Stade de France: Darmanin et Oudéa-Castéra s'expliquent devant le Sénat

Publié le à Paris (AFP)

Quatre jours après le chaos autour du Stade de France, les ministres de l'Intérieur Gérald Darmanin et des Sports Amélie Oudéa-Castéra s'expliquent devant le Sénat, dominé par la droite, sur les incidents qui ont perturbé la finale de la Ligue des champions.

Les deux ministres seront entendus conjointement pendant deux heures par les commissions des Lois et de la Culture à partir de 17H00, lors d'une séance ouverte à la presse et retransmise sur le site du Sénat.

A l'approche des élections législatives (12 et 19 juin), l'affaire a pris un tour hautement politique, notamment sur la capacité française à organiser des événements sportifs majeurs à un an du Mondial-2023 de rugby et à deux ans des Jeux olympiques à Paris.

François-Noël Buffet (LR), président de la commission des lois, a prévenu à quelques heures de l'audition sur francinfo, qu'il attendait un "discours de vérité".

Dans un communiqué commun signé avec le président de la commission de la Culture, il jugeait mardi "important de s’assurer que toutes les leçons de cette soirée (étaient) tirées rapidement pour rassurer le monde sur la capacité de la France à accueillir de grands évènements".

Mais d'ici là, la controverse reste vive autour du dispositif de maintien de l'ordre en marge de ce match, remporté par le Real Madrid (1-0) face à Liverpool.

Le président du club de Liverpool Tom Werner a fait part dans un courrier de son indignation à Amélie Oudéa-Castéra, après ses propos et ceux de Gérald Darmanin, qui répètent depuis samedi soir que les supporters britanniques seraient en grande partie responsables des incidents, avec une "fraude massive, industrielle et organisée de faux billets".

- "Il doit partir" -

Ces mises en cause ravivent chez les supporters de Liverpool les horribles souvenirs de la catastrophe d'Hillsborough qui avait fait 97 morts en 1989 dans un mouvement de foule dont les fans des Reds avaient longtemps été tenus pour responsables avant que les mauvaises décisions de la police ne soient reconnues.

"Vos commentaires sont irresponsables, peu professionnels et totalement irrespectueux", a écrit Tom Werner dans son courrier, dont le quotidien Liverpool Echo a obtenu une copie.

Mardi, la ministre des Sports a ouvert la porte à un début de mea culpa: "On a des supporters de Liverpool qui étaient tout à fait en règle, dont soit la soirée a été gâchée, soit certains n'ont pas pu assister à ce match, et là on leur doit clairement des excuses".

Pour autant, les chiffres avancés par le gouvernement français restent très critiqués, en Angleterre comme en France.

Selon Gérald Darmanin, "30.000 à 40.000 supporters anglais se sont retrouvés au Stade de France, soit sans billet, soit avec des billets falsifiés".

Cette situation a, selon les autorités, entraîné près du Stade de France un engorgement massif, des débordements et une intervention des forces de l'ordre, qui n'ont fait aucun blessé grave.

Un "mensonge gravissime", a dénoncé mercredi Marine Le Pen, la candidate d'extrême droite à la présidentielle estimant que Gérald Darmanin "devrait de lui-même considérer qu'il doit partir".

- "2.800 faux billets" -

La Fédération française de football a défendu le dispositif renforcé mis en place aux abords du stade.

Pour l'heure, la FFF et l'UEFA ont évalué à "2.800" le nombre "de faux billets scannés" samedi, selon des sources proches du dossier, confirmant une information de RMC Sports.

Mais parmi ces 2.800 faux billets peuvent figurer de vrais billets ayant été mal activés, selon Pierre Barthélémy, avocat de groupes de supporters français présent samedi au stade. "Il y a eu des pannes, des bugs informatiques au niveau des portiques qui ont fait que certains vrais billets ont été scannés comme faux", a-t-il assuré à l'AFP.

Pour leur part, les services de renseignements avaient alerté les autorités avant cette finale: datée du 25 mai, une note de la Division nationale de lutte contre le hooliganisme (DNLH) rédigée en lien avec les services de renseignement, dont l'AFP a eu connaissance, faisait état "d'environ 50.000 supporters anglais présents dans la capitale française (qui) ne seront pas détenteurs de billets".

Sur le plan judiciaire, trois hommes, des étrangers en situation irrégulière, ont été condamnés mardi en comparution immédiate à des peines allant de six mois de prison avec sursis à dix mois d'emprisonnement ferme pour des vols commis sur des supporters.

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