Procès Troadec: la défense demande aux jurés de ne pas choisir la perpétuité

Publié le à Nantes (AFP)

Hubert Caouissin passera-t-il le reste de ses jours en prison? Ses avocats ont imploré mercredi les jurés d'avoir le "courage" de ne pas condamner à perpétuité cet homme à la "paranoïa atroce", jugé pour avoir tué la famille Troadec à coups de pied de biche avant de démembrer leurs corps.

"Hubert Caouissin est dans une cage, il est dans une cage mentale, dans une cage d'obsession et de délire. Il n'a pas choisi de tuer ses victimes. Il n'était pas libre, il était pris dans cette paranoïa atroce. Vous devez en tenir compte", a lancé son avocat Me Thierry Fillion, devant la cour d'assises de Loire-Atlantique.

Au terme de deux semaines de débats, l'accusé, ancien ouvrier à l'arsenal de Brest, doit être fixé sur son sort mercredi en fin de journée. "Je regrette infiniment ce qui s'est passé à Orvault et ce que j'ai fait après", a déclaré M. Caouissin avant que la cour ne se retire pour délibérer.

"Je demande pardon à tous ceux qui ont été affectés. Je demande pardon à Sébastien, à Charlotte, à Brigitte et à Pascal", a-t-il ajouté.

Mardi, le ministère public a requis la réclusion criminelle à perpétuité, avec 22 ans de période de sûreté, à l’encontre du quinquagénaire au crâne dégarni, jugé pour le meurtre de Brigitte et Pascal Troadec (49 ans) et de leurs enfants Charlotte (18 ans) et Sébastien (21 ans) à coups de pied de biche, à leur domicile d'Orvault, près de Nantes, dans la nuit du 16 au 17 février 2017.

Dans sa ferme du Finistère, M. Caouissin avait ensuite dépecé minutieusement les corps au couteau de cuisine pendant trois jours, jetant les muscles et les viscères dans des ronciers, dans l'espoir qu'ils soient mangés par des animaux sauvages, et incinérant les os, la peau et le gras dans sa chaudière.

Dans sa plaidoirie, Me Fillion a longuement insisté sur la pathologie mentale dont souffre son client, un "délire chronique de type paranoïaque", reconnu unanimement par les experts psychiatres et psychologues. La veille, le ministère public avait demandé aux jurés de ne "pas tenir compte" de cette pathologie au moment de rendre leur verdict.

Égrenant les différents rapports d'expertise rendus durant l'instruction, Me Fillion a décompté "114 pages d'expertise". "114 pages de bobards, monsieur l'avocat général? C'est ça que vous dites? Ce sont des bobards, des salades?", a lancé l'avocat.

Selon lui, c'est "la folie qui a poussé" l'accusé à faire le déplacement à Orvault "ce soir de février 2017". Convaincu que son beau-frère avait volé un trésor imaginaire de lingots d'or, l'accusé a raconté s'être rendu chez sa belle-famille pour obtenir des "informations" sur cette spoliation supposée.

- "Ce n'est pas un psychopathe" -

Assailli dès son entrée dans la maison, il aurait alors tué pour se défendre. "A tous les moments des faits pour lesquels M. Caouissin est poursuivi, l'affection mentale rôde", a estimé M. Fillion. "Je ne vois pas comment on peut ne pas conclure à l'altération du discernement. Ou alors il faut changer la loi!"

Si la cour reconnaissait que le discernement de M. Caouissin était altéré pendant la commission des crimes, elle pourrait alors lui accorder une atténuation de peine, qui serait abaissée à 30 ans de réclusion.

Toujours en s'appuyant sur les expertises, la défense a également réfuté la "dangerosité" supposée de M. Caouissin, avancée par le ministère public pour justifier ses réquisitions. "Ce n'est pas un psychopathe, ce n'est pas un pervers", s'est énervé Me Patrick Larvor. "Requérir une peine aussi lourde en venant travestir le dossier de manière éhontée, ce n'est pas honnête. Il n'est pas dangereux cet homme-là."

Me Fillion a ainsi demandé aux jurés "de faire preuve de courage" durant le délibéré. "Le courage judiciaire dans ce dossier, c'est ne pas suivre les réquisitions", a-t-il affirmé.

Un peu plus tôt, les avocats de Lydie Troadec, 52 ans, jugée pour modification de scène de crimes et recel de cadavres, ont demandé à la cour de prononcer une peine assortie du sursis à l'encontre de leur cliente. La peine maximale, trois ans de prison ferme, avait été requise la veille.

"Elle n'a jamais souhaité la mort de son frère. Elle n'a jamais souhaité la mort de sa famille", a plaidé Me Alexis Crestin. "La culpabilité, elle en a conscience, ce n'est pas la renvoyer en prison qui changera quoi que ce soit."

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