Référendum en Nouvelle-Calédonie: dans l'attente de résultats sans surprise

Publié le à Nouméa (AFP)

La période très attendue de transition vers un nouveau statut s'ouvre dimanche soir pour la Nouvelle-Calédonie, alors que les bureaux de vote viennent de fermer à l'issue d'un troisième référendum d'autodétermination marqué par une forte abstention en raison de l'appel des indépendantistes à bouder le scrutin.

Le résultat de ce référendum ne fait guère de doute, avec une victoire attendue du non à l'indépendance de cet archipel français du Pacifique Sud.

Le mot d'ordre de non-participation du FLNKS et de tous les nationalistes semble avoir été suivi à la lettre au vu de la participation à 17H00 qui s'établit à 41,60%, en chute libre par rapport aux précédents référendums où ils s'établissait à la même heure à 73,68% pour la première consultation en 2018, et à 79,63% en 2020.

Dans la commune indépendantiste de Thio (est), "le mot d'ordre a été suivi. Il y a quand même eu des votants, mais à 14H00, on (était) à 20% de participation, alors qu'on avait dépassé les 50% à cette heure lors des derniers référendums", constate le maire Jean-Patrick Toura auprès de l'AFP.

Et les deux bureaux situés dans les tribus kanak n'avaient enregistré que deux et quatre votants, selon le responsable des bureaux de vote de la mairie, qui pense que "le dépouillement ira vite".

Dans ce contexte, la victoire des loyalistes sera sans surprise et tous les états-majors sont déjà en train de réfléchir à leurs propositions pour la suite.

- Période de stabilité -

En juin à Paris, les acteurs calédoniens avaient décidé avec l'Etat qu'après le 12 décembre s'ouvrirait "une période de stabilité et de convergence" avant un "référendum de projet" d'ici juin 2023, qui, en cas de victoire du oui dimanche, porterait sur la constitution d'un nouvel Etat et, en cas de victoire du non, sur un nouveau statut dans la République.

Le dialogue ne sera cependant pas si facile. Le FLNKS et les nationalistes ont déjà prévenu jeudi qu'ils récusaient toute rencontre avec le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu, arrivé vendredi à Nouméa, avant l'élection présidentielle française en avril 2022.

Quel que soit le résultat du référendum, "le jour d'après il y aura une vie ensemble" avec la France, notamment "compte tenu de la réalité géopolitique de la région", a assuré jeudi le président Emmanuel Macron.

Les indépendantistes avaient annoncé qu'ils ne se rendraient pas aux urnes, invoquant l'impossibilité d'organiser "une campagne équitable" alors que l'archipel est touché depuis septembre par l'épidémie de Covid et que la population kanak est plongée dans le deuil.

Ils ont d'ores et déjà fait savoir qu'ils ne reconnaîtraient pas le résultat du scrutin et qu'ils le contesteraient devant les instances internationales.

La Nouvelle-Calédonie est inscrite depuis 1986 sur la liste des territoires non-autonomes à décoloniser de l'ONU, qui a d'ailleurs dépêché des experts pour veiller à la bonne tenue du scrutin.

Alors que l'Etat avait déployé un impressionnant dispositif de sécurité - 2.000 gendarmes et policiers, 130 véhicules, 30 engins blindés et des moyens aériens déployés - par crainte de voir s'enflammer cet archipel qui a déjà connu des épisodes de troubles, le scrutin s'est déroulé sans incidents.

- "On dirait qu'il y a la guerre" -

Des habitants de quartiers populaires de Nouméa ont critiqué cette débauche de moyens sécuritaires, qu'ils considéraient comme une "provocation".

"Pour nous, c'est un jour normal. On ne comprend pas ce déploiement de forces de police et de militaires alors qu'il ne se passe rien (...) on dirait qu'il y a la guerre", ont déclaré à l'AFP des jeunes à Montravel, cité populaire kanak au nord de Nouméa, assis sous un flamboyant en fleurs, se disant plus préoccupés par l'alerte cyclonique que par le scrutin.

"On dirait Montravel au moment des évènements" des années 1980, a dit Irène, responsable d'association, qui venait de mettre son bulletin de vote dans l'urne.

Ce référendum s'inscrit dans un processus de décolonisation entamé en 1988 après plusieurs années de violences entre les Kanak, peuple premier, et les Caldoches, d'origine européenne. Ces affrontements avaient culminé avec la prise d'otages et l'assaut de la grotte d'Ouvéa en mai 1988 (25 morts).

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