Robert Ménard le provocateur, des médias à la politique #mun34500

Publié le à Montpellier (AFP)

Des médias à la politique, Robert Ménard s'est construit un parcours iconoclaste, jusqu'à se faire élire dimanche maire de Béziers (Hérault) avec une étiquette Front national qu'il refuse qu'on lui colle.

"Il n'y a pas d'opinion qu'on ne puisse entendre et pas pire ennemi de la liberté que la gauche", assène le journaliste, qui se veut le chantre de la liberté d'expression.

"Je ne suis pas encarté FN. Je n'ai jamais voté FN. Je veux travailler avec tout le monde", a répété durant des mois Robert Ménard, 60 ans, affirmant conduire une liste "de rassemblement" avec Marine Le Pen comme soutien parmi d'autres, avec Debout la République et le Rassemblement pour la France.

"Le véritable front républicain c'est moi", affirme-t-il sur le site Boulevard Voltaire qu'il a créé en 2012 avec le journaliste et écrivain Dominique Jamet.

"Il a le tatouage du Front national", martèlent ses adversaires.

"Mon parti, c'est Béziers", rétorque ce fondateur en 1985 de Reporters Sans Frontières (RSF), dont il fut le patron jusqu'en septembre 2008. C'est loin des médias que ce père de deux enfants a terminé la campagne en faisant du porte à porte.

Né à Oran qu'il a quitté avec sa famille à la fin des années 60, Robert Ménard a passé toute son adolescence à Béziers avec un père qui avait glissé de la gauche à l'OAS. "C'était un passionné de la discussion. Pour qu'on puisse parler, quand je suis allé à la LCR, il a lu Trotski et Marx", raconte-t-il.

En 1976, quand c'est encore illégal, Robert Ménard fonde une radio libre, "Radio Pomaredes". Il sera mis en examen plus de 70 fois et lors d'un procès, son témoin de moralité sera François Mitterrand. Il le soutiendra en 1981 mais quittera le PS un peu plus tard. "Je m'étais aperçu que les leaders voulaient changer leur vie, pas celle des autres", dit-il.

C'est à Montpellier que débute vraiment sa carrière de journaliste lorsqu'il est embauché par Madeleine Attal, à Radio-France Hérault.

"Il avait des vraies qualités humaines", se souvient cette nonagénaire qui avoue ne plus le comprendre. "C'est vrai qu'avec lui c'était tout ou rien, que c'est un être de l?extrême", ajoute-t-elle.

- Coups d'éclats -

C'est en 1985 qu'il crée RSF avec comme ambition d'être une "agence de contre-reportages". De ce projet naîtra l'association internationale de défense des journalistes qu'il quitte en 2008.

Robert Ménard affirme n'avoir jamais changé de position. "On me regardait peut-être avec des yeux différents. On me croyait de gauche, on m'a découvert de droite", admet-t-il, jugeant insupportable d'être soupçonné de racisme.

En mars 2008, il prend la direction du centre de Doha pour la liberté de l'information créé en 2007. Une étonnante reconversion qui ne durera guère plus d'un an "faute de liberté pour travailler", dit-il.

Et c'est le retour au journalisme sur RTL, Sud Radio et I-Télé où ses chroniques et positions vont régulièrement créer la polémique, notamment lorsqu'il dit regretter l?abolition de la peine de mort ou "comprendre les électeurs du FN". Il sera écarté ou débarqué.

"Il a un goût légitime à la provocation. Il peut aller à la surenchère. Sa période la plus néfaste a été celle de la radio. Il a été odieusement attaqué", le défend son ami, l'ancien magistrat Philippe Bilger.

Il écrira ainsi "Vive Le Pen", un essai où il "dénonce la censure des bien pensants de la petite élite médiatique" et s'oppose "au procès en sorcellerie" fait au FN.

C'est mi-2012 qu'il annonce sa candidature à Béziers. Le soutien du FN est arrivé moins d'un an après. Sans négociation, jure-t-il la main sur le c?ur. Une affirmation contredite par Marine Le Pen.

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