Stefan Löfven, touché mais pas encore coulé

Publié le à Stockholm (AFP)

Il était resté à flot malgré le déclin de la social-démocratie en Europe, la poussée de l'extrême droite et même la crise du Covid: le Premier ministre suédois Stefan Löfven a démissionné lundi, sans pour autant nécessairement faire ses adieux au pouvoir.

Ancien soudeur syndicaliste à la carrure et au nez de boxeur, celui qui est parfois qualifié de "socialo de droite" avait ramené la gauche suédoise au pouvoir en 2014, puis avait rempilé en se rapprochant du centre droit après les élections de 2018.

Orfèvre du consensus pour les uns, apparatchik terne et sans vision pour les autres, cet habitué des grands écarts politiques aura vu son avenir s'obscurcir en se fâchant avec sa gauche, devenant le 21 juin le premier chef du gouvernement suédois battu par un vote de défiance.

Contraint, après cette défaite, soit de démissionner soit de convoquer des élections anticipées, le social-démocrate a, après une semaine de réflexion, choisi la première option, jugeant qu'elle était la moins mauvaise pour la Suède en pleine pandémie.

"La décision politique la plus difficile de ma vie", a-t-il affirmé lundi.

Attention à ne pas l'enterrer trop vite: l'homme était sorti vainqueur d'élections jugées perdues en 2018, et l'hypothèse que cet habile négociateur survive une nouvelle fois à la crise reste sur la table.

Né à Stockholm d'une mère célibataire qui n'avait pas les moyens de s'occuper de lui, il a grandi à Sollefteå, à 500 kilomètres au nord de la capitale, dans une famille d'accueil dont le père était ouvrier.

Devenu soudeur, il s'engage pour la première fois dans la vie syndicale au début des années 1980 dans l'usine d'armement où il travaille, une vocation qui l'amènera à prendre les commandes du syndicat de la métallurgie Metall entre 2006 et 2012.

Piètre orateur, il apparaît néanmoins "authentique" et, selon un sondage, une majorité de Suédois préférait être assis à sa table pour dîner plutôt qu'à celle de son principal opposant, le dirigeant conservateur Ulf Kristersson.

Dans une gauche traditionnelle à la peine en Europe - il n'y a plus que six chefs de gouvernement sociaux-démocrates ou socialistes parmi les 27 membres de l'UE -, Löfven était parvenu à rester aux manettes, quitte à dérouter sa base en se rapprochant de la droite.

"On me décrit parfois comme un socialo de droite parce que je pense que l'industrie est importante. Je trouve ça très bizarre", s'était défendu le sexagénaire.

"Stefan Löfven restera peut-être dans l'histoire pour son inventivité et sa capacité au sacrifice pour garder les sociaux-démocrates au pouvoir", selon le quotidien Dagens Nyheter, qui l'a comparé au magicien Houdini pour son talent pour dénouer des nœuds politiques inextricables.

- Houdini -

Ce n'est pas le cavalier seul suédois dans sa stratégie contre le Covid-19 qui lui a coûté son poste: malgré un bilan sanitaire mitigé avec près de 15.000 morts, le choix de ne pas confiner et de laisser en première ligne l'épidémiologiste en chef Anders Tegnell l'avait plutôt renforcé dans l'opinion.

La crise politique a brutalement éclaté mi-juin lorsque le parti de Gauche ("Vänsterpartiet", ex-communiste), soutien ponctuel du gouvernement au Parlement, s'est dit prêt à soutenir une motion de censure contre le Premier ministre, quitte à mêler ses voix à celles de la droite et l'extrême-droite des Démocrates de Suède.

La raison: un projet de réforme des loyers régulés, un des totems de la gauche qui y voit un pilier du modèle social suédois, malgré un marché locatif opaque et archi-saturé.

Coutumier des ultimatums sans conséquence venus de sa gauche, Löfven n'a cette fois pas pu parer le coup, perdant le vote de défiance par 181 voix sur 349, et n'a pas depuis pu reconstituer une alternative à l'accord de gouvernement dit "de janvier".

Noué début 2019 au terme de quatre mois de tractations post-électorales, ce texte de compromis avait permis son maintien à Rosenbad, siège des Premiers ministres suédois, en cimentant le soutien des partis du Centre et des Libéraux.

Ce coup de barre à droite en rappelait un autre, lorsqu'en novembre 2015, il avait brusquement fermé les vannes de l'immigration, alors que la Suède avait accueilli des centaines de milliers de réfugiés, syriens notamment, jusqu'alors.

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