Trêve fragile entre le Hamas et Israël après un cessez-le-feu

Publié le à Gaza (Territoires palestiniens) (AFP)

La trêve a tenu dans la nuit de vendredi à samedi en Israël et à Gaza, après l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu aux contours encore fragiles, alors qu'affluent les promesses d'aide à la reconstruction de l'enclave palestinienne ravagée par 11 jours de conflit.

Mais preuve d'une situation toujours très volatile, de nouveaux affrontements ont éclaté entre fidèles palestiniens et policiers israéliens sur l'esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l'islam, à Jérusalem-Est, secteur palestinien occupé par Israël, faisant une vingtaine de blessés parmi les Palestiniens. Un photographe de l'AFP a été frappé par la police pendant ces incidents.

Des accrochages similaires il y a environ deux semaines avaient été l'élément déclencheur de la flambée de violences entre l'armée israélienne et le Hamas qui ont fait 248 morts palestiniens, dont 66 enfants et des combattants, selon les autorités à Gaza, et 12 morts en Israël y compris un enfant, une adolescente et un soldat, d'après la police.

Des heurts ont également eu lieu après la prière du vendredi dans plusieurs quartiers de Jérusalem-Est et Cisjordanie occupée, en marge de manifestations célébrant "la victoire" du Hamas sur son ennemi israélien.

Dans la foulée du cessez-le-feu, les deux parties ont été promptes à revendiquer avoir atteint leurs buts de guerre.

Le chef du bureau politique du Hamas Ismaïl Haniyeh a ainsi salué une "victoire stratégique": "Nous avons porté un coup sévère et douloureux qui laissera des marques profondes sur l'entité" israélienne.

"Nous avons atteint les objectifs, c'est un succès exceptionnel", a de son côté affirmé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, en commentant l'offensive militaire israélienne contre le territoire palestinien contrôlé par le Hamas depuis 2007 et où vivent quelque deux millions de Palestiniens.

"Plus de 200 terroristes dont 25 gradés" ont été tués pendant l'offensive, a affirmé M. Netanyahu.

- "Euphorie" -

La trêve est entrée en vigueur à 02H00 (23H00 GMT jeudi) à la suite d'une médiation des Etats-Unis et de l'Egypte principalement.

Des milliers de Palestiniens ont célébré dans la nuit à Gaza l'annonce du cessez-le-feu, de même qu'en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est.

"C'est l'euphorie de la victoire", a lancé devant les manifestants Khalil al-Hayya, un ténor du Hamas dans l'enclave soumise à un blocus israélien depuis près de 15 ans.

Profitant de l'arrêt des bombardements, les habitants sont sortis inspecter les dégâts à Gaza, où de nombreuses habitations ont été dévastées et des tours aplaties par les frappes israéliennes.

Les secouristes recherchent toujours dans les décombres des survivants après avoir retiré cinq dépouilles ainsi qu'une dizaine de survivants dans des tunnels souterrains bombardés par l'armée israélienne.

Le président américain Joe Biden a affirmé vendredi lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche son intention de mettre en place une aide financière "majeure" avec l'aide de la communauté internationale pour "reconstruire Gaza" mais "sans donner au Hamas l'opportunité de rebâtir son système d'armement", tandis que les promesses d'aide financière, notamment de l'Egypte, affluaient.

Deux délégations égyptiennes sont arrivées en Israël et dans les Territoires palestiniens "pour surveiller" le respect du cessez-le-feu, ont indiqué vendredi des médias d'Etat égyptiens.

Le ministre égyptien des Affaires étrangères a reçu un appel de son homologue israélien pour discuter des mesures nécessaires pour faciliter les opérations de reconstruction de Gaza, selon un communiqué du ministère égyptien.

Le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken doit se rendre au Moyen-Orient "dans les prochains jours".

Le cessez-le-feu a été annoncé après une réunion jeudi soir du cabinet de sécurité israélien en présence de M. Netanyahu, qui a "accepté à l'unanimité" l'initiative égyptienne de "cessez-le-feu bilatéral sans condition".

Dans la foulée, le Hamas, mouvement considéré comme "terroriste" par l'Etat hébreu, l'Union européenne et les Etats-Unis, a affirmé que "la résistance palestinienne respectera cet accord aussi longtemps" qu'Israël le respectera.

- "Causes profondes" -

A l'étranger, Berlin a salué le cessez-le-feu mais estimé qu'il fallait désormais "s'attaquer aux causes profondes" du conflit israélo-palestinien.

La France, la Russie, la Chine et l'Union européenne ont aussi jugé nécessaire une relance du processus de paix entre Israël et l'Autorité palestinienne.

Les négociations de paix, suspendues depuis 2014, achoppent sur de nombreux points dont le statut de Jérusalem-Est et la colonisation israélienne des territoires palestiniens, alors que la solution à deux Etats, une Palestine indépendante aux côtés d'Israël, a été relancée vendredi par le président Biden. C'est "la seule réponse possible", a-t-il affirmé lors de cette même conférence de presse à la Maison Blanche.

Cette flambée de violences, la plus meurtrière depuis celle de 2014, a éclaté le 10 mai avec le tir par le Hamas de salves de roquettes vers Israël en "solidarité" avec les centaines de Palestiniens blessés lors de plusieurs jours de heurts avec la police israélienne sur l'esplanade des Mosquées. A l'origine des heurts, la menace d'expulsion de familles palestiniennes au profit de colons israéliens.

Après les tirs palestiniens, Israël a cherché à "réduire" les capacités militaires du Hamas. L'armée a annoncé, dans un "résumé" de son offensive, avoir tué "25 hauts responsables du Hamas" et détruit plus de "100 km de tunnels" et des dizaines d'immeubles servant, selon elle, "d'infrastructures aux activités terroristes du Hamas".

D'après l'armée, le Hamas et le Jihad islamique ont lancé plus de 4.300 roquettes vers Israël, une intensité inégalée. Plus de 90% ont été interceptées par le système anti-missiles israélien.

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