Ukraine: l'OSCE insiste sur "l'urgence" à désamorcer la crise

Publié le à Vienne (AFP)

Après Genève et Bruxelles, place à la troisième et dernière séquence d'un ballet diplomatique intense pour désamorcer le risque d'un conflit en Ukraine: l'OSCE a entamé les débats jeudi à Vienne, soulignant "l'urgence" de relancer le dialogue sur la sécurité en Europe.

"La situation dans la région est périlleuse. Il est impératif de trouver, par la voie diplomatique, un moyen d'enrayer l'escalade et de commencer à rebâtir la confiance, la transparence et la coopération", a déclaré la secrétaire générale Helga Schmid à l'ouverture du Conseil permanent, évoquant "un besoin urgent".

L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), plateforme multilatérale de discussions Est-Ouest issue de la Guerre froide, "est un lieu unique pour cela", a-t-elle insisté. "Chacun des 57 Etats membres a un siège autour de la table".

Cette instance est en effet un rare forum d'échanges dont les Etats-Unis et la Russie sont tous les deux membres.

La Pologne, qui prend après la Suède la présidence annuelle tournante, a également exprimé son inquiétude, à l'instar d'autres pays de l'Europe de l'Est autrefois soumis à l'autorité de Moscou.

"Il semble que le risque de guerre dans la zone de l'OSCE n'ait jamais été aussi intense au cours des 30 dernières années", a déclaré le ministre des Affaires polonais Zbigniew Rau. "Un défi de taille pour l'Organisation dont le but est précisément de bannir la guerre d'Europe".

- "Rejeter le chantage" -

Les Occidentaux accusent Moscou d'avoir massé ces dernières semaines quelque 100.000 soldats, des chars et de l'artillerie à la frontière avec l'Ukraine pour préparer une attaque contre ce pays, une intention niée par les autorités russes.

Ces mouvements de troupes russes "font partie de la pression" exercée par Moscou pour obtenir satisfaction sur ses demandes, mais il n'est "pas question de négocier sous la pression", a affirmé jeudi le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.

Il s'exprimait avant le début d'une réunion informelle avec les ministres de la Défense de l'UE à Brest (Ouest de la France), visant à "élaborer la position de l'Union européenne (...) face à la crise".

"Nous devons résolument rejeter le chantage et faire en sorte qu'agressions comme menaces ne portent jamais leurs fruits", a abondé l'ambassadeur américain à l'OSCE Michael Carpenter.

De son côté, Moscou affirme que ce déploiement militaire est une réaction à la présence jugée croissante et menaçante de l'Otan dans ce qu'elle considère comme sa zone d'influence.

La Russie refuse par ailleurs tout élargissement de l'Alliance atlantique à des pays situés selon elle dans sa sphère d'influence, comme l'Ukraine.

Le représentant russe Alexandre Loukachevitch a prévu de s'exprimer devant les médias à Vienne dans l'après-midi.

- Risque 'réel' -

Après des discussions tendues à Genève entre les vice-ministres américaine et russe des Affaires étrangères, Wendy Sherman et Sergueï Riabkov, l'Otan et Moscou avaient fait mercredi à Bruxelles le constat de leurs profondes "divergences" sur la sécurité en Europe.

"Oui, nos positions sont aux antipodes (avec Moscou) mais cela ne veut pas dire qu'on ne peut pas trouver de terrains d'entente", a souligné M.Carpenter sur la chaîne de télévision indépendante russe Dozhd. L'enjeu est de "déterminer sous quelles formes peut être approfondie la discussion dans les prochains mois".

Sur le terrain, les conditions se sont dégradées pour les observateurs de l'OSCE dans les zones contrôlées par les séparatistes prorusses en Ukraine, a par ailleurs déploré l'ambassadeur américain, se disant "extrêmement inquiet".

"Les missions de surveillance n'ont pour l'instant rien détecté d'anormal sur le territoire" mais à la frontière, "il nous est impossible de savoir ce qui se passe", a-t-il averti.

Depuis 2014, l'Organisation est chargée de contrôler le respect des accords de paix de Minsk dans l'est rebelle de l'Ukraine.

Le chef de l'Otan Jens Stoltenberg s'était lui aussi montré alarmiste mercredi.

"Le risque d'un nouveau conflit armé est réel. La sortie de crise incombe à la Russie. Elle doit s'engager dans la désescalade", a-t-il fait valoir.

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