Virus: les Palestiniens craignent la contagion de leurs prisonniers en Israël

Publié le à Ramallah (Territoires palestiniens) (AFP)

Lorsque le Palestinien Amir Naji a été libéré d'une prison israélienne, le message des autorités palestiniennes avait été clair: pas d'embrassades avec les membres de ta famille. Mais l'émotion l'a envahi et il n'a pu se retenir de serrer sa mère contre lui.

Son père l'a aussitôt repoussé. Et Amir, vêtu d'une combinaison pour éviter la transmission du nouveau coronavirus, les mains gantées et le visage recouvert d'un masque, a dû saluer sa famille à distance. Puis il a été placé en quarantaine dans un hôtel de Ramallah, en Cisjordanie occupée, avec d'autres prisonniers palestiniens fraîchement libérés.

Face à la pandémie de Covid-19, les autorités israéliennes ont introduit une batterie de mesures pour prévenir la propagation dans les prisons, où sont détenus plus de 5.000 Palestiniens, notamment des stérilisations régulières des parties communes, une prise de température quotidienne du personnel et la suspension des visites des familles et des avocats.

Jusqu'à présent, l'Etat hébreu n'a recensé aucun cas de nouveau coronavirus parmi les détenus. Mais les Palestiniens estiment de leur côté qu'au moins un prisonnier relâché était atteint par la maladie Covid-19, poussant le ministère palestinien de la Justice à demander une enquête.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a plaidé pour la libération des prisonniers âgés de plus de 65 ans ou souffrant de problèmes de santé.

"L'idée est de réduire le nombre de détenus dans les prisons et de limiter l'exposition potentielle (au virus) pour les personnes les plus vulnérables", explique David Quesne, le chef du bureau du CICR à Jérusalem.

"Nous souhaiterions qu'ils soient si possible libérés et si ce n'est pas possible de les protéger des risques", dit-il.

- "Souffrance multipliée" -

Israël a officiellement recensé près de 15.000 cas de nouveau coronavirus, tandis qu'environ 350 cas ont été rapportés dans les Territoires palestiniens --où les tests sont moins nombreux--, la majorité en Cisjordanie.

Or les Palestiniens craignent de voir le virus se propager sur leur territoire par le biais des dizaines de milliers d'ouvriers palestiniens qui travaillent en temps normal en Israël, ou des détenus libérés des prisons israéliennes.

Amir, lui, n'a pas été libéré en raison de mesures liées à la pandémie, mais bien parce que sa peine d'un an pour avoir jeté des pierres sur des soldats israéliens lors d'une manifestation était arrivée à son terme.

Et derrière les portes du pénitencier, dit-il, les détenus redoutent que l'épidémie de Covid-19 finisse par les atteindre.

"La vie des prisonniers dans les pénitenciers en Israël est déjà difficile. Depuis le début de la pandémie, cette souffrance s'est multipliée", affirme le jeune palestinien, également détenteur de la nationalité américaine.

Dans les dernières semaines, des dizaines de prisonniers ont été libérés des pénitenciers israéliens selon le Club des Prisonniers Palestiniens (CPP), une organisation locale.

Comme Amir, ils ont tous été dépistés à leur sortie de prison et placés, par mesure préventive, en quarantaine pour deux semaines, indique Amani Sarahneh, une responsable du CPP.

Selon elle, un homme détenu à peine quatre jours dans une prison israélienne a ensuite été diagnostiqué avec le virus. C'est à son sujet que le ministère palestinien de la Justice a demandé une enquête.

Mais les autorités israéliennes soutiennent que le détenu était en bonne santé à sa sortie de prison.

Contactés par l'AFP, les services pénitentiaires israéliens disent avoir pris des mesures afin "de prévenir l'entrée et la propagation du coronavirus" dans les prisons, notamment en délivrant deux masques à chaque prisonnier et en confinant les nouveaux détenus pendant deux semaines.

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