Soudan: poursuite des pourparlers après une nuit de violences meurtrières

Publié le à Khartoum (AFP)

Les généraux au pouvoir et les représentants de la contestation au Soudan ont repris mardi leurs discussions sur la gestion de la transition, au lendemain de heurts meurtriers que les manifestants et l'ambassade des Etats-Unis ont imputé au Conseil militaire qui dirige le pays.

Ce Conseil avait attribué ces violences, qui ont fait six morts -- cinq civils et un militaire -- et de nombreux blessés, selon des sources médicales et militaires, à des "éléments" cherchant à faire dérailler le processus politique.

"Nous faisons porter l'entière responsabilité de ce qui s'est passé hier au Conseil militaire, parce qu'il est en charge de la protection des manifestants", a déclaré un leader du mouvement de contestation, Mohammed Naji al-Assam, au cours d'une conférence de presse.

Bakr Fayçal, autre leader de la contestation, a réclamé une commission d'enquête pour "identifier et punir les responsables de ces violences".

L'ambassade des Etats-Unis a elle aussi réagi, dans un communiqué publié mardi, faisant porter la responsabilité des violences au Conseil militaire.

"Les attaques tragiques contre les manifestants, qui ont entraîné la mort d'au moins six Soudanais et fait une centaine de blessés, résultent des tentatives du Conseil militaire d'imposer sa volonté aux manifestants en tentant de lever les barrages routiers", a-t-elle jugé.

Selon le communiqué, "la décision d'intensifier le recours à la force, y compris l'utilisation de gaz lacrymogènes, a conduit à la violence (...) que le Conseil militaire n'a pu contrôler".

Les Etats-Unis n'ont cessé d'appeler l'armée à trouver un accord avec les manifestants sur un transfert du pouvoir aux civils.

- Nouvelles discussions -

"Les pourparlers ont repris à 13H00" locales (11H00 GMT), a déclaré mardi à l'AFP Khaled Omar, un chef de l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC), qui réunit les meneurs de la contestation et veut un transfert rapide du pouvoir aux civils.

Après avoir fait état lundi de progrès, l'ordre du jour porte sur la question délicate de la répartition entre militaires et civils des postes au sein des trois institutions de transition: le Conseil souverain, le cabinet et l'Assemblée législative.

Les deux parties devaient également discuter de la période de transition, que les manifestants veulent de quatre ans et les militaires de deux ans seulement.

L'ALC veut dominer les trois institutions qui vont préfigurer le passage du Soudan à un pouvoir civil mais les militaires veulent garder la main haute sur la période de transition.

Lundi, généraux et leaders de l'ALC se sont mis d'accord sur la structure de ces trois institutions.

Mais ce progrès a été terni par les violences de la soirée.

Le calme est revenu mardi dans la capitale, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Cependant, dans la ville proche d'Omdourman, des dizaines de manifestants ont bloqué des routes et incendié des pneus pour protester contre les violences.

- L'ancien régime en cause -

Sur le lieu du sit-in qui se poursuit depuis le 6 avril face au QG de l'armée à Khartoum, des manifestants ont mis en cause les partisans du régime du président déchu Omar el-Béchir. Certains ont pointé du doigt l'unité controversée de la Force de soutien rapide (RSF).

Composée de miliciens accusés par des groupes de défense des droits humains d'exactions au Darfour, la RSF fait désormais partie de l'armée soudanaise.

Elle est commandée par le général Mohamad Hamdan Daglo, surnommé "Himeidti", également chef adjoint du Conseil militaire de transition.

Les incidents sanglants de la nuit avaient été précédés par de premières tensions: dimanche soir, des manifestants avaient bloqué une grande artère de Khartoum -la rue du Nil- en accusant les militaires d'avoir fermé un pont menant à leur sit-in permanent.

- Béchir inculpé -

A la tête du Soudan pendant près de 30 ans, le président Béchir a été destitué par l'armée sous la pression d'un mouvement de contestation populaire déclenché le 19 décembre par la décision du gouvernement de tripler le prix du pain, dans un pays en proie déjà à une grave crise économique.

Emprisonné, il a été inculpé lundi par le Procureur général pour "incitation au meurtre" de manifestants.

Amnesty International a appelé mardi à ce qu'il soit jugé pour ses "crimes récents et passés", en référence au conflit du Darfour (ouest), et remis à la Cour pénale internationale (CPI).

Le président déchu fait l'objet de mandats d'arrêt de la CPI, qui souhaite le voir répondre à La Haye d'accusations de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre au Darfour.

Fin avril, le Conseil militaire de transition avait indiqué refuser un transfert vers La Haye, laissant cette éventuelle décision à un futur gouvernement civil.

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