Un journaliste grièvement blessé par balles à Amsterdam, "crime contre la liberté de la presse"

Publié le à Amsterdam (AFP)

Un journaliste néerlandais spécialisé dans les affaires criminelles se trouvait mercredi matin toujours à l'hôpital, grièvement blessé par balles la veille au soir à Amsterdam lors d'une attaque qui a choqué le pays entier et qui a été qualifiée de crime contre la liberté de la presse par le gouvernement et l'Union européenne.

Selon les dernières informations officielles, le journaliste, Peter R. de Vries, très connu aux Pays-Bas, se battait pour rester en vie. Des rumeurs circulant sur les réseaux sociaux, selon lesquelles il serait décédé, ont été qualifiées de "fausses" par l'hôpital où il a été admis.

L'attaque a suscité de nombreuses réactions de journalistes et de personnalités politiques au delà des frontières.

Des habitants et des passants choqués se rendaient sur le lieu du crime mercredi matin, déposant des fleurs et des bougies.

"Il s'agit d'un crime contre le journalisme et d'une attaque contre nos valeurs de démocratie et d'État de droit. Nous continuerons sans relâche à défendre la liberté de la presse", a tweeté le président du Conseil européen Charles Michel.

"Les journalistes qui enquêtent sur les abus de pouvoir présumés ne sont pas une menace mais un atout pour nos démocraties et nos sociétés. Et nos pensées et notre solidarité vont au journaliste Peter de Vries", a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, devant le Parlement européen.

"L'attaque contre Peter R. de Vries est choquante et inconcevable, c'est une attaque contre un journaliste courageux et par conséquent une attaque contre la liberté de la presse qui est si essentielle pour notre démocratie et notre Etat de droit", a déclaré mardi soir le Premier ministre néerlandais Mark Rutte lors d'une conférence de presse.

Peter R. de Vries, journaliste et présentateur de télévision âgé de 64 ans, est une personnalité connue aux Pays-Bas pour son rôle dans plusieurs affaires criminelles. Il est régulièrement apparu en tant que porte-parole de victimes ou dans le cercle proche de témoins-clé. Il a reçu plusieurs menaces de mort au cours de sa carrière.

- "Héros national" -

Peter R. de Vries, "héros national", "se bat pour rester en vie", avait déclaré quelques heures après l'attaque Femke Halsema, maire d'Amsterdam.

Trois personnes ont été arrêtées --deux dans une voiture sur une autoroute près de La Haye et une à Amsterdam, selon la police.

Parmi ces personnes se trouve probablement le tireur présumé, a-t-elle ajouté, sans donner davantage d'informations sur les interpellations ni sur un éventuel motif pour le crime.

Peter R. de Vries s'est fait tirer dessus dans une rue du centre-ville d'Amsterdam mardi soir vers 19H30 (17H30 GMT) alors qu'il sortait du studio d'un talk-show dont il était l'invité.

Des témoins ont entendu cinq coups de feu et vu que le journaliste avait reçu une balle dans la tête, a rapporté la télévision publique NOS.

"C'est très choquant, j'espère qu'il survivra", déclare l'Amstellodamois Daniel van Duijn, 29 ans, louant le grand courage du journaliste "qui essaie de corriger les erreurs de la justice et qui a réussi à plusieurs reprises".

De nombreux Néerlandais "ont grandi avec lui, il est une sorte de figure nationale", ajoute-t-il, après avoir déposé des fleurs sur le lieu du crime.

Une telle attaque "ne devrait jamais arriver", lâche Suzanne Mensen, journaliste à Amsterdam.

"C'est très grave que nous soyons ainsi entravés dans notre travail", ajoute-t-elle.

- "Liberté gravement atteinte " -

Le Premier ministre ainsi que le ministre de la Justice et de la Sécurité Ferdinand Grapperhaus se sont rendus à l'Agence nationale pour la sécurité et le contre-terrorisme (NCTV) à La Haye dans la soirée pour "discuter" de l'affaire.

"C'est un jour sombre, non seulement pour les personnes proches de Peter R. de Vries mais aussi pour la liberté de la presse", a déclaré M. Grapperhaus devant des journalistes. "Nous voulons aux Pays-Bas que les journalistes puissent toujours mener toute enquête qui doit être menée en toute liberté. Cette liberté a été gravement atteinte ce soir".

"Les journalistes en Union européenne doivent pouvoir enquêter sur la criminalité et la corruption sans craindre pour leur sécurité", a déclaré le représentant pour l'UE du Comité pour la protection des journalistes, une association de défense de la liberté de la presse basée aux Etats-Unis.

Les autorités néerlandaises doivent enquêter "rapidement et minutieusement" sur l'attaque de M. de Vries afin de "déterminer s'il était visé en raison de son travail" et de "s'assurer que l'attaquant et les commanditaires aient affaire à la justice", a poursuivi Tom Gibson dans un communiqué.

Le dernier classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières place les Pays-Bas en 6e position sur 180 pays en 2021, derrière la Norvège, la Finlande, la Suède, le Danemark et le Costa Rica.

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