Russie: reprise du procès en dissolution de l'emblématique ONG Memorial

Publié le à Moscou (AFP)

La Cour suprême russe examinait mardi la demande du parquet de dissoudre la structure centrale de l'ONG Memorial, pilier en Russie de la protection des droits humains et de la mémoire du Goulag, dont l'interdiction marquerait un tournant.

Malgré le froid, la neige recouvrant les rues de Moscou et le risque d'interpellation, quelques dizaines de personnes se sont réunies devant le tribunal pour exprimer leur soutien à Memorial, a constaté un journaliste de l'AFP.

Le parquet réclame l'interdiction de Memorial International, structure centrale de l'ONG qui coordonne le travail de son important réseau à travers la Russie, l'accusant d'avoir enfreint la loi controversée sur les "agents de l'étranger".

Aux termes de cette loi, les organisations visées doivent, entre autres obligations, s'afficher comme "agent de l'étranger" dans toutes leurs publications. Les autorités reprochent à Memorial d'avoir manqué à cette obligation dans certains cas.

Selon Memorial, une décision pourrait intervenir dès mardi, la deuxième audience de ce procès qui s'est ouvert fin novembre et qui suscite l'inquiétude des défenseurs des droits humains en Russie et à l'étranger.

Créé en 1989 par des dissidents soviétiques dont le prix Nobel de la Paix Andreï Sakharov, Memorial a commencé par documenter méticuleusement les crimes staliniens et les camps du Goulag, avant de se lancer dans la défense des droits humains et des prisonniers politiques.

L'ONG s'est aussi distinguée par ses enquêtes sur les exactions russes lors des guerres en Tchétchénie. Plus récemment, elle a mis en cause des paramilitaires du groupe "Wagner", considéré malgré les dénégations russes comme un bras armé de la Russie à l'étranger, pour des crimes présumés en Syrie.

Ces poursuites s'inscrivent dans un climat de répression croissante contre les voix critiques du pouvoir russe, avec la fermeture de médias indépendants et d'ONG et le démantèlement du mouvement de l'opposant emprisonné Alexeï Navalny.

"Il est nécessaire de préserver Memorial afin de bien comprendre (...) ce que nos parents ont vécu et là où nous ne devons pas retourner", dit à l'AFP Vladimir Ananitch, un médecin et éditeur venu soutenir l'ONG devant le tribunal.

Les responsables au pouvoir "ne veulent pas que nous réfléchissions à ce qui est en train de se passer dans notre pays (...) Ils sont les héritiers de Staline", ajoute-t-il.

Dans une autre procédure, le parquet de Moscou exige la dissolution du Centre de défense des droits humains de Memorial, une entité qui soutient les prisonniers politiques, les migrants et les minorités sexuelles.

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