Russie: la justice se penche sur la dissolution d'une autre entité de Mémorial

Publié le à Moscou (AFP)

Un tribunal de Moscou étudiait mercredi une demande de dissolution de la branche consacrée aux droits humains de l'ONG Mémorial, au lendemain de l'interdiction de la structure mère de cette organisation emblématique qui a suscité l'indignation à l'étranger.

Le Centre de défense des droits humains de Mémorial, entité juridique distincte de celle dissoute mardi, est accusé d'avoir enfreint une loi controversée sur les "agents de l'étranger" et d'avoir fait l'apologie du "terrorisme" et de l'"extrémisme".

Le procureur a jugé que "les violations des droits et libertés des personnes ainsi que les violations répétées et grossières aux lois de la Russie constituent un motif de dissolution".

L'audience de mercredi intervient au lendemain de la dissolution par la Cour suprême de Mémorial International et de ses antennes régionales, une décision qui marque un nouveau palier dans la répression des voix critiques du Kremlin.

"Si l'on nous dissout, cela confirmera que les poursuites à des fins politiques sont devenues une réalité systémique de nos vies", a dit devant le tribunal Alexandre Tcherkassov, qui dirige le Centre de défense des droits humains.

Mémorial n'est pas qu'une ONG parmi d'autres. Cette organisation, fondée en 1989 par des dissidents soviétiques voulant sauvegarder la mémoire des victimes des crimes staliniens, est devenue un pilier de la société civile russe. Puis elle s'est engagée dans la défense des libertés publiques dans la Russie contemporaine.

Les poursuites lancées contre Mémorial et son Centre de défense des droits humains, dans le cadre de deux procédures judiciaires distinctes, illustrent l'ampleur de la répression tous azimuts dans la Russie de Vladimir Poutine.

L'année 2021 a été marquée par l'emprisonnement du principal adversaire du Kremlin, Alexeï Navalny, puis l'interdiction de son mouvement pour "extrémisme", mais aussi la désignation de nombreuses ONG, médias indépendants ou simples individus comme "agents de l'étranger".

Cette qualification, qui rappelle celle d'"ennemi du peuple" à l'époque soviétique, contraint les personnes ou entités visées à se soumettre à de fastidieuses démarches administratives et mentionner ce statut dans chacune de leurs publications.

C'est justement parce qu'elles reprochaient à Mémorial International d'avoir manqué à cette dernière obligation dans certaines publications que les autorités russes ont obtenu sa dissolution.

Le même reproche est fait au Centre de défense des droits humains, mais le Parquet l'accuse aussi d'avoir fait l'apologie du "terrorisme" et de l'"extrémisme" en publiant une liste de prisonniers contenant les noms de membres de groupes religieux ou politiques interdits en Russie.

- "Persécution" -

La dissolution de Mémorial International a suscité une vague d'indignation à travers le monde, le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken dénonçant une "persécution".

Pour le directeur exécutif de l'ONG Human Rights Watch Kenneth Roth, "le gouvernement russe ne veut plus tolérer de recensement objectif et honnête de son comportement".

"Si ce qu'on voit dans le miroir est trop horrible, la réponse est de changer de comportement, pas de briser le miroir", a-t-il déclaré dans une allocution vidéo mardi.

Fondée par des dissidents soviétiques, dont le prix Nobel de la Paix Andreï Sakharov, Mémorial s'était donnée pour mission de faire la lumière sur le Goulag et les crimes de l'Union soviétique. Après la fin de l'URSS, elle s'est également engagée dans la défense des droits humains.

Lors des deux guerres de Tchétchénie, elle s'est illustrée en documentant les exactions des forces russes et leurs alliés tchétchènes.

En 2009, Natalia Estemirova, responsable de l'ONG dans cette région du Caucase, avait été assassinée. Le crime n'a jamais été élucidé.

Les partisans de l'ONG considèrent que le pouvoir poutinien veut supprimer Mémorial pour passer sous silence l'histoire des répressions soviétiques car le Kremlin a plus à coeur de célébrer l'héritage de l'héroïsme de l'URSS face aux nazis que celui de la mémoire des millions de victimes de Staline.

L'ONG accuse les autorités de compliquer son travail, en limitant l'accès aux archives et aux identités des exécutants des purges soviétiques.

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