Soudan: l'arrivée des réfugiés ethiopiens risque d'aggraver l'économie désastreuse

Publié le à Khartoum (AFP)

L'arrivée massive de réfugiés éthiopiens, fuyant la guerre dans la région du Tigré, risque de plomber encore plus durement l'économie soudanaise déjà moribonde à cause des années de guerre, de mauvaise gestion et récemment d’inondations catastrophiques.

Plus de 40.000 réfugiés sont entrés au Soudan depuis le début du conflit le 4 novembre entre le gouvernement fédéral éthiopien et la région dissidente du Tigré, voisine du Soudan.

Ceux qui ont fui les combats se sont installés dans des camps insalubres de l'autre côté de la frontière, dans l'est du Soudan, où ils manquent de nourriture et d'un accès à l'eau et aux installations sanitaires.

"Le nombre (de réfugiés) est bien au-dessus de nos capacités (d'accueil) et une augmentation exercera une pression supplémentaire, non seulement sur notre Etat fédéral mais sur tout le Soudan", a déclaré à l'AFP Soliman Ali, le gouverneur de l’Etat de Gedaref.

"Depuis le début de la crise, la réponse des ONG a été faible et certainement pas à la hauteur de la crise actuelle", selon lui. Et le conflit ne montre aucun signe d’apaisement.

Dimanche, l'armée éthiopienne a mis en garde contre une attaque générale contre Mekele, capitale du Tigré, exhortant les civils à fuir.

"Un afflux plus important aura des répercussions économiques très dangereuses sur le Soudan", estime l'économiste soudanais Mohamed el-Nayer.

Car le Soudan est un des pays les plus pauvres du monde et celui qui compte déjà plus d'un million de réfugiés sur son sol.

- "Région la plus pauvre" -

Cette crise éthiopienne survient alors que le Soudan connait une transition fragile depuis l'éviction en avril 2019 de l'autocrate Omar el-Béchir, à la suite de manifestations de masse contre son régime.

Les autorités cherchent à reconstruire l'économie du pays, décimée par des décennies de sanctions américaines, de mauvaise gestion et de conflits armés sous Béchir.

Quelque 65% des quelque 42 millions d'habitants du Soudan vivent en dessous du seuil de pauvreté, selon les chiffres du gouvernement.

L'économie a en outre été durement touchée cette année par les inondations catastrophiques dans une grande partie du pays et elle est aussi handicapée par l'épidémie de nouveau coronavirus.

L'inflation dépasse les 200%, et le pays souffre d'une pénurie chronique de devises fortes qui entraîne de longues files d'attente pour l'achat d'aliments de base comme le pain, le carburant. Les coupures d'électricité durent au moins six heures par jour.

L’acuité de la crise économique est particulièrement ressentie dans les Etats de l'Est, Gadaref et Kassala, qui ont accueilli la quasi-totalité des réfugiés.

"L'est du Soudan est la région la plus pauvre du pays et l'afflux de personnes entraînera une concurrence accrue pour les ressources et l'aide", a déclaré Jonas Horner de l'International Crisis Group.

Le gouvernement devra "s'appuyer fortement sur l'aide des organisations nationales et internationales", a-t-il ajouté.

Dans la ville frontalière de Hamdayit, à la périphérie de Kassala, qui a accueilli plus de 28.000 réfugiés, les habitants affirment que leur afflux s'est accompagné de hausses des prix sur les marchés locaux.

"Nous souffrons déjà de pénuries de farine, carburant et d'autres produits de base, mais la crise actuelle rend l'acquisition de ces produits plus onéreuse", selon le gouverneur de Gedaref.

- Situation sanitaire "terrible" -

Aux difficultés économiques, s'ajoute la situation sanitaire dans les camps de réfugiés.

Les médecins des camps affirment que des cas de VIH, de paludisme, de tuberculose et de dysenterie ont déjà été signalés parmi les réfugiés. Aucun chiffre officiel n'a encore été annoncé.

Mais la surpopulation et les mauvaises conditions de vie pourraient encore aggraver la situation, en particulier avec l'accès limité aux hôpitaux et aux installations sanitaires.

Aucun cas de coronavirus n'a été officiellement recensé, mais on craint toujours qu'il se propage dans les camps et les villages voisins.

"La situation sanitaire est actuellement terrible", insiste Soliman Ali.

Comme lui, d'autres appellent la communauté internationale à jouer un rôle plus important, surtout si le conflit se prolonge.

"Nous avons besoin de l'aide de la communauté internationale (...), sinon l'économie du Soudan va s'effondrer", estime Mohamed el-Nayer.

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