Verdict attendu pour quatre suspects dans l'assassinat de Rafic Hariri

Publié le à Leidschendam (Pays-Bas) (AFP)

Des téléphones mobiles utilisés par les suspects ont permis d'établir un lien entre deux membres présumés du Hezbollah et l'assassinat en 2005 de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, a déclaré mardi le Tribunal spécial pour le Liban (TSL), qui doit rendre mardi son verdict dans le procès contre quatre hommes.

Les juges du tribunal basé aux Pays-Bas ont cependant soulevé l'insuffisance de preuves pour lier les deux autres accusés aux téléphones mobiles qui ont, selon l'accusation, été utilisés pour organiser l'attentat-suicide à Beyrouth qui a tué le milliardaire sunnite Rafic Hariri.

Les magistrats ont par ailleurs déclaré qu'il n'y avait aucune preuve permettant d'établir un lien direct entre l'attentat et la Syrie ou le mouvement musulman chiite Hezbollah.

Rafic Hariri, Premier ministre jusqu'à sa démission en octobre 2004, a été tué en février 2005, lorsqu'un kamikaze a fait sauter une camionnette remplie d'explosifs au passage de son convoi blindé sur le front de mer de Beyrouth, faisant 226 blessés.

Sa mort, dans laquelle quatre généraux libanais prosyriens ont été dans un premier temps accusés d'être impliqués, avait déclenché à l'époque une vague de manifestations, entraînant le retrait des troupes syriennes après près de 30 ans de présence au Liban.

Le Hezbollah, allié du régime syrien et de l'Iran, a rejeté toute responsabilité et déclaré ne pas reconnaître le TSL, mis en place suite à une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU.

- "Au delà de tout doute" -

Les juges du TSL prononceront plus tard mardi leur décision en l'absence des suspects, tous membres présumés du mouvement chiite Hezbollah, plus de 15 ans après l'attentat dans le centre de Beyrouth qui avait causé la mort de Rafic Hariri et de 21 autres personnes.

Saad Hariri, fils de Rafic Hariri et également ancien Premier ministre libanais, était présent pour assister à l'audience, à Leidschendam, près de La Haye, où est basé le TSL.

Aucun des accusés n'ayant été remis au tribunal, ils sont jugés par contumace.

S'ils sont reconnus coupables, ils risquent la prison à perpétuité, bien que les peines seront prononcées à une date ultérieure. L'accusation et la défense peuvent tous deux faire appel du jugement.

Le principal suspect dans l'affaire, Salim Ayyash, 56 ans, est accusé d'"homicide intentionnel" et d'avoir été à la tête de l'équipe qui a mené l'attaque.

Les juges ont déclaré mardi qu'ils étaient "convaincus au-delà de tout doute raisonnable" que Salim Ayyash était l'utilisateur de plusieurs téléphones portables ayant servi à surveiller M. Hariri pendant les mois précédant l'attentat, élément clé du dossier formé par l'accusation.

Les magistrats ont également indiqué être convaincus que M. Ayyash - également accusé d'être impliqué dans trois autres attentats contre des hommes politiques en 2004 et 2005 - "avait des liens avec le Hezbollah".

"La Syrie et le Hezbollah ont peut-être eu des motifs d'éliminer M. Hariri et ses alliés politiques, mais il n'y a aucune preuve que les dirigeants du Hezbollah aient été impliqués dans le meurtre de M. Hariri et il n'y a aucune preuve directe de l'implication syrienne", a toutefois déclaré le juge président David Re.

Deux autres hommes, Hussein Oneissi, 46 ans, et Assad Sabra, 43 ans, sont notamment poursuivis pour avoir enregistré une fausse cassette vidéo qui revendiquait le crime au nom d'un groupe fictif.

Les juges ont affirmé qu'ils étaient convaincus au-delà de tout doute raisonnable que M. Oneissi était le principal utilisateur d'un autre des téléphones.

- Minute de silence -

Le dernier suspect, Hassan Habib Merhi, 54 ans, fait également face à plusieurs chefs d'accusation, tels que complicité de perpétration d'un acte de terrorisme et complot en vue de commettre cet acte.

Les juges ont soulevé l'insuffisance de preuves reliant Hassan Habib Merhi et Assad Sabra aux téléphones.

Moustafa Badreddine, le principal suspect décrit comme le "cerveau" de l'attentat par les enquêteurs, est mort depuis et n'a donc pas été jugé.

Lors de l'ouverture de l'audience mardi, prévue pour durer plusieurs heures, le TSL a observé une minute de silence pour les victimes de l'explosion du 4 août qui a ravagé Beyrouth.

Le tribunal avait reporté la lecture du verdict, initialement prévue le 7 août, "par respect pour les innombrables victimes" de l'explosion dévastatrice trois jours plus tôt au port de la capitale libanaise, qui a fait au moins 177 morts et plus de 6.500 blessés.

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