Un ramadan confiné sous le signe du coronavirus

Publié le à Ryad (AFP)

Après les Pâques chrétienne et juive, le ramadan, mois de jeûne et de prière, a débuté à son tour vendredi sous le signe du confinement pour des centaines de millions de musulmans dans le monde, privés de mosquées et de réjouissances familiales.

La pandémie a fait à ce jour plus de 190.000 morts, dont près des deux tiers en Europe, et bientôt 50.000 aux Etats-Unis, selon un bilan établi à la mi-journée sur la base de sources officielles.

Sans doute désireux d'apporter sa contribution à la lutte contre le coronavirus, le président américain Donald Trump a évoqué -remède original- l'injection aux malades de désinfectant alcoolique.

L'Arabie saoudite, qui abrite les deux premiers lieux saints de l'islam, ainsi que la plupart des pays arabes ont annoncé le début vendredi du ramadan.

- "En privé et loin des autres" -

Un des piliers de l'islam, le mois de jeûne, durant lequel les croyants doivent notamment s'abstenir de manger et de boire du lever au coucher du soleil, est traditionnellement une période de partage, de rassemblements et de convivialité. C'est aussi un mois de prières au cours duquel les musulmans convergent en grand nombre dans les mosquées, surtout la nuit.

Coronavirus oblige, le repas de rupture du jeûne (iftar), après le coucher du soleil, se prendra donc seul ou en cercle restreint à la maison. La prière du soir, qu'il est de coutume d'aller faire à la mosquée après le repas, se fera également à domicile.

Au Moyen-Orient, en Afrique de Nord ou en Asie, une grande partie des pays musulmans ont fermé les mosquées et interdit les rassemblements nocturnes. Des restrictions soutenues, dans la plupart des cas, par les autorités religieuses. Et qui s'appliquent par ailleurs pleinement aux communautés musulmanes vivant en Europe, toujours en partie sous un strict confinement.

Des images aériennes hors du commun de la ville sainte saoudienne de La Mecque montraient vendredi la Grande Mosquée et ses environs totalement désertés.

Le roi Salmane d'Arabie s'est dit "affligé" de cette situation.

Cette année, ce sera "ramadan en privé, loin des uns et des autres et loin des mosquées", résume un responsable albanais. "Le corona, c'est pire que la guerre", peste une mère de famille palestinienne qui ne pourra pas compter sur les traditionnels repas de charité et dons des associations caritatives.

- Couvre-feu marocain -

Dans plusieurs pays, des dignitaires religieux ont refusé de respecter ces restrictions: au Bangladesh, au Pakistan, ou dans la région indonésienne conservatrice d'Aceh. Au Niger, des émeutes ont éclaté ces derniers jours dans plusieurs villes contre le couvre-feu et l'interdiction des prières collectives.

Au Maroc en revanche, les autorités ont instauré un couvre-feu nocturne pendant tout le ramadan.

Au fil des semaines, la pandémie continue de laminer les économies du monde entier, contraignant les autorités à essayer d'élaborer les plans de relance, avec plus ou moins de succès.

Ainsi, les 27 dirigeants de l'UE, divisés sur le montant mais aussi sur le mode de financement d'un plan de relance commun, ont échoué jeudi à s'entendre.

Selon le FMI, l'Europe pourrait connaître une récession de 7,1% cette année.

C'est, à ce stade, le continent qui compte le plus de victimes, avec 116.000 morts, dont 25.549 en Italie, 22.524 en Espagne, 21.856 en France, et 18.738 au Royaume-Uni.

Outre-Atlantique en revanche, la Chambre des représentants américaine a adopté un nouveau plan d'aide aux petites et moyennes entreprises et aux hôpitaux d'un montant de 480 milliards de dollars, qui s'ajoutent au plan de relance historique de 2.200 milliards approuvé fin mars.

Selon le décompte de l'université Johns Hopkins jeudi soir, les Etats-Unis ont enregistré l'un des pires bilans de la maladie sur une journée avec 3.176 décès.

Malgré ce constat, plusieurs Etats tel le Texas, le Vermont ou la Géorgie ont décidé de se lancer sur la voie du déconfinement, en autorisant certains commerces à rouvrir.

En Europe aussi, certains pays allègent leurs restrictions, tandis que d'autres, comme l'Italie et la France, s'y préparent. L'Autriche rouvrira progressivement ses écoles à partir du 4 mai.

- Comment "tuer" le patient -

En Amérique latine, le Mexique a franchi la barre du millier de morts. Au Venezuela, un homme a été tué jeudi dans le sud du pays lors d'une manifestation contre la hausse des prix des produits alimentaires.

Selon une étude présentée jeudi à la Maison Blanche, le nouveau coronavirus s'affaiblit dans une atmosphère chaude et humide. La lumière du soleil en particulier semble avoir "un effet puissant" pour tuer le virus, affirme cette étude, qui laisserait à penser que le virus pourrait peut-être s'affaiblir avec l'arrivée de l'été dans l'hémisphère nord.

A l'écoute de ces conclusions, le président Trump a suggéré de travailler sur un traitement aux ultra-violets, et d'injecter dans les poumons des malades le désinfectant alcoolique utilisé pour se nettoyer les mains.

"Je vois que le désinfectant l'assomme (le coronavirus, ndlr) en une minute. Et est-ce qu'il y a un moyen de faire quelque chose comme ça avec une injection à l'intérieur ou presque comme un nettoyage? Comme vous le voyez, ça pénètre dans les poumons et ça crée un énorme effet, il serait donc intéressant de le vérifier", a-t-il suggéré, à la surprise générale, lors de sa conférence de presse quotidienne.

Ces propos ont déclenché un tollé chez les scientifiques et les politiques. "C'est une méthode couramment utilisée par les gens qui veulent se tuer", a ironisé sur la chaîne NBC un expert de santé publique spécialiste du poumon et des soins intensifs, parlant d'une "idée irresponsable et dangereuse".

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