Sur le front, des soldats ukrainiens espèrent l'Otan

Publié le à Pisky (Ukraine) (AFP)

Pour des militaires ukrainiens déployés sur le front face à des séparatistes prorusses, seule une adhésion à l'Otan protégera l'Ukraine, car, quoiqu'en disent les Occidentaux, les sanctions ne freineront pas les ambitions du Kremlin.

Viktor, un vétéran de l'infanterie ukrainienne âgé de 56 ans, est posté au village de Pisky, à deux pas de Donetsk, la "capitale" des séparatistes qui, avec en sous-main le soutien de Moscou, mènent la vie dure aux forces de Kiev dans l'est de l'Ukraine depuis bientôt huit ans.

Lui qui a servi dans l'armée soviétique considérait durant sa jeunesse l'Otan comme l'ennemi par excellence. Mais aujourd'hui, il n'a pas de doute: l'Ukraine doit rejoindre l'Alliance atlantique.

"Si la Russie lance une attaque contre nous, nous aurons beaucoup de mal à tenir seuls", estime ce moustachu, kalachnikov sur la poitrine.

"La plupart de nos militaires pensent qu'il nous faut intégrer l'Otan", poursuit-il.

La Russie, qui a massé des dizaines de milliers de soldats aux frontières de l'Ukraine, laissant craindre une invasion, a martelé haut et fort qu'une telle adhésion était une ligne rouge.

Vladimir Poutine a même réclamé des garanties juridiques à son homologue américain Joe Biden pour exclure tout élargissement futur de l'Otan, une condition sine qua non pour que Moscou se sente en "sécurité" face à ses rivaux occidentaux.

Américains et Européens ont jusqu'ici opposé une fin de non-recevoir au Kremlin, mais cela fait en réalité des années qu'ils ont de facto gelé le processus d'adhésion ukrainien, au grand dam de Kiev.

Face à la menace d'une invasion russe, de Washington à Berlin, en passant par Bruxelles et Paris, on martèle à la place que si Moscou passe à l'action, la Russie subira des sanctions économiques d'une ampleur jamais vue.

Pour les soldats sur le front ukrainien, cette position n'a rien de convaincant, d'autant qu'aucune des multiples sanctions imposées à la Russie depuis le début du conflit ukrainien en 2014 n'a eu d'effet sur sa ligne politique.

Moscou a annexé la Crimée ukrainienne et n'en bouge pas. Elle continue de soutenir aussi les séparatistes de l'Est ukrainien après près de huit ans d'une guerre qui a fait plus de 13.000 morts.

- "Soyons honnêtes" -

Dès lors, Vladyslav, un militaire de 22 ans, considère que seule une entrée dans l'Alliance atlantique pourra sauver l'Ukraine.

"Si un pays comme la Russie, un agresseur, envahit notre territoire, alors la famille de l'Otan devra nous aider avec des troupes et de l'armement", juge le jeune homme, casque sur la tête et gilet pare-balles kaki sur les épaules.

Un soldat de 45 ans, lui aussi prénommé Viktor, estime en tout cas que les diverses sanctions visant la Russie se sont avérées inutiles.

Ces mesures "ne causent pas de dommages considérables à l'économie russe", dit-il.

Pour le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui a rencontré mercredi et jeudi des dirigeants de l'UE et de l'Otan à Bruxelles, attendre une invasion pour sanctionner n'a aucun sens.

"Soyons honnêtes, personne n'a intérêt à la politique des sanctions après" une éventuelle invasion, a-t-il déclaré à Bruxelles.

Selon lui, les Occidentaux doivent adopter des sanctions "puissantes" sans délai, des mesures préventives d'une telle ampleur qu'elle pourraient empêcher l'escalade militaire sur le terrain.

En attendant, dans l'Est ukrainien, toutes ces tergiversations en ont déjà déçu plus d'un.

L'Occident "poursuit ses intérêts", constate Andriï, un ancien mineur de 49 ans déployé depuis six ans dans les tranchées de l'armée ukrainienne.

"Il vaut mieux ne compter que sur nous-mêmes", dit-il.

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