Soudan: les manifestations continuent contre Béchir, déterminé à rester

Publié le à Khartoum (AFP)

Les forces de sécurité se sont déployées jeudi dans le centre de Khartoum, où les manifestants ont prévu de marcher à nouveau en direction du palais présidentiel pour appeler Omar el-Béchir à quitter le pouvoir, quatre semaines après le début de la contestation.

Déclenchées le 19 décembre par la hausse des prix du pain et des médicaments et les pénuries dans un pays en plein marasme économique, les manifestations se sont transformées en rassemblements quasi quotidiens contre M. Béchir, qui a catégoriquement rejeté leur appel à partir après trois décennies au pouvoir.

Les organisateurs ont appelé à une nouvelle marche en direction de la présidence et à des manifestations simultanées dans 11 autres localités, dont celles de Port-Soudan, Madani, Gadaref, Al-Obeid et Atbara.

Des membres de la sécurité, dont plusieurs habillés en civil, ont été déployés dans le centre de Khartoum et le long de la route menant au palais, a constaté en matinée un correspondant de l'AFP.

Plusieurs véhicules militaires montés de mitrailleuses ont été stationnés à l'extérieur du palais. Et la circulation en centre-ville, d'habitude très dense, était assez fluide.

Des marches similaires, ainsi que les autres rassemblements ailleurs au Soudan, ont été dispersés ces dernières semaines par la police qui a souvent recours aux gaz lacrymogènes.

Depuis le 19 décembre, 24 personnes sont mortes, selon un bilan officiel. Human Rights Watch et Amnesty International parlent d'au moins 40 morts, dont des enfants et du personnel médical.

Environ 1.000 personnes dont des militants, des opposants et des journalistes, ont été arrêtées, selon des groupes de défense des droits humains.

- "Sauver notre avenir" -

L'Association des professionnels, qui regroupe notamment médecins, professeurs et ingénieurs, est le fer de lance de ces manifestations antigouvernementales.

Pour les analystes, ce mouvement représente le plus sérieux défi pour M. Béchir depuis son arrivée au pouvoir en 1989 après un coup d'Etat soutenu par les islamistes.

"Je manifeste et je continuerai à manifester jusqu'à ce que ce régime tombe", a lancé Adel Ibrahim, 28 ans, à Khartoum. "Nous protestons pour sauver notre avenir et le futur de notre pays".

Après avoir commencé à Atbara (250 km au nord-est de Khartoum), les manifestations se sont rapidement propagées jusqu'à la capitale, mais aussi au Darfour (ouest).

Les manifestants, qui utilisent les réseaux sociaux pour s'organiser, scandent "liberté, justice et paix" et certains crient "le peuple veut la chute du régime", le slogan du Printemps arabe de 2011.

"Il y a un élan en ce moment, et les gens manifestent tous les jours", souligne le chroniqueur Faisal Mohamed Salih. "Même les autorités n'en reviennent pas".

Au-delà de la baisse des subventions du pain, le Soudan fait face à un grave déficit en devises étrangères.

Les habitants sont confrontés à des pénuries régulières d'aliments et de carburants, tandis que le prix de certaines denrées subissent une forte inflation.

Pour Khartoum, les Etats-Unis sont à l'origine des difficultés avec leur sévère embargo imposé pendant 20 ans au Soudan (1997-2017) qui interdisait au pays de mener des activités commerciales et des transactions financières à l'international.

- "Pas de changement du pouvoir" -

Mais, pour les critiques du pouvoir, M. Béchir est coupable d'une mauvaise gestion économique et de dépenser sans compter pour financer le combat contre plusieurs groupes rebelles du pays.

La sécession du Sud en 2011 a privé le Soudan des trois quarts de ses réserves de pétrole et de l'essentiel des revenus de l'or noir.

"Si ce régime continue ainsi, nous allons bientôt perdre notre pays, et c'est pour cela que nous devons nous battre", tempête Ibrahim, à la recherche d'un emploi depuis des années.

"Les manifestations ne conduiront pas à un changement de pouvoir", a martelé lundi M. Béchir devant une foule de ses partisans à Niyala, au Darfour.

"Il y a une seule voie vers le pouvoir, et c'est celle des urnes. Le peuple décidera en 2020 qui doit le gouverner", a dit le président, 75 ans, dont une troisième candidature à la présidentielle est pressentie.

En 1964 et 1985, des soulèvements populaires avaient mené en quelques jours à la chute du régime en place. Mais, cette fois, les militants ont encore un long chemin à parcourir, estiment les analystes.

"Pour l'instant, Béchir semble avoir la majorité des forces de sécurité de son côté", explique Willow Berridge, spécialiste du Soudan.

Son règne pourrait survivre aux manifestations, juge aussi le centre de réflexion International Crisis Group (ICG) dans un rapport. Mais "ce sera au prix de la poursuite du déclin économique, d'une plus grande colère populaire, de davantage de manifestations et d'une répression plus dure".

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