Samedi noir sur les Champs-Elysées: Macron à nouveau sous pression

Publié le à Paris (AFP)

Emmanuel Macron a-t-il baissé la garde trop tôt ? La sortie du "grand débat" lancé en réponse à la crise des "gilets jaunes" s'annonce plus que jamais délicate pour l'exécutif accusé par l'opposition de "laxisme sécuritaire" face aux violences de rue.

Une réunion de plusieurs membres du gouvernement, autour du Premier ministre Edouard Philippe, a débuté dimanche peu après 17H30. Elle devait évoquer les "décisions fortes" promises la veille par Emmanuel Macron, même si aucune annonce n'est attendue dans l'immédiat.

En attendant, l'opposition continue d'éreinter le chef de l'Etat et le gouvernement, au lendemain du saccage d'une partie des Champs-Elysées, vitrine de la France à l'étranger, lors de l'acte 18 des "gilets jaunes" qui avait été annoncé comme un "ultimatum" lancé au président. Deux cents personnes ont été placées en garde à vue, dont 15 mineurs, selon le Parquet.

Quelque 150 mètres cubes de déchets ont dû être ramassés à Paris où l'avenue des Champs-Elysées portait encore dimanche les stigmates des attaques de la veille: 80 enseignes ont été touchées, dont une vingtaine pillées ou victimes de départs d'incendie, a précisé à l'AFP une association de commerçants qui demande à être reçue par le Premier ministre.

Comme la maire de la capitale Anne Hidalgo qui a exigé, dans Le Parisien, "des explications" et des mesures "pour sortir de ce cauchemar".

Toute l'opposition et certains "gilets jaunes" accusent le gouvernement de "laxisme sécuritaire", selon le terme de Xavier-François Bellamy (LR), voire de "laisser-faire".

Le député LR Eric Ciotti a clairement dit au JDD : "cette violence arrange le gouvernent". La présidente du Rassemblement national, Mme Le Pen a renchéri: "On peut se poser la question".

"Pourquoi les forces de l’ordre ne sont pas intervenues, quelles consignes ont été données?", a aussi interrogé Xavier Bertrand (ex-LR).

Pour le numéro un du PS Olivier Faure, le gouvernement est entré "dans une logique sécuritaire" qui lui "permet d'esquiver un autre débat, le débat social". Il a aussi ironisé sur les annonces "entre deux verres" du ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.

Emmanuel Macron n'est pas en reste, éreinté par l'opposition et sur les réseaux sociaux pour s'être affiché sur les pistes de ski de La Mongie vendredi. De "la petite politique politicienne", a rétorqué la ministre des Affaires européennes Nathalie Loiseau.

Avec les images du Fouquet's et de commerces en feu, qui tranchaient avec celles des défilés globalement très calmes de dizaines de milliers de manifestants "gilets jaunes" ou pour le climat dans la capitale et le reste du pays, Paris a renoué avec les épisodes les plus violents de la mobilisation du début décembre.

"Tous ceux qui étaient là se sont rendus complices", a accusé Emmanuel Macron qui a dû écourter son week-end de ski dans les Pyrénées.

Après quatre mois de mobilisation, l'acte 18 des "gilets jaunes" coïncidait avec la fin de la première phase du grand débat national pour lequel le président n'a pas hésité à mouiller la chemise, enchaînant les débats-marathons avec des élus et des citoyens.

Une "réussite" pour le gouvernement, avec plus de 10.300 réunions locales et de 1,4 million de contributions sur le site dédié.

Mais s'ouvre désormais la phase de la restitution et de la synthèse. L'exécutif s'est donné jusqu'à la mi-avril pour décider ce qu'il compte faire des très nombreuses propositions qui ont émergé. Un "atterrissage" qui risque d'apporter son lot de déceptions, de l'aveu même du Premier ministre Edouard Philippe, d'après des propos rapportés.

Sept Français sur dix pensent que le grand débat ne permettra pas de sortir de la crise que traverse le pays, selon un sondage récent.

Le regain de violence samedi à Paris remet la pression sur l'exécutif qui avait pu se satisfaire d'un déclin de la mobilisation des "gilets jaunes" ces dernières semaines, mais aussi d'un inversement de tendance dans l'opinion publique, à présent majoritairement en faveur d'un arrêt du mouvement.

Samedi, au total 32.300 personnes se sont mobilisées dans toute la France selon l'Intérieur, 230.766 selon le décompte des "gilets jaunes" posté sur Facebook. Beauvau avait dénombré 28.600 personnes la semaine précédente, la plus faible mobilisation depuis le début du mouvement le 17 novembre qui avait alors enregistré un "pic" de 282.000 manifestants.

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