes, qui se trouvaient dans une zone interdite aux manifestations, ont été interpellées, a indiqué la préfecture.

A Paris, quelque 2.200 manifestants selon la préfecture, 10.000 selon les organisateurs, se sont rassemblés dans le calme pour dénoncer la candidature et le discours à leurs yeux "raciste" d'Eric Zemmour, à l'appel d'une cinquantaine de syndicats, partis et associations.

Le président PS du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel, avait lancé une pétition pour faire annuler le meeting par les propriétaires du lieu, le groupe Viparis, en l'interpellant sur sa "charte de la diversité".

- "L'ordre" -

Le meeting permet de mesurer les ralliements, alors que l'organisation est critiquée en interne pour sa fragilité et que des militants plus radicaux ont intégré la campagne, comme l'ex-mégrétiste et proche des identitaires Grégoire Tingaud, chargé de coordonner les référents régionaux.

Le financier Charles Gave a retiré son soutien et le souverainiste Philippe de Villiers n'était pas présent dimanche.

Mais plusieurs personnalités de la Manif pour tous, opposées au mariage homosexuel, sont venues: l'ex-député conservateur Jean-Frédéric Poisson, qui s'occupera des législatives, ainsi que Christine Boutin qui présidait avant lui le petit Parti chrétien-démocrate (devenu "VIA la voix du peuple").

Au micro, M. Poisson s'est félicité d’avoir avec d'autres "installé les enjeux de civilisation au cœur de la campagne présidentielle".

Laurence Trochu, présidente du Mouvement conservateur, associé jusqu'à présent à LR, a dénoncé la "décomposition idéologique de la droite", qui "aurait dû proposer une réelle alternative au progressisme de la gauche, berceau d’Emmanuel Macron".

Le souverainiste Paul-Marie Coûteaux, ancien porte-parole de Marine Le Pen et ami d'Eric Zemmour, a fait huer l'ambassade des Etats-Unis pour ses messages d’alerte devant les risques de sécurité du meeting, ainsi que la "féodalité" des journalistes, "techniciens de la propagande". Il a appelé Eric Zemmour à devenir "le roi de France".

La figure des "gilets jaunes" Jacline Mouraud, au nom des "gens ordinaires", a dénoncé la "mondialisation heureuse, cheval de Troie des étrangers".

Etaient présents également Pierre-Jean Chalençon, collectionneur d'objets de Napoléon, accusé d’avoir organisé des dîners clandestins pendant le confinement, l'animateur de télévision Eric Naulleau ou encore Karim Ouchikh, un proche de l'écrivain d'extrême droite Renaud Camus, promoteur de la théorie du "grand remplacement" .

Le général Bertrand de la Chesnais, ex-tête de liste pour le RN à Carpentras (Vaucluse), qui planche déjà sur les questions de défense, pourrait être nommé directeur de campagne.

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