Régionales: l'heure des tractations après un 1er tour plombé par l'abstention

Publié le à Paris (AFP)

Les tractations sont lancées lundi matin pour le second tour des régionales et départementales, après le choc d'un premier tour déserté par deux électeurs sur trois, une situation inédite qui a profité aux présidents de région sortants, de droite comme de gauche.

Les discussions s'étaleront jusqu'à mardi à 18H00 pour négocier des alliances, fusions ou retraits de listes pour le second tour, notamment en Paca, région où le RN est le mieux placé et où la tête de liste de gauche Jean-Laurent Felizia n'entend pas se retirer en dépit de la menace d'exclusion d'EELV et des pressions du PS et du PCF.

Pour le parti de Marine Le Pen, que les sondages annonçaient en tête dans plusieurs régions, la désillusion est sévère: le Rassemblement national perd neuf points par rapport à 2015.

Reconnaissant que ses électeurs ne s'étaient "pas déplacés", la candidate à la présidentielle de 2022 a appelé "au sursaut" pour le second tour.

Egalement en retrait, les candidats de la majorité présidentielle ne totalisent que 11,5% des suffrages selon Ipsos, un score qui confirme la faible implantation locale de LREM.

- Résistance du duo gauche-droite -

L'abstention dépasse les 65% dans neuf des treize régions métropolitaines, soit un record tous scrutins confondus en France hors référendum, la Corse faisant figure d'exception avec 57% de participation. Jusqu'à présent, l'abstention la plus élevée pour un premier tour des régionales datait de 2010 avec 53,67%.

Le Premier ministre Jean Castex a lancé "un appel solennel" à tous les Français à se rendre aux urnes dimanche pour le second tour. "Faire gagner l’abstention, c’est faire perdre la démocratie. Nous devons tous, collectivement, la combattre. Ce n’est pas une formule mais une exigence républicaine", a-t-il tweeté.

Avec un tel niveau de désaveu, "il n'est pas évident" que le résultat "corresponde à une réalité du pays. C'est la part la plus légitimiste de l'électorat français, très souvent un électorat plus âgé que la moyenne", qui s'est déplacée, juge ainsi Stéphane Zumsteeg (Ipsos).

Le premier tour est marqué par la résistance du duo gauche-droite, la première dépassant 34% des suffrages et la seconde frisant 29%. Les deux grands partis traditionnels bénéficient à plein de la "prime aux sortants", qui ont été à la manoeuvre lors de la crise sanitaire. Cela permet à la droite d'espérer pouvoir conserver ses sept régions et la gauche ses cinq en France métropolitaine.

Malgré la mobilisation de cinq ministres, dont Eric Dupond-Moretti, la macronie est éliminée dès le premier tour dans les Hauts-de-France, où Xavier Bertrand (ex-LR) est en très bonne posture pour conserver la région, un succès dont il compte faire une rampe de lancement pour 2022.

Selon les résultats définitifs, il a recueilli 41,39% des voix, très loin devant son concurrent du RN Sébastien Chenu, à 24,37%.

Même scénario pour le président d'Auvergne-Rhône-Alpes Laurent Wauquiez (LR), avec un score de 43,79%, soit près de 30 points de plus que l'écologiste Fabienne Grebert (14,45%), et plus de trente que le candidat du RN Andréa Kotarac (12,33%).

Autre candidate potentielle en 2022, Valérie Pécresse (ex-LR) arrive largement en tête en Ile-de-France, avec 35,94%, mais reste sous la menace d'une hypothétique union des candidats de gauche (Julien Bayou, Clémentine Autain, Audrey Pulvar) qui va focaliser l'attention dans les prochaines heures.

"Il y a une union qui est en cours. Le rassemblement se fait", a indiqué lundi matin l'écologiste d'EELV Julien Bayou, arrivé en tête parmi les trois candidats de gauche et qui doit conduire la liste d'union face à Valérie Pécresse.

- Coude à coude en Paca -

En Paca, le suspens reste de mise. La liste RN de Thierry Mariani (36,38%) arrive devant le sortant LR Renaud Muselier (31,91%).

Le troisième homme, Jean-Laurent Felizia (EELV/PS/PCF) (16,89%), a dit vouloir se maintenir au second tour, amenant dans la nuit le bureau exécutif d'EELV à lui retirer son soutien pour faire barrage au RN et lundi matin le patron d'EELV Julien Bayou à le menacer d'exclusion du parti s'il devait déposer sa liste pour le second tour.

La droite peut se réjouir de voir sortir en tête Jean Rottner (31,15%) dans le Grand Est, Christelle Morançais (34,29%) dans les Pays de la Loire et Hervé Morin (36,86%) en Normandie.

A gauche, les sortants prennent également une option, comme Carole Delga (PS/PCF) en Occitanie (39,67%) ou Alain Rousset (PS) en Nouvelle-Aquitaine (28,84%), tandis qu'en Bourgogne-Franche-Comté, Marie-Guite Dufay (PS) parvient à devancer le RN Julien Odoul (26,52% contre 23,19%).

Le jeu est très ouvert en Bretagne, où le socialiste Loïg Chesnais-Girard arrive en tête (20,95%), et dans le Centre-Val-de-Loire, où François Bonneau (PS, 24,81%) devra négocier serré avec le candidat EELV/LFI Charles Fournier (10,85%) pour conserver sa région.

Enfin, en Corse, le président sortant de l'exécutif corse, l'autonomiste Gilles Simeoni (29,19%), devra faire le plein des voix nationalistes pour battre la liste de droite menée par le maire d'Ajaccio Laurent Marcangeli (24,86%).

"Il ne faut pas tirer de leçons pour la présidentielle", considère le politologue Gérard Grunberg, pour qui "ces régionales sont la réplique des municipales", avec pour l'essentiel "une prime aux sortants".

La spécialiste de l'abstention Céline Braconnier (Sciences Po Saint-Germain-en-Laye) évoque une nouvelle étape dans le "désenchantement démocratique", entre jeunes qui boudent les urnes et plus âgés qui votent "par devoir".

Pour les départementales, un scrutin resté à l'ombre des régionales, la stabilité était attendue, avec une large majorité pour la droite, selon l'Assemblée des départements de France.

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