Violents combats au Karabakh où Macron dénonce l'envoi de "jihadistes"

Publié le à Stepanakert (Azerbaïdjan) (AFP)

Arméniens et Azerbaïdjanais restaient sourds jeudi à de nouveaux appels au cessez-le-feu et "intensifiaient" même leurs combats au Nagorny Karabakh, où des combattants "jihadistes" auraient été déployés selon Emmanuel Macron, laissant craindre une nouvelle escalade du conflit.

Le chef d'Etat français a assuré disposer d'informations "de manière certaine" sur le déploiement de "combattants syriens de groupes jihadistes" ayant transité par la Turquie, plus fidèle alliée de l'Azerbaïdjan, pour rejoindre ce territoire séparatiste soutenu par Erevan.

La Russie avait fait état d'informations similaires la veille.

"C'est un fait très grave, nouveau, qui change aussi la donne", a ajouté M. Macron, dont le pays fait partie avec la Russie et les Etats-Unis du "groupe de Minsk" chargé d'une médiation dans ce conflit.

Les trois présidents des pays de ce groupe ont d'ailleurs demandé dans un communiqué commun "la cessation immédiate des hostilités", un appel qui risque de ne pas être entendu, le président azerbaïdjanais Ilham Aliev comme le Premier ministre arménien Nikol Pachinian ayant promis mercredi de continuer le combat.

Sur le terrain, la petite ville de Martouni, située à environ 25 kilomètres du front en territoire séparatiste, a été touchée jeudi par des tirs de roquettes d'une violence encore jamais vue depuis la reprise du conflit.

Quatre civils ont été tués par ces tirs, selon les séparatistes, et 11 personnes blessées, dont au moins quatre journalistes.

"J'ai construit cette maison avec mes propres mains. Je n'irai plus nulle part", a assuré à l'AFP Artak Aloïan, un travailleur du BTP de 54 ans ayant trouvé refuge dans une cave.

Le Nagorny Karabakh, en majorité peuplé d'Arméniens, a fait sécession de l'Azerbaïdjan, entraînant une guerre au début des années 1990 qui avait fait 30.000 morts. Le front est quasi-gelé depuis malgré des heurts réguliers, notamment en 2016.

Au cinquième jour des affrontements, aucun camp ne semblait avoir un avantage décisif.

"Les affrontements continuent le long du front. Les offensives de l'Azerbaïdjan sont en train d'être repoussées", a affirmé jeudi soir le ministère arménien de la Défense.

Pour sa part, le ministère azerbaïdjanais a affirmé qu'Erevan avait bombardé des cibles civiles dans la ville de Goradiz.

Dans la matinée, l'armée arménienne avait affirmé que les combats s'intensifiaient, tandis que Bakou a assuré que des combattants séparatistes ont dû "se retirer de positions qu'ils tenaient".

- "Tirs d'artillerie dévastateurs" -

Depuis la reprise des hostilités, seuls des bilans partiels sont communiqués faisant état au total de 135 morts. L'Arménie a annoncé que 104 soldats et 12 civils ont été tués. Bakou se refuse de son côté à communiquer des bilans militaires mais a annoncé la mort de 19 civils.

Depuis dimanche, l'Arménie affirme que 1.280 soldats azerbaïdjanais ont été tués et 2.700 blessés. Erevan revendique aussi la destruction de quatre avions, 12 hélicoptères, 90 drones et 181 blindés azerbaïdjanais.

Le ministère de la Défense azerbaïdjanais a démenti avoir perdu des avions et hélicoptères, Bakou rapportant pour sa part la mort 1.900 militaires arméniens et affirmant avoir également détruit de nombreuses cibles ennemies.

Un journaliste et un photographe qui couvraient pour Le Monde le conflit ont été blessés à Martouni, selon la rédaction du quotidien français. Emmanuel Macron a indiqué qu'un avion avait été envoyé pour les rapatrier. Deux journalistes arméniens ont aussi été blessés.

Les journalistes (dont une équipe de l'AFP, qui n'a pas été blessée) accompagnaient les autorités locales pour interviewer la population et constater les dégâts quand la ville a été bombardée.

Emmanuel Macron, Vladimir Poutine et Donald Trump ont encore appelé jeudi "les dirigeants de l'Arménie et de l’Azerbaïdjan à s'engager sans délai à reprendre les négociations".

A l'inverse, le président turc Recep Tayyip Erdogan a estimé qu'un cessez-le-feu ne pouvait passer que par un retrait des forces arméniennes de l'enclave séparatiste.

Les accusations de M. Macron risquent d'envenimer un peu plus les relations entre Paris et Ankara, qui se sont considérablement détériorées ces dernières semaines, notamment autour du conflit gréco-turc en Méditerranée.

- Risque d'internationalisation -

La Russie, puissance régionale qui entretient des relations cordiales avec les deux républiques ex-soviétiques, s'est montrée inquiète du rôle de la Turquie, concurrent géopolitique mais avec qui elle a des relations pragmatiques. Lors d'un entretien téléphonique jeudi, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov et son homologue turc, Mevlut Cavusoglu, ont convenu de "coordonner les actions russes et turques pour stabiliser la situation", a indiqué Moscou.

L'ingérence militaire d'Ankara n'est pas établie, seule l'Arménie l'affirmant jusqu'ici, accusant la Turquie d'avoir déployé ses avions F-16, de fournir des pilotes de drones et des spécialistes militaires.

Erevan a par ailleurs annoncé jeudi avoir rappelé son ambassadeur à Tel-Aviv du fait des ventes d'armes israéliennes à l'Azerbaïdjan.

Une intervention directe turque constituerait un tournant majeur et une internationalisation du conflit.

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