Tempête politique autour des propos de Macron en plein débat sur le pass vaccinal

Publié le à Paris (AFP)

Le Premier ministre Jean Castex a fustigé une "infime minorité" de non-vaccinés qui "fracture la nation" mercredi avant de se rendre devant l'Assemblée à la demande des oppositions outrées par les propos controversés d'Emmanuel Macron disant avoir "très envie d'emmerder" les non-vaccinés.

"Les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder. Et donc on va continuer de le faire, jusqu’au bout. C’est ça, la stratégie", a clamé le chef de l'Etat dans un entretien au Parisien mardi. "Quand ma liberté vient menacer celle des autres, je deviens un irresponsable. Un irresponsable n’est plus un citoyen", a-t-il ajouté.

Sommé de s'expliquer dès le début des questions au gouvernement devant le Sénat, Jean Castex n'a pas répondu sur la forme mais a confirmé la volonté du gouvernement de mettre la pression sur les non-vaccinés: "Qui outrage la nation ? Qui fracture la nation ? Qui conduit les soignants dans nos urgences à faire des choix éthiques dramatiques ? Eh bien c'est une infime minorité", a-t-il tancé.

Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal avait lui estimé que les propos d'Emmanuel Macron étaient "très en deçà de la colère d'une très grande majorité des Français". "Qui emmerde la vie de qui aujourd'hui ? Qui gâchent la vie de nos soignants ? (...) Ce sont ceux qui s'opposent aux vaccins", a-t-il ajouté à l'issue du Conseil des ministres.

Gabriel Attal a exclu un recours à l'article 49-3 pour faire adopter le projet de loi en débat à l'Assemblée transformant le pass sanitaire en pass vaccinal. "La question ne se pose pas", a-t-il dit, car il y a "une majorité qui est prête à le voter".

Mais face à la tempête politique, le Premier ministre Jean Castex viendra devant l'Assemblée mercredi après-midi lors de l'examen du texte.

Les déclarations du chef de l'Etat sont "une belle connerie au regard du débat" parlementaire houleux mais "cela parle" aux Français, a abondé une source parlementaire LREM.

- "Dérapage contrôlé" -

Suspendus une première fois dans la nuit de lundi à mardi après un vote à main levée salué par les oppositions, les débats à l'Assemblée avaient finalement repris mardi soir.

Les députés étaient alors parvenus à s'accorder sur l'épineuse question du pass vaccinal pour les mineurs, repoussé de 12 à 16 ans pour les sorties scolaires et activités péri et extrascolaires.

Mais l'interview du chef de l'Etat a remis le feu aux poudres. Et après de multiples suspensions de séance et une demande, vaine, des oppositions de voir le Premier ministre Jean Castex venir dans l'hémicycle, les débats ont de nouveau été suspendus.

Une entrée en vigueur du pass vaccinal au 15 janvier "reste un objectif", a souligné sur franceinfo le ministre des Relations avec le Parlement, Marc Fesneau.

Toutefois, le calendrier est toujours menacé de dérailler: les discussions au Palais Bourbon ont piétiné mardi soir et 450 amendements restent au menu. L'Assemblée devrait en théorie achever leur examen mercredi soir, puis le Sénat se saisir du texte jeudi en commission.

Dans le contexte d'un nouveau record mardi de contaminations au Covid, à 271.686 cas, et d'une hausse des hospitalisations, l'infectiologue Eric Caumes "comprend" en tant que médecin le "dérapage probablement contrôlé" d'Emmanuel Macron, soulignant l'"exaspération" des soignants face aux non-vaccinés.

- "Propos insultants" -

Les candidats à la présidentielle et les oppositions fustigent, eux, les "propos insultants" du chef de l'Etat qui devrait "rassembler" plutôt que "cliver".

A droite, la candidate Valérie Pécresse, qui est désormais donnée au second tour de la présidentielle face à Emmanuel Macron, se dit "indignée" et appelle à "mettre fin au quinquennat du mépris".

A trois mois de l'élection présidentielle, Emmanuel Macron "tombe dans le camps des populistes avec Mme Le Pen et M. Zemmour", a accusé mercredi matin sur Sud Radio le patron des députés LR Damien Abad.

"Réunir la France", a laconiquement tweeté la candidate PS à la présidentielle Anne Hidalgo; "propos indigne et irresponsable" selon le candidat PCF Fabien Roussel;

En marge d'un déplacement en Gironde, le candidat EELV Yannick Jadot a déploré que le président "hystérise le débat" et jugé qu'à "force de maltraiter le Parlement, le Parlement se comporte mal".

Pour le candidat LFI Jean-Luc Mélenchon, c'est un "aveu sidérant de Macron": "le pass vaccinal est une punition collective contre la liberté individuelle".

Le gouvernement a lui ciblé les Républicains en les accusant de jouer double jeu, entre soutien public au pass vaccinal et critiques et vote contre une fois dans l'hémicycle. Gabriel Attal a sommé mardi Valérie Pécresse de "clarifier sa position" alors qu'elle avait affirmé que LR ne s'opposerait pas au texte.

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