Une attaque de drones à Ryad le jour d'une avancée majeure des rebelles Houthis au Yémen

Publié le à Ryad (AFP)

Une attaque de drones vendredi a provoqué un incendie dans une raffinerie de pétrole dans la capitale saoudienne et a été revendiquée par les rebelles Houthis, qui viennent de réaliser une avancée stratégique dans le nord du Yémen en guerre.

Il s'agit de la deuxième attaque majeure depuis début mars visant des installations énergétiques saoudiennes, soulignant l'escalade du conflit au Yémen voisin, pays ravagé par la guerre qui oppose les Houthis soutenus par l'Iran et le gouvernement appuyé par une coalition militaire sous commandement saoudien.

"La raffinerie de pétrole à Ryad a été attaquée par des drones, déclenchant un incendie qui a été contrôlé", a indiqué le ministère saoudien de l'Energie, précisant qu'il n'y avait pas de victime.

Condamnant "une attaque lâche", le ministère a ajouté que ces frappes n'étaient pas seulement une attaque contre le royaume, mais contre l'économie et la sécurité économique mondiales.

Les Houthis ont confirmé dans un communiqué avoir visé avec six drones le géant pétrolier Saudi Aramco dans la capitale, en réponse à "l'agression brutale" de la coalition militaire au Yémen.

Les rebelles multiplient les attaques contre le territoire saoudien ces dernières semaines. Début mars, Ryad avait annoncé qu'un drone avait frappé un important port pétrolier et qu'un missile balistique avait visé des installations d'Aramco dans l'est de l'Arabie saoudite.

L'attaque de vendredi survient le jour les rebelles yéménites ont pris le contrôle d'une montagne aux alentours de Marib, dernier bastion du gouvernement dans le nord du Yémen, dans ce qui représente une avancée majeure pour conquérir cette ville stratégique.

Les rebelles ont "pris le contrôle du mont Hilan qui surplombe Marib à l'issue de combats qui ont fait des dizaines de morts et de blessés", a indiqué un responsable militaire des forces gouvernementales à l'AFP.

Marib "est en danger", a déclaré un autre responsable loyaliste.

Après plus de six ans de guerre, les Houthis ont relancé le 8 février leur offensive contre cette région pétrolière, entraînant des combats meurtriers.

Marib est située à environ 120 kilomètres à l'est de la capitale Sanaa, contrôlée depuis 2014 par les Houthis, tout comme une grande partie du nord du pays.

- "Chute peu probable" -

Après la prise du mont Hilan, la coalition a mené une dizaine de frappes aériennes sur des positions houthies, a indiqué une autre source gouvernementale. Fait rare, la chaîne de télévision Al-Massirah, contrôlée par les Houthis, a confirmé ces frappes.

Mais des experts restent prudents, arguant que la force de frappe aérienne de la coalition pourrait retarder une éventuelle victoire houthie.

"Une chute imminente de Marib reste peu probable", affirme à l'AFP Majed al-Madhaji, du groupe de réflexion Sanaa Center.

Leur offensive sur Marib a entraîné la mort de centaines de combattants et la fuite de centaines de familles dans cette région désertique. La ville avait été relativement épargnée pendant les premières années du conflit, devenant un refuge pour plus d'un million de déplacés.

"Nous condamnons ce qui se passe. Nos enfants sont terrifiés", a déclaré à l'AFP Oum Ali, une habitante. "Marib restera inébranlable", a lancé un autre, Mohammed Yahya.

La prise de Marib représenterait un coup dur pour les forces progouvernementales et pour l'Arabie saoudite. Elle permettrait aux rebelles de disposer d'une nouvelle source de revenus et d'une position de force à la table d'éventuelles négociations.

- "Aucune chance de paix" -

Les Houthis ont demandé jeudi à Ryad la fin du blocus aérien et maritime imposé à leur pays comme condition préalable à un accord de cessez-le-feu.

Ce blocus est notamment imposé, selon l'Arabie saoudite, pour empêcher l'arrivée d'armes depuis l'Iran, bien que Téhéran nie armer les rebelles.

Jeudi, le Conseil de sécurité de l'ONU a condamné une "escalade" des affrontements armés à Marib, qui font "courir un grave danger à un million de déplacés" et menacent les "efforts destinés à parvenir à une solution politique, à un moment où la communauté internationale est de plus en plus unie pour mettre fin au conflit".

Si les Houthis prennent Marib, "il n'y aura aucune chance pour la paix dans les trois ou quatre années à venir", ajoute l'expert Majed al-Madhaji.

La guerre a plongé le pays dans la pire crise humanitaire au monde, selon l'ONU, et fait des dizaines de milliers de morts, d'après des ONG internationales, sans oublier les millions de déplacés et une population au bord de la famine.

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