Vienne retrouve sa vie confinée, questions sur le suivi de l'assaillant

Publié le à Vienne (AFP)

Toujours sonnée par l'attentat islamiste meurtrier qui a frappé la ville lundi soir, Vienne retrouvait peu à peu la normalité par temps de confinement contre la pandémie, tandis que des questions se posaient sur le suivi judiciaire de l'assaillant.

Sur les lieux de l'attentat, qui a fait quatre morts en plein coeur de Vienne, quelques fleurs et bougies, toujours les cercles de craie sur le sol tracées par les enquêteurs, mais la vie avait repris son cours mercredi matin.

Les Viennois se pressaient dans les métros et tramway, les boutiques accueillaient de nouveau des clients et les enfants avaient repris le chemin de l'école. Seuls les restaurants restaient fermés pour cause de second confinement.

Les habitants avaient été priés la veille de rester chez eux par crainte qu'un second assaillant ne soit tapi dans la capitale mais les autorités ont désormais écarté cette menace.

"Selon les informations dont nous disposons à l'heure actuelle, nous pouvons dire qu'il n'y avait qu'un seul assaillant qui a été neutralisé par nos hommes", a déclaré mardi soir à la télévision Franz Ruf, directeur de la Sécurité publique.

Les policiers restaient toutefois en alerte dans une nation qui a subitement découvert qu'elle pouvait elle aussi être touchée par des attentats islamistes d'ampleur.

Les enquêteurs, qui avaient saisi la veille "une grande quantité de matériel" au cours de perquisitions, interrogeaient toujours 14 personnes. D'après M. Ruf, "il est possible qu'elles aient apporté un soutien" à l'auteur de l'attaque, revendiquée par le groupe Etat islamique (EI).

- "Pas une bonne décision" -

Comment Kujtim Fejzulai, "soldat du califat", a-t-il pu échapper au suivi des autorités judiciaires, dont il était connu? C'est la question qui se posait mercredi, au lendemain des critiques formulées par le ministre de l'Intérieur.

Car cet Autrichien de 20 ans, dont les parents sont originaires de Macédoine du Nord, avait été condamné à de la prison en avril 2019 pour avoir tenté de rejoindre les rangs des combattants jihadistes en Syrie mais il avait été relâché en décembre avant d'avoir fini sa peine.

Ce n'était "certainement pas une bonne décision", a réagi le chancelier conservateur Sebastian Kurz. "S'il n'avait pas été relâché, alors l'attaque n'aurait pas eu lieu", a-t-il assuré, même si l'auteur aurait de toute façon été libéré en juillet.

Il n'a pas répondu en revanche aux critiques qui ont pu émerger sur le rôle des services anti-terroristes autrichiens mais il a appelé l'Union européenne à mieux lutter contre l'"islam politique", une "idéologie" qui représente un "danger" pour le "modèle de vie européen".

Dans cette optique, M. Kurz a dit réfléchir à des "initiatives communes" avec le président français Emmanuel Macron, dont le pays a lui-même été touché par deux attaques sanglantes ces dernières semaines.

Ce dernier drame "dit la volonté de nos ennemis de s'attaquer à ce qu'est l'Europe, cette terre de liberté, de culture, de valeurs", a déclaré M. Macron en se rendant mardi à l'ambassade d'Autriche à Paris.

- 'Ame perdue' -

Intégré dans un programme de "déradicalisation", l'auteur de l'attentat de Vienne avait réussi à "tromper" les personnes chargés de son suivi, a déploré le ministre autrichien de l'Intérieur Karl Nehammer.

Lors de sa dernière séance, il avait même condamné les récentes attaques survenues en France, selon Franz Ruf.

Né en 2000 au sud de Vienne, Kujtim Fejzulai a grandi en Autriche. Il a visiblement commencé avoir des problèmes à l'adolescence, à l'école et avec ses parents, et a commencé à fréquenter une mosquée, rapportait mercredi la presse locale.

"Je le décrirais comme une âme perdue, qui cherchait sa place" dans la société, a souligné auprès de l'AFP son avocat Nikolaus Rast, qui l'avait défendu lors de son procès en avril 2019. "Il me donnait l'impression d'être plutôt calme et introverti, et ses parents n'avaient rien à voir" avec cet univers, a-t-il ajouté. "Personne ne l'aurait cru capable d'un tel acte".

Mais pour les experts, ce n'était qu'une question de temps avant que l'Autriche, vivier de "toute une nébuleuse islamique" avec de nombreux candidats au jihad, ne soit prise pour cible à son tour.

Dans les rues de Vienne, les habitants ne veulent pas céder à la peur. "Bien sûr, nous avons été effrayés par cet acte terroriste, mais nous restons une ville sûre", confiait Peter Mensdorff Pouilly, un architecte croisé non loin des lieux de l'attaque. "On ne va pas se laisser abattre par le terrorisme".

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