Raid de la police de Hong Kong dans le journal pro-démocratie Apple Daily, 5 arrestations

Publié le à Hong Kong (AFP)

La police de Hong Kong a arrêté jeudi cinq responsables du journal pro-démocratie Apple Daily, dont son rédacteur en chef Ryan Law, lors d'une descente dans ses locaux effectuée en vertu de la "loi sur la sécurité nationale".

Ces arrestations visent un tabloïd qui a apporté un soutien sans faille au mouvement pro-démocratie à Hong Kong.

Les cinq dirigeants ont été arrêtés "pour collusion avec un pays étranger ou avec des éléments externes visant à mettre en danger la sécurité nationale", a indiqué la police de Hong Kong dans un communiqué.

Une source policière a confirmé à l'AFP que les cinq personnes occupaient toutes des fonctions de direction au sein de Next Digital, maison mère d'Apple Daily.

La Bourse de Hong Kong a annoncé dans la foulée la suspension des échanges d'actions Next Digital.

Le journal, qui a diffusé en direct sur Facebook des vidéos montrant le raid policier, a précisé que M. Law figurait parmi les personnes interpellées. Sur ces images, des policiers apparaissent en train d'installer un périmètre de sécurité et d'entrer dans le bâtiment.

Les policiers, venus en nombre, "sont arrivés vers 7h00 (23H00 GMT mercredi, NDLR) ce matin, notre immeuble est assiégé", a indiqué un journaliste non identifié, entendu sur l'une des vidéos. "Nous pouvons désormais les voir transporter des boîtes avec du matériel dans leur véhicule".

"Les policiers nous empêchent d'utiliser une grande quantité de nos équipements. Mais nous pouvons encore conserver cette caméra qui diffuse en direct et notre site internet sera mis à jour", a poursuivi le journaliste.

En un an, le climat politique s'est considérablement dégradé dans l'ancienne colonie britannique avec la répression implacable du mouvement pro-démocratie qui a mobilisé massivement dans les rues en 2019 la population contre les ingérences de Pékin.

L'instrument de cette reprise en main consiste en une loi draconienne sur la sécurité nationale imposée par Pékin ainsi qu'une réforme visant à s'assurer que seuls "des patriotes gouvernent Hong Kong".

Cette loi, qui prévoit des peines de prison à vie, s'attaque aux infractions relevant de la sécession, de la subversion, du terrorisme et de la collusion avec les forces étrangères. Dans les faits, sa formulation très floue a permis de réprimer toute voix dissidente.

- Soutien indéfectible -

Il s'agit du second raid visant Apple Daily en moins d'un an.

Le milliardaire Jimmy Lai, propriétaire du journal qu'il a créé en 1995, a été accusé de collusion après le raid mené en août. L'homme de 73 ans est actuellement emprisonné en vertu de plusieurs condamnations pour avoir participé à certaines manifestations pro-démocratie.

L'Apple Daily a apporté un soutien indéfectible à ce mouvement depuis 2019, des manifestations d'envergure qui ont parfois dégénéré en violences.

Pékin n'a jamais caché son désir de faire entrer ce journal dans le rang, ou au moins d'étouffer sa voix.

Les médias officiels accusent régulièrement M. Lai d'être un "traître" et d'être l'instigateur de l'immense mouvement de contestation. Et de hauts responsables du Parti communiste le considèrent comme coupable de crimes envers la sécurité nationale.

La police a justifié par cette loi le gel en mai des comptes bancaires de M. Lai et de sa participation majoritaire dans le capital de Next Digital. C'était la première fois que cette législation était utilisée pour geler la participation d'un actionnaire majoritaire d'une société cotée en Bourse.

De nombreuses puissances occidentales estiment que la reprise en main de Hong Kong par Pékin a mis fin au principe "Un pays, deux systèmes" qui avait présidé à la rétrocession de l'ex-colonie britannique par Londres en 1997. Il devait garantir au territoire une très large autonomie jusqu'en 2047.

Le rédacteur en chef de l'Apple Daily avait reconnu en mai à l'AFP que le journal était "en crise" depuis l'emprisonnement de son patron, assurant néanmoins que les journalistes étaient déterminés à continuer la publication.

Au cours d'une récente discussion publique, des employés lui ont demandé que faire s'il était arrêté. "Diffusez-le en direct", avait-il répondu.

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