Présidentielle au Pérou: le président en exercice appelle au calme

Publié le à Lima (AFP)

Le président par intérim du Pérou, Francisco Sagasti, a lancé vendredi un appel au "calme" aux acteurs des deux camps d'une présidentielle polarisée qui n'a toujours pas rendu son verdict cinq jours après le scrutin.

"La tâche d'un chef d'Etat est de veiller à ce que le pays garde sa sérénité et son calme dans les moments difficiles. Dans cet optique, j'ai entrepris des contacts" avec l'entourage des deux candidats, a tweeté M. Sagasti vendredi.

"Ma demande a été la même pour les deux : faire baisser la tension et attendre les résultats officiels", a-t-il ajouté.

La tension monte dans le pays andin cinq jours après le scrutin du second tour de la présidentielle alors que les autorités ont entrepris l'examen de dizaines de milliers de bulletins de vote contestés.

La représentante de la droite populiste Keiko Fujimori, 46 ans, risque en cas de défaite de se retrouver en prison dans une affaire de blanchiment d'argent. Son rival de gauche radicale, Pedro Castillo, 51 ans, se considère lui déjà vainqueur.

L'examen des bulletins par le Jury national des élections (JNE) devrait prendre plusieurs jours. Mais même en l'absence de résultat officiel, plusieurs dirigeants latino-américains de gauche ont commencé à féliciter M. Castillo.

Les partisans des deux camps restent sur leurs gardes, espérant une issue heureuse pour leur champion, et se sont rassemblés, sans incident, en des points distincts de la capitale.

M. Sagasti, qui achèvera son intérim le 28 juillet, a estimé que le pays connu pour son instabilité institutionnelle et qui attend de connaître son cinquième président en trois ans, vivait une période "polarisée, complexe et difficile"

- "Erreur" -

Au dernier décompte vendredi, M. Castillo, enseignant d'une commune rurale et syndicaliste, est toujours en tête avec 50,17% des bulletins de vote, contre 49,83% pour Mme Fujimori, soit un écart de quelque 60.000 voix.

Mais cette dernière conteste cette avance et a demandé mercredi l'invalidation d'environ 200.000 bulletins, issus de 802 bureaux de vote. Elle avait dénoncé lundi des "irrégularités", des "indices de fraude" et "une claire intention de saboter la volonté du peuple".

Le président du JNE, Jorge Luis Salas, s'est dit surpris de la demande de Mme Fujimori d'invalider les résultats dans plus de 800 bureaux de vote. Il a rappelé que lors des dernières élections de 2016, où elle s'était inclinée de quelque 40.000 voix, "seuls 29 bureaux de vote avaient été remis en question".

Pour l'heure ni les autorités électorales, ni les missions d'observation internationales, n'ont fait état de fraudes.

Une défaite priverait la dirigeante du parti Fuerza popular, créé par son père l'ex-président Alberto Fujimori (1990-2000), de l'immunité présidentielle au moment où de nouvelles menaces d'emprisonnement pèsent sur elle.

Début mars, trente années de prison ont été requises à son encontre dans le cadre de l'enquête sur le scandale Odebrecht, du nom du géant brésilien du BTP qui a reconnu avoir versé des pots-de-vin à de nombreux dirigeants latino-américains.

Jeudi, le procureur en charge de l'affaire, José Domingo Pérez, a d'ailleurs réclamé que la liberté conditionnelle dont jouit la candidate depuis mai 2020 soit "révoquée", l'accusant de ne pas respecter "les restrictions de communication avec les témoins" de l'affaire.

Keiko Fujimori a déjà passé 16 mois en détention provisoire dans cette affaire pour financement illicite de ses campagnes présidentielles passées.

"Il n'y a aucune crainte que se concrétise cette (demande de) prison préventive", a-t-elle toutefois assurée jeudi.

M. Castillo, qui espère faire essuyer à son adversaire un nouveau revers au second tour après ceux de 2011 et 2016, a appelé ses partisans à "ne pas tomber dans la provocation".

Il a d'ores et déjà enregistré les félicitations des présidents argentins et boliviens Alberto Fernandez et Luis Arce, de la vice-présidente du Nicaragua, Rosario Murillo, ainsi que d'ex-dirigeants de gauche, les Brésiliens Dilma Rousseff et Luiz Inacio Lula da Silva, l'Equatorien Rafael Correa et le Bolivien Evo Morales.

Le message du président de centre-gauche argentin qui a salué le "président élu du Pérou" a suscité l'ire du ministère des Affaires étrangères péruvien qui a qualifié d'"erreur" une telle déclaration avant l'annonce du résultat officiel.

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