Révision de l'accord de Brexit: Londres s'explique dans une réunion de crise avec Bruxelles

Publié le à Londres (AFP)

Le Royaume-Uni et l'Union européenne tentent jeudi, lors d'une réunion d'urgence, d'apaiser les vives dissensions provoquées par la volonté de Londres de revenir sur l'accord de Brexit, qui a plombé encore plus les négociations sur sa future relation avec les 27.

L'intention de Londres de passer un projet de loi contredisant en partie l'accord entérinant son divorce avec le bloc européen en janvier dernier - une manoeuvre violant de son propre aveu le droit international - passe très mal auprès de Bruxelles. Les Européens ont donc convoqué une réunion extraordinaire du comité mixte chargé de superviser l'application du texte.

"Je suis venu ici pour exprimer les vives inquiétudes de l'Union européenne au sujet du projet de loi", a déclaré, à son arrivée à Londres, le vice-président de la Commission européenne, Maros Sefcovic, avant une rencontre ayant débuté à la mi-journée avec le ministre d'Etat britannique Michael Gove.

Cette poussée de tensions vient brouiller une nouvelle session de négociations contre-la-montre qui s'achève jeudi avec l'UE, pour tenter d'arriver à un accord de libre-échange entre les anciens partenaires au terme d'une période de transition post-Brexit s'achevant fin décembre.

Les discussions calent, butant notamment sur la pêche et les conditions de concurrence équitable, et font craindre un "no deal" destructeur pour l'économie. Or, le temps presse, Bruxelles voulant un accord d'ici à la fin octobre pour permettre une ratification dans les temps. Le dirigeant britannique Boris Johnson a averti de son côté que faute de compromis d'ici au sommet européen du 15 octobre, il se satisferait d'un "no deal".

- "Circonstances exceptionnelles" -

Le controversé projet de loi britannique sur le marché intérieur veut revenir "de manière très spécifique et limitée", selon Londres, sur le protocole concernant l'Irlande du Nord, qui définit le régime douanier de cette province britannique.

Ce texte vise à garantir l'absence de frontière physique entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande, membre de l'UE, et à éviter la résurgence de tensions dans cette région, ensanglantée par trois décennies de "troubles" jusqu'à la signature de l'accord de paix du Vendredi saint en 1998.

Mais les arrangements prévus pour cela, avec de possibles contrôles douaniers entre la province et la Grande-Bretagne, font craindre une fragilisation de la situation. "Nous ne pouvons pas permettre que le processus de paix ou le marché intérieur britannique soient compromis par inadvertance par les conséquences fâcheuses du protocole", a insisté un porte-parole de Boris Johnson.

"Nous nous attendons à ce que d'autres pays le reconnaissent, ainsi que les circonstances exceptionnelles dans lesquelles nous nous trouvons", a-t-il ajouté, assurant que "plus largement, nous restons engagés à mettre en oeuvre le protocole nord-irlandais".

- "Perturbant pour l'Irlande du Nord" -

Ces explications ne convainquent pas en Irlande. "J'ai signalé très fermement (à Boris Johnson) que c'était très perturbant pour l'Irlande du Nord", a déclaré le Premier ministre irlandais, Micheal Martin à la télévision publique RTE après un entretien téléphonique avec son homologue britannique. "Que c'était mauvais pour la politique en Irlande du Nord et que ce serait clivant".

Si malgré tout le Royaume-Uni persiste et signe, il encourt le risque d'une action de l'UE qui pourrait le conduire jusque devant la Cour européenne de justice, selon un document des ambassadeurs de l'UE, vu par l'AFP.

La décision britannique a aussi suscité une pluie de critiques jusque dans le camp conservateur au pouvoir, y compris de la part d'anciens chefs du gouvernement, de Theresa May à John Major. Ces derniers y voient un coup porté à la crédibilité du Royaume-Uni sur la scène internationale.

La manoeuvre pourrait notamment saboter les négociations du Royaume-Uni avec d'autres pays, en particulier les Etats-Unis avec lesquels il entend décrocher un accord de libre-échange ambitieux avant la fin de l'année.

"Si le Royaume-Uni viole ce traité international et que le Brexit sape l'accord du Vendredi saint, il n'y aura absolument aucune chance qu'un accord commercial entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis passe au Congrès", a sèchement mis en garde Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants.

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