Ukraine et sécurité européenne: Américains et Russes lancent des pourparlers tendus

Publié le à Genève (AFP)

Russes et Américains ont entamé lundi des pourparlers tendus à l'issue très incertaine, abordant aussi bien le risque d'une invasion russe de l'Ukraine que l'architecture sécuritaire européenne que Moscou veut redessiner en faisant reculer l'Otan.

Cette réunion a débuté à 08H55 (07H55 GMT) à la représentation diplomatique américaine de Genève, en Suisse, en présence des vice-ministres des Affaires étrangères des deux pays, Wendy Sherman et Sergueï Riabkov.

Le ton employé par le représentant russe après un dîner dimanche soir entre les deux négociateurs a laissé présager d'âpres échanges, aucun côté ne donnant de signe de compromis.

Pour Moscou, la revendication clé est l'obtention de garanties de sécurité, via des traités, impliquant l'interdiction de tout élargissement de l'Otan, en particulier à l'Ukraine. La Russie a prévenu qu'elle ne ferait aucune "concession" à ce sujet.

"Je suis plutôt pessimiste concernant les pronostics sur cette question, mais nous allons expliquer avec insistance que sans règlement de cette question clé il ne peut y avoir de dialogue constructif", a dit M. Riabkov à l'agence Ria Novosti, avant la rencontre de lundi.

A l'inverse, durant leur dîner de travail, Wendy Sherman a souligné que Washington restait fidèle "aux principes internationaux de souveraineté, d'intégrité territoriale, et à la liberté des pays souverains de choisir leurs propres alliances", selon le département d'Etat.

En outre, elle a indiqué lundi sur Twitter que les Américains allaient écouter les "préoccupations de la Russie et partager" les leurs, mais qu'il n'était pas question de discuter de questions liés à "la sécurité européenne sans nos alliés et partenaires". Le Kremlin veut lui privilégier le tête-à-tête russo-américain.

- "URSS 2.0"? -

Le chef de la diplomatie ukrainienne, Dmytro Kouleba, a pour sa part jugé sur Twitter que "les revendications de Poutine sont illégitimes et portent atteinte à la paix et à la sécurité internationale".

Si l'Ukraine est candidate à l'entrée dans l'Otan depuis des années, les membres de l'Alliance ont montré peu d'empressement à satisfaire cette demande.

Alors que des dizaines de milliers de militaires russes sont déployés aux frontières orientales de l'Ukraine, théâtre d'un conflit depuis quasiment huit ans impliquant des séparatistes pro-russes, le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, a pressé dimanche le Kremlin d'éviter une nouvelle "agression" contre Kiev et de privilégier "la diplomatie" .

"Nous sommes sur le point de voir quelle voie le président (russe Vladimir) Poutine est prêt à emprunter", a-t-il ajouté.

Les discussion de lundi lancent une semaine diplomatique intense. Une réunion Otan-Russie est prévue mercredi à Bruxelles, avant une rencontre jeudi à Vienne de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), plateforme de dialogue Est-Ouest issue de la Guerre froide.

Dans une tranchée boueuse sur le front, un soldat ukrainien ne se faisait guère d'illusions quant à la capacité des Occidentaux à faire reculer Moscou.

"Des garanties sur une non-adhésion à l'Otan n'arrêteront pas" Vladimir Poutine, estimait Mikhaïlo, 29 ans. "Il veut en venir à une Union soviétique 2.0."

Les Occidentaux ont menacé le Kremlin de sanctions "massives" en cas de nouvelle agression contre l'Ukraine, alors que Moscou a déjà annexé en 2014 une partie de son territoire, la Crimée, en réaction à une révolution pro-occidentale à Kiev, et est accusée de soutenir les séparatistes de l'est du pays.

M. Poutine, qui s'est entretenu à deux reprises avec son homologue américain Joe Biden en décembre, a prévenu que de nouvelles sanctions contre son pays seraient une "erreur colossale".

- "Risque réel de conflit" -

En décembre, il avait menacé aussi d'une réponse "militaire et technique" en cas "de maintien de la ligne très clairement agressive" de ses rivaux occidentaux.

Le Kremlin affirme que les Occidentaux provoquent la Russie en stationnant des militaires à ses portes et en armant l'armée ukrainienne.

Il réclame donc deux traités pour interdire tout élargissement futur de l'Otan et la fin des manoeuvres militaires occidentales à proximité des frontières russes.

"Le risque d'un nouveau conflit est réel", a prévenu vendredi le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg.

Lundi, recevant la vice-Première ministre ukrainienne Olga Stefanichyna, il a estimé que les différents pourparlers de cette semaine n'allaient pas résoudre tous les problèmes, mais que l'espoir était de se mettre "d'accord sur une voie à suivre."

Au-delà de l'Ukraine, Washington espère profiter des pourparlers pour avancer peut-être sur d'autres dossiers, comme le désarmement.

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