Ukraine: la victoire des pro-occidentaux accueillie par une reprise des combats

Publié le à Kiev (AFP)

Les partis pro-occidentaux ukrainiens s'attelaient lundi à surmonter leurs divergences pour former une coalition après leur large victoire aux législatives anticipées, accueillies dans l'Est par une reprise des combats.

Ce scrutin, par lequel les Ukrainiens semblent tourner le dos à leur passé soviétique en pleine crise avec la Russie, a été jugé par les observateurs internationaux conforme aux normes démocratiques, avec seulement quelques "incidents isolés", notamment des intimidation et des menaces.

Côté russe, le chef de la diplomatie Sergueï Lavrov a dénoncé de "nombreuses violations", tout en soulignant que Moscou "reconnaîtrait" les résultats du scrutin.

Dans l'Est séparatiste, le fief des rebelles prorusses, Donetsk, s'est réveillé au son des tirs de lance-roquettes multiples Grad, qui ont mis fin à un week-end d'accalmie dans les combats dont le bilan est de plus de 3.700 morts depuis avril, et rappelé la fragilité du dialogue engagé.

Les forces ukrainiennes ont de leur côté fait état de tirs de roquettes sur leurs positions près de la ville côtière de Marioupol, qu'elles contrôlent, et ayant atteint des habitations civiles. Elles ont également annoncé la mort de deux soldats dans la région de Lougansk pendant le ravitaillement de troupes en difficulté, les premiers militaires à être tués en une semaine.

Le président ukrainien Petro Porochenko a interprété le succès obtenu par les forces pro-occidentales au scrutin de dimanche comme un vote de confiance pour son plan de paix, au détriment du camp favorable à une offensive d'ampleur.

L'instauration d'un cessez-le-feu le 5 septembre, négocié avec la participation de la Russie, n'a pourtant pas permis la fin totale des combats et a été qualifiée par une partie de la population de capitulation face aux insurgés, soutenus militairement, selon Kiev et l'Otan, par Moscou.

- Nécessité de compromis -

Les résultats portant sur 55% des bulletins de vote confirment le score sans précédent depuis l'indépendance de 1991, près de 70% des voix, obtenu par les cinq principales listes favorables à un rapprochement avec l'Union européenne, pour certaines constituées de nationalistes.

Mais ils signifient aussi que le chef de l?État, élu en mai dès le premier tour, ne pourra gouverner seul et devra accepter des compromis notamment avec son Premier ministre Arseni Iatseniouk, ferme face à Moscou mais rompu aux négociations avec les bailleurs de fonds internationaux.

Le Bloc Petro Porochenko (21,6%) est au coude-à-coude avec le Front Populaire (21,4%) d'Arseni Iatseniouk, qui voit ses chances d'être reconduit à la tête du gouvernement renforcées. Suit Samopomitch (11%), formation composée de jeunes militants et de combattants de retour du front.

Ces deux derniers partis sont partisans d'une position ferme face aux séparatistes et à Moscou, sans être considérés comme des "partis de la guerre" comme sont parfois surnommés le Parti Radical (7,3%) du populiste Oleg Liachko ou Batkivchtchina (5,6%) de l'ex-Premier ministre Ioulia Timochenko.

Les anciens alliés de Viktor Ianoukovitch se maintiennent via le Bloc d'Opposition (9,8%), ce qui n'était pas acquis vu la défiance envers le régime prorusse de l'ancien président. Mais, fait historique, le Parti communiste (3,9%), qualifié par M. Porochenko de "cinquième colonne" de Moscou, n'atteint pas la barre des 5% nécessaire pour entrer au Parlement.

- Satisfaction de l'UE -

Après le renversement de M. Ianoukovitch, l'annexion en mars de la Crimée par la Russie et de déclenchement de l'insurrection séparatiste dans l'Est, l'Ukraine semble tourner le dos à son passé soviétique. Une partie des régions de l'Est, traditionnellement prorusses, n'ont toutefois pas pu voter, échappant au contrôle des autorités de Kiev, et organisent leur scrutin le 2 novembre.

Les résultats des législatives ukrainiennes ont été qualifiés par l'Union européenne de "victoire de la démocratie et du programme de réformes européennes" et salués notamment dans l'ancien bloc soviétique.

"Ni la guerre qui se poursuit, ni les tentatives d?inonder le peuple de mensonges ne peuvent changer le cours de l?histoire. Le choix (fait par les électeurs) montre que l?Ukraine est prête à dire adieu au passé et à résolument suivre la voie européenne", a déclaré à l'AFP le ministre lituanien des Affaires étrangères Linas Linkevicius.

Des négociations se sont ouvertes lundi entre le mouvement du président et celui du chef du gouvernement, a annoncé Iouri Loutsenko, un proche de Petro Porochenko.

Le Bloc présidentiel s'est dit prêt à les élargir à Samopomitch, Batkivchchtina et aux nationalistes de Svoboda, au score décevant malgré leur engagement sur le Maïdan contre M. Ianoukovitch.

Après avoir rencontré le chef de l'Etat dimanche soir, M. Iatseniouk a assuré qu'une coalition serait formée "dans les délais les plus brefs pour que le gouvernement, le nouveau Parlement réalisent rapidement les réformes indispensables au pays".

Le temps presse pour le pouvoir ukrainien, qui doit voter des réformes radicales destinées à sortir l'Ukraine d'une profonde récession, à lutter contre une corruption endémique et à la rapprocher de l'Union européenne. Avec l'arrivée de l'hiver, il doit aussi régler le conflit qui la prive de gaz russe depuis juin.

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