Roland-Garros: Giga Swiatek!

Publié le à Paris (AFP)

Iga Swiatek, qui partageait encore son temps entre tennis et lycée il y a quelques mois, est devenue, à 19 ans seulement, la première Polonaise, hommes et femmes confondus, à remporter un trophée en Grand Chelem à Roland-Garros samedi.

En finale, Swiatek, classée au-delà du top 50 (54e), a dominé 6-4, 6-1 Sofia Kenin, N.6 mondiale et lauréate de l'Open d'Australie début février, amoindrie par une cuisse gauche douloureuse dans la seconde manche. Soignée à 2 jeux à 1, l'Américaine n'a plus vraiment opposé de résistance ensuite.

Si bien que la native de Varsovie s'offre la coupe Suzanne-Lenglen - son tout premier trophée - sans avoir perdu le moindre set de la quinzaine parisienne, une première depuis Justine Hénin en 2007. Au total, elle n'a même laissé échapper que 28 jeux, soit quatre en moyenne par match.

"Je ne m'attendais pas à gagner ce trophée. C'est une expérience qui change ma vie. Quelque part j'ai le sentiment d'écrire l'histoire", explique Swiatek.

Agenouillée au milieu du court Central, la tête entre les mains, à peine la balle de match jouée, la jeune Polonaise à la silhouette encore adolescente, peinait à y croire.

- Comme "Rafa" -

"C'est fou parce que tous les ans, je regardais Rafa (Nadal, son joueur préféré, ndlr) soulever le trophée, c'est incroyable de le faire moi-même", s'étonne-t-elle, après avoir abaissé un instant son masque le temps d'embrasser la Coupe.

"C'est beaucoup d'émotion. Je ne comprends pas ce qui se passe, je suis tellement heureuse, c'est fou, je suis bouleversée. Il y a deux ans, je gagnais un Grand Chelem en juniors (Wimbledon 2018, ndlr), c'est allé tellement vite", se surprend-elle encore.

Car à 19 ans, Swiatek était encore une lycéenne presque comme les autres il y a quelques mois.

"Je la considérais alors comme mi-pro ou mi-amateur, parce qu'elle étudiait comme tout le monde, raconte son entraîneur Piotr Sierzputowski. Bien sûr elle était souvent à l'étranger, mais elle suivait les cours malgré tout, elle passait ses examens."

"Le tennis passait au second plan, ce n'était pas la partie principale de sa vie. C'était difficile, poursuit-il. Imaginez: je devais programmer ses entraînements à sept heures du matin, parce qu'elle devait aller à l'école après. Elle arrivait à l'entraînement fatiguée, et je lui demandais pourquoi, si elle avait bien dormi, et elle me répondait, +Non, j'ai travaillé une partie de la nuit+."

A cette époque, Swiatek se faisait toutefois déjà remarquer raquette en main, à l'image de son huitième de finale atteint sur la terre battue parisienne au printemps 2019.

Mais c'est tout au long de cette édition 2020 de Roland-Garros exceptionnellement automnale qu'elle a fait la démonstration éclatante qu'elle apprenait très vite côté court.

- Premier trophée -

Son approche en finale : "ce n'est pas que ça m'était égal de gagner ou de perdre, c'est que je n'ai pas pensé à ça tout le temps. J'ai fait ce que j'avais fait dans les tours précédents : je me suis concentrée sur la technique et la tactique", résume-t-elle.

"Incroyable performance aujourd'hui et tout au long du tournoi. J'adore son jeu", salue l'ex-N.1 mondial Andy Murray sur les réseaux sociaux.

Jusque-là, la jeune Polonaise ne comptait aucun titre à son palmarès et n'avait connu qu'une finale, à Lugano (Suisse) en 2019. Et elle n'avait jamais dépassé les huitièmes de finale en Grand Chelem.

En quinze jours, tout a changé. Son principal fait d'armes ? Avoir éjecté sans ménagement (6-1, 6-2) Simona Halep, tête de série N.1 et favorite du tournoi, en huitièmes de finale.

Au classement, sa fabuleuse quinzaine parisienne - qui a conduit un journal polonais à rebaptiser Roland-Garros "Poland-Garros" en Une - va se traduire lundi par un bond de près de quarante places, du 54e rang au 17e.

Va-t-elle se consacrer désormais à plein temps au tennis ?

"Ca va être difficile de prendre la décision de continuer mes études maintenant parce que j'ai vraiment le sentiment que je peux accomplir de grandes choses", reconnaissait Swiatek au cours du tournoi.

"Si je continuais à jouer des finales de Grand Chelem, ce serait impossible d'être régulière à ce niveau et d'étudier en même temps", posait-elle.

Pour le moment, "je vais me concentrer sur le tennis autant que je peux. Et je verrai plus tard."

A 19 ans, elle a tout son temps.

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