Procès pour "sédition" en Jordanie: 15 ans de prison pour deux anciens responsables

Publié le à Amman (AFP)

Un tribunal jordanien a condamné lundi à 15 ans de prison deux anciens hauts responsables accusés d'avoir voulu renverser le roi Abdallah II au profit de son demi-frère le prince Hamza, une crise sans précédent qui avait ébranlé le royaume hachémite en avril.

Principal protagoniste dans cette affaire, le prince Hamza n'était pas jugé lors de ce procès qui s'intéressait aux cas de Bassem Awadallah, ancien chef du bureau royal, et de Cherif Hassan ben Zaid, un cousin éloigné du roi.

Accusés d'avoir pris part au complot, d'avoir "oeuvré contre la sûreté et la sécurité de la société jordanienne" et "d'avoir incité à la sédition", les deux hommes avaient plaidé non coupable.

Lundi, la Cour de sûreté de l'Etat, un tribunal militaire dont les magistrats sont en partie des civils, a annoncé les avoir condamnés à 15 ans de prison dans un communiqué lu au tribunal, selon un correspondant de l'AFP.

Ils ont été reconnus coupables d'"incitation (à agir) contre le régime politique du royaume", d'"actes susceptibles de mettre en danger la sûreté et la sécurité de la société et de sédition", a précisé la Cour.

Les avocats des deux hommes, qui encouraient 20 ans d'emprisonnement, ont déclaré aux journalistes qu'ils feraient appel, refusant de commenter le jugement.

Sur des images publiées par les autorités, les deux hommes sont apparus lundi au tribunal, vêtus d'uniformes de prison bleu clair, escortés par des agents de sécurité.

Leur procès se tenait à huis clos depuis le 21 juin à Amman mais des journalistes ont été autorisés dans un centre de presse de fortune à l'extérieur de la Cour de sûreté de l'Etat à regarder de courtes vidéos du verdict rendu par la Cour.

- "Ambition personnelle" -

Selon l'acte d'accusation de 13 pages, le prince Hamza, 41 ans, "était déterminé à assouvir son ambition personnelle de gouverner, et ce en violation des coutumes et de la Constitution hachémite". Le prince Hamza aurait pour ce faire chercher à obtenir l'aide de l'Arabie saoudite, d'après la même source.

MM. Awadallah et ben Zaid sont étroitement liés au royaume saoudien: M. Awadallah en détient la nationalité et M. ben Zaid y a été un temps émissaire spécial du roi jordanien.

Puissance régionale voisine, l'Arabie saoudite avait fermement nié être impliquée dans cette crise inédite et avait exprimé son soutien "total" au roi.

Nommé prince héritier en 1999 mais démis de ses fonctions en 2004 par le roi Abdallah qui a nommé son propre fils à la place, Hamza avait accusé les autorités de son pays de "corruption" et d'"incompétence" dans une vidéo publiée par la BBC le 3 avril, à quelques jours du centenaire de la monarchie.

Il avait alors affirmé avoir été assigné à résidence pour sa participation présumée à un "complot", niant toutefois cette accusation.

Le gouvernement avait annoncé dès le lendemain l'arrestation de 18 personnes impliquées dans cette tentative visant à "ébranler la sécurité et la stabilité de la Jordanie". Seize d'entre elles ont depuis été libérées.

Le prince Hamza ne sera pas jugé, son cas ayant été résolu au sein de la famille royale après qu'il a fait acte d'allégeance au roi et promis de "lui rester fidèle".

- Figure controversée -

Cette crise inédite a secoué le royaume habituellement calme à quelques jours de son centenaire.

Fin juin, une commission chargée d'émettre des recommandations pour "moderniser" la vie politique du royaume a été mise sur pied.

L'un des principaux accusés était une figure controversée dans le royaume: Bassem Awadallah, ancien ministre des Finances et du Plan, était très proche du roi. Avant de devenir chef de la Cour royale en 2007, il avait été chef du cabinet du roi en 2006.

Il avait finalement démissionné de son poste de chef de la Cour royale en 2008 après avoir été vivement critiqué pour son ingérence présumée dans des questions politiques et économiques controversées.

Au cours du procès, le tribunal a rejeté une demande des avocats de la défense de convoquer notamment trois princes, ainsi que le Premier ministre Bicher al-Khasawneh et le ministre des Affaires étrangères Aymane Safadi comme témoins.

L'avocat de M. Awadallah, Mohamed Afif, avait affirmé que les deux accusés "insistaient pour que le prince Hamza témoigne", ajoutant que le tribunal devrait se "justifier" en cas de refus.

© 2021 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.

A lire également

Notre sélection d'annonces

Fil info