Sous le volcan Nyiragongo, Goma continue de trembler

Publié le à Goma (RD Congo) (AFP)

Alimentant toujours la psychose des populations, les séismes se sont poursuivis mercredi à Goma, au pied du volcan Nyiragongo, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), où des travaux de réhabilitation d'urgence ont cependant été lancés pour rétablir eau courante et électricité quatre jours après l'éruption.

Le bilan est de 32 personnes mortes depuis l'éruption samedi, dont une dizaine asphyxiées par les gaz toxiques en s'aventurant sur la coulée de lave encore fumante. Dans son évaluation humanitaire, le bureau des affaires humanitaires de l'Onu (Ocha) a fait état, parmi ces victimes, de 24 personnes brûlées par la lave, et par ailleurs de "40 adultes signalés disparus".

Comme ces trois derniers jours, les tremblements de terre ont continué à intervalles réguliers, certains particulièrement forts, qui s'accompagnent à chaque fois d'une clameur de peur dans toute la ville et la panique soudaine des habitants.

Selon le compte Twitter du RSM, l'organisme public en charge de la surveillance sismique au Rwanda voisin, dont la frontière jouxte la ville de Goma, ces séismes varient entre 3 et 5,1 de magnitude.

- "Le volcan va venir" -

"Je suis très effrayée (...), je ne parviens même pas à maîtriser mon coeur. Cette question du volcan ça me dépasse. Il y a des rumeurs d'éruption encore, après tous ces tremblements qui sont devenus si dangereux de jour en jour", a raconté une habitante, Angélique Tumusifu, restée en ville parce que ses deux enfants ne voulaient pas partir.

Un bâtiment de deux étages s'est partiellement effondré et au moins trois maisons se sont en partie affaissées.

"Chacun a peur que sa maison puisse s'effondrer. Les enfants refusent de dormir, soit disant que le volcan va venir", a témoigné Jacques Sibomana, un taxi moto.

Des dégâts sont également signalés à Gisenyi, ville rwandaise de l'autre côté de la frontière, où plusieurs maisons ont été endommagées, ainsi que des routes, selon des témoins.

Mardi, sous la violence des secousses, au moins quatre bâtiments s'étaient déjà effondrés dans Goma, capitale provinciale du Nord-Kivu.

D'impressionnantes et longues fissures sont également apparues par endroits sur le sol.

Avec les nouvelles secousses, plusieurs de ces fissures se sont notablement élargies, rendant difficile la circulation sur la chaussée. De l'eau sortait de certaines fissures, où des habitants accouraient pour y remplir des bidons.

Selon les autorités, se référant au laboratoire local de volcanologie, les tremblements de terre "ne sont pas magmatiques" et devraient baisser d'intensité, infirmant l'hypothèse d'une nouvelle éruption.

- "Le danger s'éloigne" -

"Le danger tend à s'éloigner", a assuré une délégation ministérielle arrivée lundi de Kinshasa, qui a annoncé plusieurs mesures: prise en charge des obsèques des victimes, dons de 40.000 plaques de tôles, de vivres et de médicaments, visites de "réconfort", réhabilitation d'urgence des infrastructures touchées.

Ce qui ne suffit cependant pas à rassurer les habitants. Près d'un millier d'entre eux sont retournés au Rwanda, selon les autorités rwandaises.

Des bateaux sur le lac Kivu ont multiplié les aller-retours entre Goma et Bukavu, à environ 70 km sur la rive sud du lac, où les autorités de la province ont mis en place une commission spéciale pour ces déplacés.

Les ONG et organisations internationales, nombreuses dans la ville, ont "délocalisé" une grande partie de leurs personnels.

Dans Goma, inquiète mais toujours grouillante, l'activité a partiellement repris. "Le volcan a créé une crise économique. Aujourd'hui il n'y a pas de mouvements de l'argent. Même la circulation routière est timide", s'est plaint le motard Jacques Sibomana.

La lave s'est écoulée samedi soir en deux directions depuis les flancs du volcan, une coulée s'immobilisant dans les faubourgs nord-est de Goma, l'autre coupant sur un kilomètre la route nationale 4 reliant Goma à Butembo, un axe régional majeur et vital pour l'approvisionnement de la ville.

Selon une évaluation humanitaire conjointe, entre 900 et 2.500 habitations ont été détruites. D'après Ocha, ce sont plus de 4.500 ménages (environ 20.000 personnes) qui se retrouvent sans abri, alors que "les secousses provoquent toujours la panique".

Au moins dix quartiers sont privés d'eau courante, et une grande partie de la cité n'est plus alimentée en électricité. L'accès à l'eau potable est un souci majeur, aggravé par des poussières et cendres toxiques qui se mélangent aux eaux de pluie.

© 2021 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.

A lire également

Notre sélection d'annonces

Fil info