Présidentielle: Jadot au défi de rassembler et propulser les Verts

Publié le à Paris (AFP)

Le plus dur commence pour Yannick Jadot: désigné candidat des écologistes, l'eurodéputé doit s'atteler dès cette semaine à mettre la diversité des Verts en ordre de bataille afin d'imposer sa candidature au sein d'une gauche morcelée.

Signe que rassembler ne sera pas chose aisée, alors que les candidats à la primaire s'étaient engagés à soutenir le vainqueur: la finaliste Sandrine Rousseau, qui a obtenu près de 49% des voix, a averti qu'elle ne se rangerait pas derrière Yannick Jadot à n'importe quelle condition, sur France Inter. "Depuis hier, je ne reçois que des messages qui me disent +Mais pour qui vais-je voter?+, et je leur dis +Ne perdez pas espoir, on va continuer+".

Estimant que les "courbes étaient en train de se croiser", la tenante de "l'éco-féminisme" et de la "radicalité écologique" a indiqué qu'elle rencontrerait M. Jadot mercredi après-midi, et qu'elle réclamerait que sa "parole soit encore présente". Et a prévenu: "La question est dans le camp de Yannick : +Est-ce que vous êtes capables d'entendre, de comprendre ce qui s'est passé, est-ce que vous saisissez le mouvement qu'il y a derrière moi?+"

"L'écart s'est encore resserré entre le premier et le second tour, on est passé de 3.000 à 2.000 voix d'écart", note Alain Coulombel, représentant de l'aile gauche d'EELV au bureau exécutif.

Les soutiens d'Eric Piolle, le maire de Grenoble éliminé au premier tour de la primaire, disent eux soutenir Yannick Jadot.

Mais l'ancien numéro 1 du parti et eurodéputé David Cormand a prévenu sur RFI mercredi: "Tous les écologistes partagent le souci de la croissance, de l'écoféminisme, des droits humains, une société inclusive qui ne discrimine pas.... Yannick doit l'incarner."

Mais M. Jadot ne peut se permettre de parler aux seuls écologistes, désormais. Crédité d'environ 6% dans les sondages, il doit aussi s'imposer dans l'offre pléthorique à gauche (déjà sept candidats!), de l'Insoumis Jean-Luc Mélenchon à la maire socialiste de Paris Anne Hidalgo.

Les Insoumis visent clairement à récupérer les écologistes radicaux. Les électeurs de Mme Rousseau ont "désormais un candidat en 2022: Jean-Luc Mélenchon", estime la députée LFI Danièle Obono.

Anne Hidalgo, qui chasse sur les terres électorales de la social-démocratie écologique, s'annonce comme une concurrente directe de M. Jadot qu'elle a "félicité" dans un tweet.

- "Guéguerre" -

Dans l'entourage de l'édile socialiste, qui patine dans les sondages, on promet: "On ne va pas alimenter une guéguerre avec EELV." En effet, poursuit cette source, "personne ne gagnera si l'étiage socialo-écolo reste à 14% et ne retrouve pas un socle autour de 25%".

Selon l'élu socialiste, "à un moment donné, les choses se décanteront, en fin d'année ou début d'année prochaine" pour décider le vainqueur du match Jadot-Hidalgo. "Ils se parlent, nous verrons comment les choses vont se passer", a indiqué sur franceinfo David Belliard, adjoint EELV de Mme Hidalgo à la mairie de Paris.

Le patron d'EELV Julien Bayou n'a pour sa part pas attendu en appelant Mme Hidalgo, sur LCI mardi soir, à "soutenir la candidature de l'écologie politique".

Yannick Jadot, qui s'était rangé derrière le socialiste Benoît Hamon en 2017, peut-il inverser le scénario en 2022 ? "Est-il dans la meilleure situation pour porter une candidature de large rassemblement? Je n'en suis pas convaincu", glisse un cadre écologiste. "Je ne l'aurais pas non plus été dans le cas de Sandrine Rousseau. C'est la situation elle-même qui est fermée".

Le chef des sénateurs écologistes Guillaume Gontard, lui, ne se dit pas inquiet: "Yannick Jadot est celui qui aura le moins de mal à faire ce passage de la primaire à la présidentielle, car il est déjà connu. C'est d'ailleurs peut-être pour ça que son score n'est pas si élevé, pendant la primaire il s'adressait déjà au pays et pas seulement à quelques militants."

Le conseiller régional écologiste d'Île-de-France François Damerval résume: "Plus que le rassemblement, c'est désormais la question de l'élargissement, parler à tout le monde, dépasser la seule base de l'écologie politique. Il faut expliquer pourquoi on fait du changement climatique notre priorité, et pas de l'immigration."

Dans cet esprit, M. Jadot fera dès jeudi un premier déplacement de campagne en Savoie, où une des usines Ferropem, fabricant de silicium, essentiel dans la filière photovoltaïque française, est menacée de fermeture.

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